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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201768

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201768

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBROCARD-GIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 29 juin 2023, le tribunal, statuant sur la requête présentée par M. B A, représenté par Me Landbeck, tendant l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Geneuille a délivré à la SARL Résidenciel un permis d'aménager portant sur un lotissement de 10 lots maximum avec création d'espaces et d'équipements communs sur le territoire de sa commune, a décidé de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, pendant un délai de huit mois à compter de la date de notification du jugement, dans l'attente de la notification d'un permis d'aménager modificatif permettant la régularisation du vice tiré de l'incompatibilité du projet avec l'orientation d'aménagement et programmation n°3 " rue du Souleau " en tant qu'il ne prévoit pas un aménagement de l'ensemble de la zone ou un aménagement d'ensemble du secteur A ou du secteur B.

Par des courriers enregistrés les 14 et 15 mars 2024, la SARL Résidenciel, représentée par Me Brocard, a communiqué un arrêté du 20 février 2024 par lequel le maire de la commune de Geneuille a délivré un permis d'aménager modificatif afin d'intégrer au projet de lotissement un lot supplémentaire, ainsi que la demande de permis d'aménager afférente déposée le 28 août 2023 et la demande complémentaire et rectificative déposée le 20 octobre 2023.

Par un mémoire, enregistré le 3 avril 2024, M. A, représenté par Me Landbeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022, la décision portant rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté et l'arrêté du 20 février 2024 portant modification de ce permis d'aménager ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Geneuille la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la demande de permis d'aménager déposée par la SARL Résidenciel est incomplète dès lors qu'elle ne présente pas suffisamment le terrain initial et ses abords, ne prend pas en compte les constructions ou les paysages avoisinants et que les informations relatives au traitement des parties du terrain situées à la limite du projet sont inexistantes ;

- le projet méconnaît l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°3 " rue du Souleau " dès lors que la parcelle intitulée " reliquat constructible et conservé par les propriétaires " n'est pas présentée dans le projet comme constitutive d'un lot et que l'emprise du projet n'intègre pas cette parcelle puisqu'elle ne sera pas soumise au règlement de lotissement ;

- le projet méconnaît l'objectif de conservation des arbres existants sur la zone de l'OAP n°3 " rue du Souleau " ;

- la partie nord de la zone est destinée à la construction de trois lots alors que le document graphique de l'OAP prévoit la construction d'une aire de stationnement à cet emplacement ;

- le projet prévoit la desserte de lots depuis la partie en impasse de la rue du Souleau et dès lors méconnaît l'OAP n°3 " rue du Souleau " ;

- le projet ne prévoit aucune différence s'agissant de la typologie des logements et dès lors méconnaît l'OAP n°3 " rue du Souleau ", qui prévoit une coupure paysagère entre les deux typologies de logements souhaitées sur la zone ;

- il méconnaît l'article 1 AU 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il ne prévoit pas une aire de retournement suffisante et que les voies internes du projet ne permettent pas le cheminement en sécurité des piétons ;

- il n'est pas établi que la régularisation du vice constaté par le jugement du 29 juin 2023 ait été réalisée dans le délai imparti par le tribunal ;

- il n'est pas établi que les propriétaires aient donné leur accord pour l'intégration de leur parcelle dans le périmètre couvert par le permis d'aménager modificatif du 20 février 2024 ;

- le permis d'aménager modificatif du 20 février 2024 méconnaît " la bande à protéger " et l'implantation prévisionnelle du bâti des lots 3 et 4, il ne permet pas de respecter la contrainte de l'OAP en matière de respect des arbres de hautes et moyennes tiges et cette zone de protection n'est, au surplus, même pas respectée par le projet du pétitionnaire lui-même ;

- le lot n°8 n'est pas mentionné s'agissant du programme de travaux qui continue à se référer au seul lot n° 5 ;

- le projet méconnaît l'OAP n°3 " rue du Souleau " dès lors qu'il n'est pas justifié du respect du nombre de logements intermédiaires ;

- le lot n°8 n'est grevé d'aucune servitude en matière de construction et d'implantation.

Par des mémoires, enregistrés les 4 avril et 14 mai 2024, la SARL Résidenciel, représentée par Me Brocard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL Résidenciel fait valoir que le permis d'aménager modificatif du 20 février 2024 purge le permis d'aménager du 28 avril 2022 du vice constaté par le tribunal dans son jugement avant-dire droit du 29 juin 2023 et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 27 mai 2024 pour la commune de Geneuille, représentée par Me Suissa, n'a pas été communiqué.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu :

- le jugement avant dire-droit rendu le 29 juin 2023 sous le n° 2201768 par le tribunal administratif de Besançon ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. C

- les observations de Me Landbeck pour M. A, de Me Suissa pour la commune de Geneuille et de Me Brocard pour la SARL Résidenciel.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 novembre 2021, la SARL Résidenciel a déposé un permis d'aménager portant sur un lotissement de 10 lots maximum avec création d'espaces et d'équipements communs. Par un arrêté du 28 avril 2022, le maire de la commune de Geneuille a délivré le permis d'aménager sollicité par la SARL Residenciel. Le 11 mars 2022, M. A a formé un recours gracieux contre ce permis d'aménager, que le maire de la commune a rejeté par une décision du 6 septembre 2022. M. A a demandé l'annulation de ces deux décisions. Par un jugement du 29 juin 2023, le tribunal a sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en fixant un délai de huit mois pour régulariser le vice relatif à l'incompatibilité du projet avec l'OAP n°3 " rue du Souleau " du plan local d'urbanisme de la commune de Geneuille. Le 20 février 2024, le maire de Geneuille a délivré à la SARL Résidenciel un permis d'aménager modificatif. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2022, la décision portant rejet du recours gracieux formé contre cet arrêté et l'annulation de l'arrêté du 20 février 2024.

Sur les moyens soulevés contre le projet de lotissement :

2. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis () d'aménager () estime après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer () jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'à compter du jugement par lequel un tribunal recourt à l'article L. 600-5-1, seuls des moyens dirigés contre la mesure de régularisation peuvent être invoqués devant ce dernier. En revanche, le requérant ne peut soulever aucun autre moyen, qu'il s'agisse d'un moyen déjà écarté par la décision avant-dire droit ou de moyens nouveaux, à l'exception de ceux qui seraient fondés sur des éléments révélés par la procédure de régularisation.

4. Les moyens tirés de ce que la demande de permis d'aménager déposée par la SARL Résidenciel est incomplète, le projet méconnaît l'objectif de conservation des arbres existants sur la zone de l'OAP n°3 " rue du Souleau ", la partie nord de la zone est destinée à la construction de trois lots alors que le document graphique de l'OAP n°3 prévoit la construction d'une aire de stationnement à cet emplacement, le projet prévoit la desserte de lots depuis la partie en impasse de la rue du Souleau et ne prévoit aucune différence s'agissant de la typologie des logements, le projet ne prévoit pas une aire de retournement suffisante, les voies internes du projet ne permettent pas le cheminement en sécurité des piétons, il n'est pas justifié du respect du nombre de logements intermédiaires, ne sont pas des moyens dirigés contre la mesure de régularisation ordonnée par le tribunal. Par suite, ces moyens sont inopérants et ne peuvent être qu'écartés.

Sur les moyens soulevés contre la régularisation du permis d'aménager contesté :

5. Le plan local d'urbanisme approuvé par le conseil municipal de la commune de Geneuille le 26 septembre 2019 comprend l'OAP n°3 composée d'un secteur A, situé au nord de la zone, et d'un secteur B, situé au sud. Cette OAP n°3 fixe l'objectif " d'un projet d'aménagement d'ensemble ou de deux projets d'aménagement d'ensemble correspondant aux secteurs A et B, séparés par la coupure paysagère ".

6. En premier lieu, la SARL Residenciel a présenté une demande de permis d'aménager le 28 août 2023, rectifiée et complétée le 20 octobre 2023, qui a pour objet d'incorporer un lot n°8 au lotissement projeté. Le permis d'aménager, délivré à partir de cette demande, modifie la superficie du terrain couvert par le lotissement, passant de 62 ares et 30 mètres carrés à 67 ares et 27 mètres carrés. Par ailleurs, il ressort du permis d'aménager modificatif que le projet de lotissement porte désormais sur la totalité des secteurs A et B de l'OAP n°3. Le projet de lotissement permet ainsi une urbanisation d'ensemble de ces deux secteurs. Par suite, le permis d'aménager modificatif a purgé le vice tiré de l'incompatibilité du projet avec l'OAP n°3 du plan local d'urbanisme qui entachait le permis d'aménager du 28 avril 2022.

7. En deuxième lieu, ni la circonstance que le permis d'aménager modificatif ait été délivré après l'expiration du délai imparti, ni celle que la demande de permis d'aménager modificatif ait été complétée après l'expiration de ce délai, à les supposer établies, ne sont de nature à faire obstacle à ce que le permis d'aménager modificatif puisse régulariser le permis initial. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que la régularisation du vice constaté par le jugement du 29 juin 2023 ait été réalisée dans le délai imparti par le tribunal ne peut être qu'écarté.

8. En troisième lieu, en se bordant à alléguer qu'aucun élément produit aux débats ne vient établir que le propriétaire ait donné son accord pour l'intégration de la parcelle dans le périmètre couvert par le permis d'aménager modificatif, M. A n'assortit son moyen d'aucune précision et élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis aurait été obtenu sans l'accord des propriétaires de la parcelle intégrée au lotissement projeté, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il est joint à la demande de permis d'aménager modificatif, déposée par la société Résidenciel le 28 août 2023, un plan qui fait apparaître des constructions qui empiètent sur des espaces protégés prévues par l'OAP n°3. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce plan a été rectifié par la demande présentée le 20 octobre 2023 avec des espaces à protéger qui sont préservés de toute construction. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'implantation prévisionnelle du bâti des lots 3 et 4 ne permet pas de se conformer à la contrainte de l'OAP en matière de respect des arbres de hautes et moyennes tiges et le moyen qu'il a soulevé ne peut être qu'écarté.

10. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir que la parcelle incorporée au lotissement projeté est située à proximité d'une conduite et de ce fait devait être grevée de la même servitude que celle qui grève les lots 3, 4 et 5, M. A n'apporte pas les précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé du moyen soulevé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, le programme des travaux joint au permis d'aménager modificatif inclut le lot n°8 du lotissement projeté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le lot n°8 n'est pas mentionné dans le programme des travaux et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il conteste ainsi que de la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

13. Le permis d'aménager contesté a été régularisé en application de l'article L 600-5-1 du code de l'urbanisme par le permis d'aménager modificatif délivré le 20 février 2024. M. A doit néanmoins être regardé comme la partie qui perd pour l'essentiel. Par suite, la demande qu'il a présentée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes de la commune de Geneuille et de la SARL Residenciel présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Geneuille et la SARL Residenciel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Geneuille et à la SARL Résidenciel.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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