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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2202036

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2202036

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2202036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2022, 7 février 2024 et 16 mars 2024, la SCI les Pins, représentée par Me Devevey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2022 par lequel la maire de la commune de Rancenay a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la rénovation d'une habitation existante, la construction d'un carport lié à cette habitation, " le changement de destination de l'activité de cette construction " et la construction d'un abri ouvert ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rancenay de lui délivrer le permis de construire sollicité et, à défaut, de lui délivrer un permis de construire en tant qu'il autorise la rénovation de la maison d'habitation existante et la création d'un carport lié à cette habitation ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rancenay la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI les Pins soutient que :

- elle n'a pas été destinataire d'une décision de retrait partiel de la décision contestée ;

- l'arrêté contesté ne comporte pas les prénom et nom de son auteur ;

- le motif de l'arrêté contesté tiré de ce que le projet en litige méconnaît l'article 1AUdi 1 et 1AUdi 2 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal ;

- le motif de l'arrêté contesté tiré de ce que le projet en litige méconnaît l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme et l'article 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal ;

- aucun des motifs de l'arrêté contesté ne justifie le refus de la demande de rénovation de la maison d'habitation existante et la création d'un carport lié à cette habitation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier, 7 mars et 18 mars 2024, la commune de Rancenay, représentée par Me Suissa, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision contestée en tant qu'elle refuse la rénovation de la maison d'habitation existante et la création d'un carport, au rejet du surplus des conclusions de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI les Pins la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Rancenay soutient qu'elle a partiellement retiré le refus de permis de construire contesté et que les moyens soulevés par la SCI les Pins ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Devevey pour la SCI les Pins et de Me Suissa pour la commune de Rancenay.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 juillet 2022, la SCI les Pins a déposé une demande de permis en vue de rénover une habitation existante sur le territoire de la commune de Rancenay (Doubs), de construire un carport lié à cette habitation, " de changer la destination de l'activité de cette construction " et de construire un abri ouvert. Par un arrêté du 14 octobre 2022, dont la requérante demande l'annulation, la maire de la commune a refusé le permis de construire sollicité.

Sur le non-lieu à statuer :

2. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision administrative refusant une demande présentée par le requérant réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de faire droit à cette demande dans un délai déterminé. Dès lors, si le juge de l'excès de pouvoir considère que les demandes présentées par le requérant ont été satisfaites, alors il constate que les conclusions afférentes sont devenues sans objet.

3. La SCI les Pins demande l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2022 qui a refusé de lui délivrer un permis afin de rénover une habitation existante, construire un carport lié à cette habitation, changer la destination de l'activité de cette construction et construire un abri ouvert. En défense, la commune produit un arrêté du 12 mars 2024 autorisant la construction d'un carport, la réfection de la toiture et l'isolation par l'extérieur de l'habitation ainsi que l'installation d'un portail en retrait du domaine public et d'une clôture.

4. Dans ces conditions, les conclusions de la requête ayant pour objet l'annulation de la décision contestée en tant qu'elle a refusé la délivrance d'un permis en vue de rénover une habitation existante et de construire un carport lié à cette habitation ont perdu leur objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur le surplus :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

6. L'arrêté contesté du 14 octobre 2022 ne précise pas les prénom et nom de son auteur. Toutefois, cet arrêté indique que le signataire est " le maire " et il ressort des pièces du dossier que la SCI les Pins avait été destinataire d'un arrêté du 12 avril 2022 signé par la maire de Rancenay qui précisait ses prénom et nom. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'entre le 12 avril 2022 et la date de l'arrêté contesté, la commune de Rancenay ait connu un changement de maire. Dans ces conditions, la maire de la commune, auteure de l'arrêté contesté, pouvait être identifiée par la SCI les Pins et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le point 2 de l'article 1AU 1 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " En secteurs () 1AUdi, toutes les occupations et utilisations du sol nonmentionnées à l'article 1AU 2 sont interdites () ". Le point 2 de l'article 1 AU2 de ce règlement dispose que : " En secteurs 1AUa, 1AUb et 1AUf () sont également autorisés, à condition qu'elles n'engendrent pas de risques incompatibles avec le caractère de la zone () les constructions à usage () de commerce et d'artisanat () hôtelier () les aires de stationnement ouvertes au public ". Le point 5 de cet article précise que : " les occupations et utilisations du ci-dessous sont autorisées () : " les extensions, les aménagements et les annexes de toutes les constructions existantes / () Les constructions à usage d'artisanat, seulement si elles se réalisent en secteur 1AUdi () les aires de stationnement ouvertes au public ".

8. Il est constant que le projet en litige se situe en secteur 1AUdi sur lequel n'est pas autorisée la création de commerces. A cet égard, il ressort de la partie 5.5 du formulaire de la demande de permis de construire que le projet, qui porte sur des bâtiments d'une surface de 2 028 mètres carrés, prévoit la suppression par transformation de 1 018 mètres carrés d'entrepôts et la création de 1 018 mètres carrés de commerces. La notice de la demande de permis de construire précise que l'entrepôt existant sera transformé en abri fermé destiné au stationnement de camping-cars et que sera créé en plus un abri couvert et non fermé également destiné au stationnement de camping-cars. Par ailleurs, si la SCI les Pins soutient dans sa requête que le projet n'a pas pour objet de créer un commerce mais une aire de stationnement ouverte au public, il ressort des pièces du dossier que l'aire de stationnement projetée aura pour emprise une propriété privée et qu'elle sera réservée aux seuls camping-cars dont l'accès a été autorisé. Dans ces conditions, le projet en litige ne peut être regardé comme portant sur la création d'une aire de stationnement ouverte au public au sens du plan local d'urbanisme de la commune de Rancenay. Par suite, en estimant que le changement de destination prévu par le projet en litige méconnaît les dispositions précitées du plan local d'urbanisme, la maire de la commune de Rancenay n'a pas méconnu les dispositions précitées.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations " et aux termes de l'article 3.2 applicable en zone 1AUdi du règlement du plan local d'urbanisme : " les dimensions, formes et caractéristiques des voies doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet est desservie par un chemin de halage. Cette voie, d'une largeur de 3 mètres, n'a été conçue que pour l'usage des seuls riverains bénéficiaires d'une autorisation délivrée par Voies Navigables de France et sur laquelle les croisements de véhicules sont limités. Or et ainsi qu'il a été exposé au point 8, le projet a pour objet d'accueillir des véhicules d'une largeur importante et pourrait générer une augmentation du trafic dans des proportions inadaptées à ce chemin de halage. Ainsi, eu égard à la nature et l'implantation du projet, la maire de la commune de Rancenay n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant le permis de construire demandé pour un motif de sécurité publique sur la voie d'accès au projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI les Pins n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste.

Sur la demande d'injonction :

12. Eu égard à ce qui a été exposé aux points 4 et 11, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction présentée par la SCI les Pins doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

13. Le retrait partiel de l'arrêté contesté a été obtenu en raison de la requête de la SCI les Pins. Dès lors et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Rancenay qu'elle versera à la SCI les Pins au titre des frais liés au litige.

14. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI les Pins la somme demandée par la commune de Rancenay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 14 octobre 2022 en tant qu'elle a refusé à la SCI les Pins la délivrance d'un permis de construire en vue de rénover une habitation existante et de construire un carport lié à cette habitation.

Article 2 : La commune de Rancenay versera la somme de 1 000 euros à la SCI les Pins au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI les Pins et à la commune de Rancenay.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

No 2202036

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