vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201839 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, M. D B, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence et est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'incompétence, est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence et est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Besson, conseillère,
- les observations de Me Legrand représentant M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 29 avril 1987, est entré régulièrement en France le 16 mai 2018 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour valable du 23 avril au 22 mai 2018. Par un arrêté du 24 janvier 2019, le préfet du Doubs l'a obligé à quitter sans délai le territoire français. Le préfet a également pris à l'encontre de l'intéressé une mesure de rétention qui a été prolongée par le juge des libertés et de la détention du Tribunal de Grande Instance de Strasbourg par une ordonnance du 28 janvier 2019, confirmée par la Cour d'appel de Colmar le 30 janvier 2019. Par un jugement du 7 février 2019, le Tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2019. Puis, par des arrêtés du 1er juillet 2021, le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux mois et l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours. Par des jugements du 16 juillet 2021 et du 9 novembre 2019, le tribunal administratif de Besançon a rejeté les conclusions de M. B tendant à l'annulation de ces décisions. Ensuite, M. B a été interpelé et placé en garde à vue le 11 novembre 2021 pour des faits de violence sur conjoint. Il a alors fait l'objet d'un arrêté de prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire dont il faisait déjà l'objet, pour une durée de deux mois. Enfin, par un arrêté du 14 novembre 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, l'a interdit de retour pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 7 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Territoire de Belfort le même jour, le préfet du Territoire de Belfort a délégué sa signature à M. Nury, secrétaire général de la préfecture, pour toutes matières relevant des compétences du préfet du Territoire de Belfort à l'exception des réquisitions du comptable public et des arrêtés de conflits. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'était pas compétent pour signer les décisions composant l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui retrace les conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En second lieu, M. B soutient qu'il est père de trois enfants nés en France le 14 juin 2017, le 2 décembre 2018 et le 12 octobre 2020, qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation, et que son ex-épouse, mère de ses enfants, est titulaire d'une carte de séjour en France où elle travaille au moyen d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, les rares pièces qu'il verse au dossier ne permettent d'établir sa présence auprès de ses enfants qu'au cours d'une partie de l'année 2020. Par suite, compte tenu de ces éléments, et en particulier des conditions de séjour en France de l'intéressé, qui s'y est maintenu irrégulièrement en dépit des mesures d'éloignement et d'interdiction de retour dont il a fait l'objet, et de la circonstance qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent ses parents et ses frères et sœurs, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français, ou commis une quelconque erreur de droit à cet égard.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
5. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
8. Si le requérant invoque la méconnaissance, par le préfet, du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions ont toutefois été abrogées depuis le 1er mai 2021, conformément à l'article 20 de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020. Toutefois, il y a lieu de regarder l'intéressé comme invoquant les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux décisions d'interdiction de retour sur le territoire français.
9. En vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
10. D'une part, au regard des éléments figurant dans l'arrêté en litige, la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
11. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, le préfet du Territoire de Belfort, en décidant de prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, n'a en l'espèce pas commis d'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
12. La décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2022 attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
La magistrate désignée,
M. CLa greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2201839
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