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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201725

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201725

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Suissa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2022 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle à compter du 1er juillet 2022 ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 22 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au CHU de Besançon de la réintégrer dans ses effectifs ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Besançon une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision du 8 juin 2022 a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le CHU de Besançon, représenté par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête, à ce que les dépens soient mis à la charge de Mme B et, en outre, à ce qu'elle lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CHU fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Suissa pour Mme B et de Me Lucquet pour le CHU.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par le CHU de Besançon en 2014 dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée en qualité d'agent des services hospitaliers qualifié. Elle a ensuite occupé les fonctions d'aide-soignante sur des périodes de trois à six mois au cours de l'année 2018. Le 18 avril 2019, un avis favorable à sa mise en stage a été émis. Par une décision du 6 novembre 2019, l'intéressée a été nommée aide-soignante stagiaire à compter du 1er mai 2019. Par une décision du 8 juin 2022, Mme B a été licenciée pour insuffisance professionnelle à compter du 1er juillet 2022. Par un courrier du 28 juillet 2022, reçu le 1er août 2022, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision, expressément rejeté par une décision du 22 septembre 2022. Par la présente requête, elle demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. Toutefois, elle n'est pas, sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire, au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements.

4. En l'espèce, il n'est pas établi ni même allégué que la décision litigieuse serait fondée sur des faits également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires. Dès lors, la décision de licenciement pour insuffisance professionnelle n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, la décision de ne pas titulariser un agent de la fonction publique en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir.

6. Pour soutenir que son licenciement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, Mme B fait tout d'abord valoir que sa période de stage a été anormalement longue. Toutefois, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que sa période de stage était relativement longue à l'encontre d'une décision de licenciement pour insuffisance professionnelle. Elle ajoute qu'elle ne s'est vue proposer aucune formation. Or il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est même pas allégué que la requérante aurait sollicité une quelconque formation ni que l'administration aurait refusé de lui permettre de bénéficier de formations nécessaires au développement de ses compétences. Mme B avance également qu'elle a été affectée sur un poste et s'est vue confier des fonctions pour lesquelles elle n'avait ni les compétences ni les qualifications. En défense, l'administration fait valoir, sans être contestée, que l'affectation de la requérante à des tâches de secrétariat et d'entretien des locaux résulte de son état de santé. A cet égard, la médecine du travail a souligné, à plusieurs reprises, la nécessité de l'affecter sur un poste de jour avec des horaires réguliers. En outre, il n'est pas établi ni même allégué que ces tâches impliquaient des compétences ou une expertise spécifiques. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été affectée sur des fonctions ne correspondant pas à son grade ou qu'elle n'aurait pas eu vocation à occuper. Enfin, elle soutient qu'elle a toujours donné pleine satisfaction. Si les évaluations qu'elle produit pour les années 2019 et 2020 sont positives, elles relèvent cependant que Mme B, " qui n'est pas suffisamment concentrée ", doit maintenir ses efforts. L'avis de titularisation du 12 janvier 2021 faisait part du travail que la requérante devait encore faire notamment d'un point de vue personnel. Ainsi, en l'absence d'éléments supplémentaires, l'intéressée ne saurait être regardée comme contestant utilement les mentions du rapport du 23 mars 2022 rédigé par sa cadre de santé faisant état d'un manque de rigueur dans l'exercice de ses missions et de difficultés relatives à son comportement. Dans ces conditions, le CHU de Besançon n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 8 juin et 22 septembre 2022. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les dépens et les frais non compris dans les dépens :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Besançon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le CHU de Besançon et non compris dans les dépens

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera au CHU de Besançon une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions du CHU de Besançon est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Besançon.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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