mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 février 2023, M. B A, représenté par
Me Stucklé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2023 par laquelle le préfet du Doubs a refusé de prendre en compte un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 25 et 26 novembre 2022 en vue de la reconstitution partielle du nombre de points affecté à son permis de conduire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée, qui est dépourvue de signature, est entachée d'un vice de forme ;
- en refusant de procéder à la reconstitution partielle du nombre de points affecté à son permis de conduire à la suite du stage de sensibilisation qu'il a suivi les 25 et 26 novembre 2022 alors que la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire ne lui a jamais été notifiée, le préfet du Doubs a commis une erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête a été tardivement présentée et n'est par suite pas recevable ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pernot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 25 et 26 novembre 2022, M. A a demandé au préfet du Doubs de procéder à une reconstitution partielle du nombre de points affecté à son permis de conduire. Par une décision du 3 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Doubs a rejeté sa demande.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an () ". L'article R. 223-8 du même code dispose que : " I. - Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. / II. - L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. / III. - Le préfet mentionné au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de rejeter toute demande de reconstitution de points acquis à la suite d'un stage de sensibilisation lorsque le conducteur a reçu, avant le dernier jour du stage, notification d'une décision du ministre de l'intérieur l'informant que son permis de conduire a perdu sa validité suite à l'épuisement de son capital de points.
4. D'autre part, la décision procédant à l'invalidation du permis de conduire est établie selon un modèle de lettre " 48SI " qui mentionne les voies et délais de recours, procède au retrait des derniers points et récapitule les retraits antérieurs, les rendant ainsi opposables au conducteur. La notification d'une telle décision doit être regardée comme régulière lorsqu'elle est faite à une adresse correspondant effectivement à une résidence du titulaire du permis de conduire. Dans le cas où l'intéressé a négligé de retirer le pli mis en instance faute d'avoir pu lui être remis, la date à prendre en compte est celle à laquelle ce courrier a été présenté à son adresse.
5. En premier lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, reprises par l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur, ce vice de forme est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de cette décision, dès lors que, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le préfet du Doubs était en situation de compétence liée pour refuser au requérant le bénéfice d'une reconstitution partielle de points sur son permis de conduire.
6. En second lieu, il ressort tout d'abord des pièces du dossier qu'un pli recommandé, indiquant comme expéditeur " B.N.D.C " (bureau national des droits à conduire), supportant un cachet postal du 22 juin 2020, mentionnant le numéro 060485200459, lequel concorde avec celui figurant sur le relevé d'information intégral édité le 28 mars 2023, et comportant le formulaire " 48 SI ", a été adressé au domicile du requérant au " 10 rue Champrond - 25000 Besançon ". Ensuite, l'avis de réception attaché au pli recommandé comporte la mention " présenté le 24/6 ". Enfin, ce pli recommandé, dont le numéro est identique à celui figurant sur le relevé d'information intégral de l'intéressé, a été renvoyé à l'administration revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé " et non de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la notification de la décision prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A est réputée avoir été faite à une adresse déclarée à l'administration et à laquelle l'intéressé était en mesure de recevoir son courrier. L'intéressé ayant négligé de retirer ce pli dans le délai de quinze jours prévu par la réglementation postale, la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire doit dès lors être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à l'intéressé le 24 juin 2020. Dès lors, à la date à laquelle M. A a effectué son stage de sensibilisation à la sécurité routière, les 25 et 26 novembre 2022, il n'était plus titulaire d'un permis de conduire en cours de validité et il ne pouvait bénéficier d'une reconstitution de son capital de points correspondant au stage dont il se prévaut.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A ne peuvent être que rejetées, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le magistrat désigné,
A. PernotLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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