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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2202105

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2202105

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2202105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGUICHARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés sous le n° 2202065 les 19 décembre 2022 et 14 mars 2023, le GAEC des Grands Verdats, représenté par Me Guichard, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a refusé de lui délivrer une autorisation d'exploiter des parcelles situées sur le territoire de la commune d'Allenjoie.

Le GAEC des Grands Verdats soutient que :

- le propriétaire des parcelles en litige refuse catégoriquement de louer celles-ci au GAEC Cottet les Combes de bois et ne souhaite comme bailleur que le GAEC des Grands Verdats de sorte que la décision attaquée prive le propriétaire de pouvoir faire exploiter ses terres par le preneur de son choix et lui impose de contracter avec un preneur dont il ne veut pas et ce, en méconnaissance de son droit de propriété ;

- il aurait dû répondre au rang de priorité n°1 dès lors que, d'une part, il dispose d'une dimension économique inférieure à celle dont dispose le GAEC Cottet les Combes de bois, d'autre part, il a également son siège à moins de 10 kilomètres des parcelles et, enfin, il dispose aussi de trois personnes exploitantes ou salariées.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 février et 11 avril 2023, le GAEC Cottet les Combes de bois conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le GAEC des Grands Verdats ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le GAEC des Grands Verdats ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 29 décembre 2022, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 16 décembre 2022, présentée par le GAEC des Grands Verdats.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Besançon sous le n° 2202105 le 29 décembre 2022, le GAEC des Grands Verdats, représenté par Me Guichard, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a autorisé le GAEC Cottet les Combes de bois à exploiter des terres agricoles situées sur le territoire de la commune d'Allenjoie.

Le GAEC des Grands Verdats soulève les mêmes moyens que dans la requête n° 2202065.

La requête a été communiquée au GAEC Cottet les Combes de bois et au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté qui n'ont pas produit d'observations.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Guichard pour le GAEC des Grands Verdats.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 décembre 2021, le GAEC des Grands Verdats a déposé une demande d'autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées situées sur le territoire de la commune d'Allenjoie. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet de la région Bourgogne Franche-Comté a rejeté cette demande. Par un arrêté du même jour, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a autorisé le GAEC Cottet les Combes de bois à exploiter ces terres agricoles. Par les requêtes susvisées, le GAEC des Grands Verdats demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2202065 et n° 2202105, introduites par le GAEC des Grands Verdats, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, si le contrôle des structures agricoles concerne, en principe, l'exploitation d'un bien, il est susceptible d'entraîner indirectement des limitations à l'exercice du droit de propriété, notamment en empêchant un propriétaire d'exploiter lui-même un bien qu'il a acquis, faute de disposer de l'autorisation prévue par les dispositions critiquées, ou en faisant en pratique obstacle à ce qu'un propriétaire puisse aliéner ou louer son bien, faute pour l'acquéreur ou le preneur éventuel d'avoir obtenu cette autorisation. Cependant, ces limitations n'ont pas un caractère de gravité tel que le sens et la portée de ce droit en soient dénaturés. Elles sont justifiées et proportionnées aux objectifs d'intérêt général définis à l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime. Dans ces conditions, le GAEC des Grands Verdats ne peut utilement se prévaloir d'une atteinte au droit de propriété de l'usufruitier des parcelles litigieuses. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312- 1 () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du même code : " () / III. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 12 octobre 2021 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Bourgogne-Franche-Comté : " Article 1 : Définitions / () / dimension économique viable (DEV) : la DEV, au sens du SDREA, est la surface exprimée en Surface Agricole Utile pondérée (SAUp) / Unité de Travail Actif (UTA) construite sur la moyenne de la surface agricole utile des exploitations par UTA (hors cultures spécialisées), et rapportée au groupement de région agricole où est situé le siège d'exploitation () ". Aux termes de l'article 3 de ce même arrêté : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : / la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; / l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis ci-dessous () / () / Le SDREA applicable à la région Bourgogne-Franche-Comté fixe 5 rangs de priorités répartis sous la forme d'une grille multifactorielle prenant en considération : / () / le degré d'atteinte de la dimension économique viable (DEV) fixé à l'article 5 par le demandeur / la distance séparant le siège d'exploitation de la parcelle la plus éloignée objet de la demande () ".

6. Pour contester la dimension économique viable qui a été attribuée au GAEC Cottet les Combes de bois, l'intéressé se prévaut d'un article de presse agricole ainsi que de la demande de politique agricole commune (PAC) de ce GAEC qui indiquent respectivement qu'il disposerait de 185 hectares et 209,85 hectares. Or, en se bornant à rapporter ces éléments chiffrés sans expliquer les effets qu'ils pouvaient avoir sur les modalités de calcul de la dimension économique viable, alors que ce calcul n'inclut pas, dans la surface agricole, les cultures spécialisées, le GAEC des Grands Verdats ne saurait être regardé comme remettant utilement en cause la dimension économique viable du GAEC Cottet les Combes de bois. En outre, la circonstance que le GAEC requérant ait son siège social à moins de 10 kilomètres a bien été prise en considération par le préfet pour déterminer son rang de priorité. Enfin, si l'intéressé soutient qu'il dispose également de trois personnes exploitantes ou salariées, l'annexe 4 de sa demande d'autorisation d'exploiter fait seulement état de deux chefs d'exploitation ou associés exploitants à titre principal. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il aurait dû répondre au rang de priorité n°1 doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que le GAEC des Grands Verdats n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 10 octobre 2022 attaqués. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2202065 et n° 2202105 du GAEC des Grands Verdats sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GAEC des Grands Verdats, au GAEC Cottet les Combes de bois et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2202065 - 2202105

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