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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300243

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300243

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines
Avocat requérantLUTZ LOUIS-MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 13 février, 14 et 21 mars 2023, M. B A, représenté par Me Lutz, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas de non-respect de ce délai ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ou, en cas de saisine, de la date de lecture de la décision de la CNDA ou de la date de notification de l'ordonnance de la CNDA ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour ou, en cas de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer une telle autorisation dans un délai de cinq jours à compter de la même notification ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision retirant l'attestation de demande d'asile a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en ce que le préfet s'est cru à tort lié par les dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 3 mars 2023, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Trottier, président,

- et les observations de Me Lutz, pour M. A, qui s'en rapporte à sa requête.

Le Préfet du Doubs n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 1er juillet 1999, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 17 juillet 2019 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 31 janvier 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 septembre 2022. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'OFPRA le 10 janvier 2023. Par un arrêté du 26 janvier 2023, le préfet du Doubs a retiré l'attestation de demande d'asile délivrée à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas de non-respect de ce délai. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français :

2. Les décisions attaquées ont été signées par M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs, qui disposait d'une délégation régulière du préfet du Doubs, en vertu d'un arrêté du 25 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer les décisions de la nature des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

3. Aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Selon l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application de l'article L. 531-32 en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ". Enfin, l'article L. 531-32 du même code dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".

4. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée par décision de l'OFPRA du 31 janvier 2022, confirmée par la CNDA le 26 septembre 2022 et que sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 10 janvier 2023 au sens de l'article L. 531-32 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort ensuite de l'arrêté attaqué que le préfet du Doubs, après avoir constaté que M. A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français au vu des dispositions du b du 1° de l'article L. 542-2-1°-b du code précité, a retracé la situation personnelle et les conditions de séjour en France de l'intéressé. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Doubs s'est cru en situation de compétence liée avant de retirer l'attestation de demande d'asile de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est présent en France que depuis trois ans et demi à la date de la décision attaquée et qu'il n'a été autorisé à s'y maintenir que pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Il n'établit pas avoir perdu toute attache dans son pays d'origine, où il a passé la majeure partie de sa vie et ne démontre pas avoir noué des relations intenses et stables en France. Enfin, si le requérant fait valoir que sa santé mentale se dégrade, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations et il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait porté cette situation à la connaissance du préfet du Doubs. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet du Doubs n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire à trente jours :

7. Le requérant n'ayant pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'irrecevabilité rendue par l'OFPRA le 10 janvier 2023, à la suite de la demande de réexamen de M. A de sa demande d'asile, lui a été notifiée le 18 janvier 2023. Par suite, le délai de recours contre cette décision expirait le 20 février 2023 à minuit. L'intéressé ne justifie pas avoir exercé un recours auprès de la CNDA contre la décision précitée, ni avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue d'exercer un tel recours.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et de suspension, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le président,

T. Trottier

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2300243

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