jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2202104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2203267 du 29 décembre 2022, le président de la 2ième chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 16 décembre 2022, présentée par Mme A B et Mme D E.
Par cette requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 17 avril et 17 juillet 2023, les requérantes demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a rejeté leur demande de protection au titre des monuments historiques d'une partie de l'ancien Célestes, situé 4, place de la Sous-Préfecture sur la commune de Gray (70 100), ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux en date du 27 octobre 2022.
2°) d'enjoindre au préfet de région, à titre principal, d'inscrire le bâtiment du XVIe siècle faisant partie de l'ancien Célestes leur appartenant au titre des monuments historiques ou à défaut d'y inscrire l'escalier à vis et la salle de réception du premier étage de ce bâtiment.
Les requérantes soutiennent que :
- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que seulement quatre autres maisons du XVIe siècle à Gray sont inscrites au titre des monuments historiques, que le bâtiment n'a pas été modifié depuis le XVIe siècle et que la loi du 31 décembre 1913 autorise l'inscription d'une partie d'un bâtiment qui présente un intérêt d'histoire ou d'art suffisant pour rendre désirable sa conservation, ce qui est le cas de l'ancien qui a fait l'objet d'une thèse de doctorat et est mentionné dans diverses publications historiques ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'un seul agent de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) est venu sur place et qu'elles n'ont pas eu d'entretien avec les autorités de la DRAC, l'architecte des bâtiments de France (ABF) ou la commission régionale du patrimoine et de l'architecture en vue de défendre leur demande ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission régionale du patrimoine et de l'architecture, qui a rendu un avis défavorable sur la demande de protection, était irrégulièrement composée et ne disposait pas du quorum.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 3 mars 2023 et 7 juin 2023, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que :
- 7 monuments historiques, conservant des parties du XVIe siècle, sont inscrits ou classés à Gray et tous présentent des éléments architecturaux plus rares et des proportions plus authentiques car moins touchées par des travaux d'aménagement que le ; s'agissant du bâtiment appartenant aux requérantes, la présence d'un escalier à vis n'est pas un élément suffisant, ce type d'escalier étant courant dans les maisons du XVIe siècle ou antérieures, y compris dans des édifices non protégés au titre des monuments historiques et la salle du premier étage est très dénaturée et ne conserve pas d'élément intéressant pour la protection d'un bâtiment de cette époque ;
- le bâtiment en litige a subi des travaux qui ont dénaturé son authenticité ;
- la demande de protection partielle du couvent n'est pas opportune dès lors qu'une protection partielle présente des difficultés d'exécution et que la politique actuelle du ministère de la culture est de réviser les protections partielles pour les faire disparaître ou au contraire les étendre à une protection totale des bâtiments concernés ;
- la thèse évoquant le couvent ne constitue pas une argumentation suffisante pour justifier l'inscription de la bâtisse au titre de la protection des monuments historiques ;
- la commission n'a pas l'obligation d'entendre les propriétaires de bâtiments susceptibles d'être inscrits à l'inventaire ;
- la DRAC de Bourgogne Franche-Comté a informé les requérantes du passage en commission de leur dossier ;
- si un seul agent de la DRAC s'est rendu sur place, il a réalisé un reportage photographique complet.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pernot,
- et les conclusions de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mesdames B et E sont propriétaires d'un des deux bâtiments formant l'ancien Célestes situé sur la commune de Gray. Le 21 septembre 2021, elles ont demandé que leur bâtiment, datant du XVIe siècle, fasse l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques. Par une décision du 20 juillet 2022, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a rejeté leur demande. Le 27 octobre 2022, le recours gracieux formé contre cette décision a été rejeté. Par le présent recours, elles demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
3. Il ressort des termes de la requête introductive d'instance, enregistrée le 16 décembre 2022, que cette requête ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne des décisions attaquées. Les moyens de légalité externe, tirés du vice de procédure résultant d'une part, de l'absence d'entretien avec les autorités de la DRAC, l'ABF ou la commission régionale du patrimoine et de l'architecture et, d'autre part, de la composition irrégulière et l'absence de quorum de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture qui a rendu un avis défavorable sur la demande de protection du bâtiment en litige, ont été présentés à l'appui des mémoires complémentaires enregistrés les 17 avril et 17 juillet 2023, soit plus de deux mois après le 16 décembre 2022. Par suite, ces moyens, qui n'étaient pas d'ordre public et se rattachaient à une cause juridique distincte de celle invoquée dans le délai de recours, ont été présentés tardivement. Il s'ensuit qu'ils doivent être écartés comme irrecevables.
En ce qui concerne la légalité interne :
4. Aux termes de l'article L. 621-25 du code du patrimoine : " Les immeubles ou parties d'immeubles publics ou privés qui, sans justifier une demande de classement immédiat au titre des monuments historiques, présentent un intérêt d'histoire ou d'art suffisant pour en rendre désirable la préservation peuvent, à toute époque, être inscrits, par décision de l'autorité administrative, au titre des monuments historiques ". Selon l'article R. 621-54 du même code : " L'inscription d'un immeuble au titre des monuments historiques est prononcée par arrêté du préfet de région après avis de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture réunie en formation plénière () ". Et aux termes de l'article R. 621-56 de ce code : " Le préfet de région recueille l'avis de la commission régionale du patrimoine et de l'architecture ou de sa délégation permanente sur les demandes dont il est saisi, après avoir vérifié le caractère complet du dossier, et sur les propositions d'inscription dont il prend l'initiative. / S'il prend une décision de rejet, le préfet de région en informe le demandeur ".
5. Il ressort des décisions contestées que, pour refuser la demande de classement présentée par les requérantes, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté s'est fondé sur deux motifs principaux tirés, d'une part, de ce que ce bâtiment ne présentait pas d'éléments remarquables qui le distingueraient parmi le corpus des autres maisons du XVIe siècle à Gray et, d'autre part, de ce que des travaux d'aménagement en avaient altéré son authenticité. Les éléments avancés par Mesdames B et E ne permettent pas de remettre en cause cette appréciation. S'il a cru bon d'ajouter, au stade du rejet du recours gracieux des intéressées, qu' " une mesure de protection partielle () est contraire à la politique développée par le ministère de la culture qui vise à la protection d'ensembles cohérents () ", il ressort des pièces du dossier que le préfet de de la région Bourgogne-Franche-Comté aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les motifs tirés de l'absence d'éléments remarquables et de l'altération de l'authenticité du bien. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le motif surabondant tiré du refus d'une protection partielle, mesdames B et E ne sont pas fondées à soutenir que les décisions contestées méconnaissent les dispositions de l'article L. 621-25 du code du patrimoine.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérantes, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de mesdames B et E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, Mme D E et à la ministre de la culture.
Copie en sera adressée, pour information au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
J. Seytel
Le premier conseiller faisant fonction de président-rapporteur,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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