mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DRAVIGNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2023 et le 7 mars 2023, Mme A C B, représentée par Me Dravigny, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet du Doubs a retiré sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'un droit au travail, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour assortie d'un droit au travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision retirant le titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- et les observations de Me Maillard-Salin substituant Me Dravigny, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malgache, née le 25 octobre 2000, est entrée en France le 29 août 2020 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 2 septembre 2021. Inscrite en BTS " management commercial opérationnel ", elle n'a pas validé sa première année. Par une lettre du 13 août 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", qui lui a été accordé pour une durée de 2 ans par une décision du 18 novembre 2021 lui indiquant que sa situation ferait l'objet d'un réexamen un an plus tard en fonction des résultats obtenus lors de l'année 2021/2022. Le 25 novembre 2022, la requérante a indiqué avoir arrêté sa formation pour raison personnelle. Par un arrêté en date du 20 janvier 2023, le préfet du Doubs lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :
2. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit mais également les circonstances de fait sur lesquelles il se fonde, de manière suffisamment détaillée et non stéréotypée. Les mentions qu'il comporte sont ainsi de nature à mettre en mesure la requérante de discuter utilement les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. A cet égard, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Doubs a indiqué, dans les motifs de sa décision, la cessation par Mme B des études ayant justifié la délivrance de son titre de séjour et sa volonté de travailler à plein temps, la circonstance qu'elle était célibataire et sans enfant ainsi que l'absence de visa pouvant lui permettre de bénéficier d'une carte de séjour " salarié ". Il fait également état de l'absence de circonstances humanitaires pouvant justifier son admission exceptionnelle ainsi que de l'absence de circonstance justifiant qu'un délai de départ supérieur à 30 jours lui soit accordé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 20 janvier 2023 doit être écarté ainsi que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée Mme B était présente en France depuis un peu plus de trois ans. Son séjour en France se déroulait dans le cadre du suivi d'études de telle sorte qu'aux termes de celles-ci, la requérante n'avait pas vocation à s'installer en France. Mme B, célibataire et sans enfant n'établit pas, d'une part, être dépourvue d'attache dans son pays d'origine, pays où elle a passé la majeure partie de sa vie, ni, d'autre part, avoir noué des liens d'une particulière intensité en France. La simple présence de sa cousine en France ne fait pas obstacle à ce que Mme B poursuive sa vie privée et familiale à Madagascar. Dès lors, en retirant le titre de séjour de Mme B, le préfet du Doubs n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus et n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
6. Si, en vertu des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est subordonnée à la production par l'étranger d'un visa long séjour, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Par suite, le préfet du Doubs ne pouvait légalement refuser à Mme B la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au seul motif qu'elle ne pouvait présenter un visa de long séjour, alors même qu'elle avait séjourné régulièrement sur le territoire national en vertu d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée sur le fondement de l'article L. 422-1. Dès lors, la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire et le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme B est fondée à soutenir que les décisions attaquées seraient illégales du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ainsi que le pays de renvoi doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Doubs de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de mille euros au profit de Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Les décisions du préfet du Doubs en date du 20 janvier 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ volontaire ainsi que le pays de renvoi sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de mille (mille) euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère.
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 mai 2023.
La rapporteure,
N. DieboldLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026