jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 février 2023, Mme C B, représentée par Me Abdelli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Jura de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Abdelli, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 6 juin 1995, entrée en France le 16 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 30 juillet 2020, s'est vu délivrer, le 1er octobre 2020, une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 30 septembre 2021 et renouvelée jusqu'au 30 septembre 2022. Le 22 septembre 2022, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 15 décembre 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Jura a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / ()". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné à la réalité et au sérieux des études entreprises, appréciés en fonction de l'ensemble du dossier du demandeur, et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation.
3. Il n'est pas contesté que Mme B s'est inscrite, au titre de l'année 2019-2020, à la préparation d'unités d'enseignements entrant dans la composition du diplôme de comptabilité et gestion de l'INTECT de Nantes mais n'a obtenu que des notes allant de 1,5 à 7,5 sur 20 alors même qu'elle a été au surplus défaillante à certaines épreuves. Puis, après avoir échoué à une nouvelle première année au conservatoire national des arts et métiers de l'INTEC de Paris, au titre de l'année 2020-2021, en ayant des notes comprises entre 2 et 6 sur 20, la requérante s'est finalement inscrite, en 2021-2022, dans un cursus de comptabilité de gestion à Poitiers mais a été défaillante à une partie des épreuves et n'a obtenu pour les autres épreuves que des notes allant de 0,5 à 7,5 sur 20. Enfin, la requérante s'est inscrite, à la rentrée 2022, dans une formation en alternance à Dole pour l'obtention du titre professionnel de gestionnaire comptable et fiscale. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et en dépit des conditions particulières dans lesquelles se sont déroulées les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021 en raison de l'épidémie de covid-19 ainsi que des difficultés d'adaptation au système universitaire français alléguées par la requérante, le préfet du Jura n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions citées précédemment en refusant de renouveler le titre de séjour de la requérante au motif qu'elle ne justifiait pas d'une progression suffisante dans son cursus universitaire ainsi que de la réalité et du sérieux des études entreprises en France. Le moyen invoqué en ce sens doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. La décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Jura.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- Mme Besson, conseillère,
- M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
M. ALa présidente,
S. GrossriederLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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