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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201748

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201748

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Tascher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Doubs a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, dans les mêmes conditions de délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- la décision refusant le titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'information dès lors qu'elle n'a pas eu connaissance du délai pour présenter un de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus du titre de séjour qui la fonde ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

M. B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Trottier, président ;

- et les observations de Me Abdelli substituant Me Tascher, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante albanaise, née le 8 juillet 1992, est entrée en France 15 janvier 2022 selon ses déclarations. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 20 juillet 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le 29 avril 2022, l'intéressée avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des article L. 425-6 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet du Doubs a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant rejet de la demande de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 25-2022-07-25-00001 du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme B, la décision attaquée, d'une part, fait état des violences subies par l'intéressée de la part de son époux en mentionnant l'ordonnance de protection dont elle a bénéficié de la part des autorités de son pays d'origine, d'autre part, retrace sa situation personnelle et, enfin, précise que l'intéressée ne fait valoir aucun élément justifiant un dépôt tardif de sa demande. La circonstance que ladite décision comporte une erreur quant à son lieu de naissance n'est pas suffisante pour démontrer que le préfet du Doubs n'aurait pas procéder à un examen personnalisé de la situation de Mme B avant de rejeter sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme B doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titre de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

5. D'une part, l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à l'information donnée au demandeur d'asile en ce qui concerne la possibilité qui lui est ouverte de solliciter son admission au séjour à un autre titre et des conséquences de l'absence de demande sur un autre fondement, est applicable à la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu remettre par le préfet du Doubs, le 31 décembre 2021, concomitamment à l'enregistrement de sa demande d'asile, une notice d'information en albanais lui indiquant notamment qu'outre sa demande d'asile, elle avait la possibilité de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement dans un délai de deux mois. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'était pas recevable à solliciter, le 29 avril 2022, son admission au séjour à un autre titre que l'asile. En tout état de cause, si la requérante fait valoir qu'elle a fui l'Albanie en raison des violences et des pressions exercées par son époux et son entourage familial du fait de sa volonté de divorcer, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 juillet 2022 et l'intéressée n'établit pas, par la seule citation d'un rapport de cet organisme, qu'elle ne produit pas au demeurant, que les autorités albanaises seraient dans l'incapacité d'assurer sa sécurité alors qu'elle a bénéficié d'une ordonnance de protection rendue par les autorités judiciaires de son pays le 31 décembre 2021, quinze jours avant son arrivée en France. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité du refus de titre de séjour que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, Mme B n'établit pas que les autorités albanaises ne seraient pas en mesure de lui apporter une protection suffisante contre les violences et menaces exercées par son époux et son entourage familial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à dispose au greffe le 25 janvier 2023.

Le président rapporteur,

T. TrottierL'assesseure la plus ancienne,

F. GuitardLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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