mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février et 30 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire ;
2°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 14 juin 2018, 27 octobre 2018, 14 octobre 2019, 14 juin 2021 et 6 septembre 2021 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de reconstituer le capital affecté à son permis de conduire à hauteur des points irrégulièrement retirés ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la réalité des infractions n'a pas été établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;
- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pernot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'infractions au code de la route commises les 14 juin 2018, 27 octobre 2018, 14 octobre 2019, 14 juin 2021 et 6 septembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a respectivement retiré du capital affecté au permis de conduire de M. A trois points, deux points, un point, quatre points et trois points. Après avoir constaté que, malgré la restitution d'un point le 15 mai 2020, le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a décidé, le 19 novembre 2022, d'en prononcer l'invalidation et a ordonné à l'intéressé de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation de la décision du 19 novembre 2022 et de l'ensemble des décisions de retrait de points.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points :
S'agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 27 octobre 2018 et 6 septembre 2021 :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans les conditions prévues à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
3. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A que les infractions commises les 27 octobre 2018 et 6 septembre 2021 ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées devenues définitives respectivement les 13 février 2019 et 1er février 2022. Si l'intéressé soutient qu'il n'a pas payé ces amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions précitées et qu'il n'a pas davantage reçu les titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées, il ne rapporte pas la preuve que les réclamations formées le 1er février 2023 auprès de l'officier du ministère public ont été regardées comme recevables. Il ne fait par ailleurs état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur le relevé d'information intégral. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la réalité des deux infractions précitées doit être en l'espèce regardée comme établie.
4. En second lieu, l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnait ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entrainant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraine retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaitre sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entrainant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
5. Il résulte de l'instruction, et en particulier des mentions du relevé d'information intégral de M. A, que les infractions commises les 27 octobre 2018 et 6 septembre 2021 ont été constatées sur des procès-verbaux dématérialisés qui comportaient l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ainsi que la signature du requérant pour la première infraction et la mention " refus de signer " pour la seconde. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, l'administration apporte la preuve qu'elle a en l'espèce satisfait à son obligation d'information en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités en ce qui concerne ces deux infractions doit être écarté.
S'agissant de la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 14 octobre 2019 :
6. En premier lieu, il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 14 octobre 2019 a donné lieu à une amende forfaitaire devenue définitive le 15 novembre 2019. Si l'intéressé soutient qu'il n'a pas payé cette amende et qu'il n'a pas davantage reçu d'avis de contravention, il ne rapporte pas la preuve que la réclamation formée le 1er février 2023 auprès de l'officier du ministère public a été regardée comme recevable. Il ne fait par ailleurs état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur le relevé d'information intégral. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 2, la réalité de l'infraction commise le 14 octobre 2019 doit être en l'espèce regardée comme établie.
7. En second lieu, il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-13 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse au titulaire de la carte grise un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
8. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 14 octobre 2019 a été relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et que la contravention en résultant a été réglée, ainsi qu'il a été dit au point 6 par la voie d'une amende forfaitaire devenue définitive le 15 novembre 2019. Par suite, M. A a nécessairement reçu l'avis d'information mentionné au point précédent pour l'infraction précitée. L'intéressé, qui n'a pas produit ce dernier document, n'établit pas qu'il ne comportait pas les informations requises. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers M. A de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende correspondant à l'infraction du 14 octobre 2019, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités en ce qui concerne cette infraction doit être écarté.
S'agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021 :
9. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A, édité le 3 mars 2023, que les infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021 ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées devenues définitives respectivement les 24 septembre 2018 et 25 mai 2022. Toutefois, le requérant justifie, d'une part, avoir formé une réclamation à l'encontre des titres exécutoires par courrier du 1er février 2023 auprès de l'officier du ministère public du tribunal de police de Belfort sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale et, d'autre part, avoir été relaxé de ces deux infractions en vertu du jugement rendu par le tribunal de police de Belfort le 15 mai 2023. Par suite, il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête dirigé contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021, que M. A est fondé à soutenir que la réalité de ces deux infractions n'est pas établie.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 19 novembre 2022 :
10. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 2 à 9, et, en dépit du nombre de points légalement retirés à M. A, le solde de points affecté au capital de son permis de conduire n'était pas nul lorsque le ministre de l'intérieur a décidé d'en prononcer l'invalidation et a ordonné à l'intéressé de restituer son titre de conduite.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire et des décisions de retraits de points du capital affecté à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
13. M. A demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'ordonner au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de son capital de points à hauteur de douze points.
14. Le juge de l'exécution statue en tenant compte de la situation de droit et de fait existant au jour de sa décision. L'annulation contentieuse d'une décision portant invalidation d'un permis de conduire à raison de l'illégalité d'un ou de plusieurs des retraits de points qui la fondent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés. Elle doit à cette fin les rétablir dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route et reconstituer le capital de points attaché au permis de conduire tel qu'il devrait être, à la date où le jugement est exécuté, si les retraits illégaux n'étaient jamais intervenus, le cas échéant en faisant application des règles relatives au permis probatoire et des règles de reconstitution automatique prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. Le capital de points détenu à cette date résulte toutefois également des décisions de retrait ou de reconstitution de points qu'il appartient à l'administration de prendre à raison de circonstances qui n'avaient pu être prises en compte aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire, telles que des infractions autres que celles qui avaient fondé les retraits contestés devant le juge, et des conséquences de ces nouvelles décisions sur l'application des règles relatives au permis probatoire et aux reconstitutions automatiques.
15. Le présent jugement, qui annule les décisions de retrait de points du capital affecté au permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021, implique en principe nécessairement que le ministre de l'intérieur rétablisse le bénéfice des sept points illégalement retirés au requérant dans le système automatisé de l'intéressé.
16. Dès lors, il y seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de rétablir dans le système automatisé de M. A le bénéfice de sept points retirés à la suite des infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A est annulée.
Article 2 : Les décisions de retrait de points sur le capital affecté au permis de conduire de M. A à la suite des infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021 sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de rétablir dans le système automatisé relatif au permis de conduire de M. A le bénéfice de sept points retirés à la suite des infractions commises les 14 juin 2018 et 14 juin 2021.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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