jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, Mme A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel la maire de la commune de Morvillars s'est opposée à sa déclaration préalable relative à l'installation d'un abri de jardin sur sa propriété ;
2°) " de constater " qu'elle dispose, depuis le 29 novembre 2022, d'une décision tacite de non opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 27 septembre 2022.
Mme B soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- la maire de la commune ne disposait pas des " compétences architecturales " pour apprécier sa demande ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est illégal.
Par un mémoire, enregistré le 13 avril 2023, le préfet du Territoire de Belfort indique au tribunal que la requête de Mme B n'appelle aucune observation de sa part.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, la commune de Morvillars, représentée par DSC avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune soutient que les conclusions tendant à constater l'existence d'une décision administrative sont irrecevables et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant la délivrance d'une décision de non opposition à la déclaration préalable déposée par Mme B.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. D,
- les observations de M. E et M. C, pour Mme B et de Me Suissa, pour la commune de Morvillars.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 septembre 2022, Mme B a présenté une déclaration préalable relative à l'installation d'un abri de jardin sur une propriété située sur le territoire de la commune de Morvillars (Territoire de Belfort). Par un arrêté du 25 octobre 2022, la maire de la commune a pris une décision d'opposition à cette demande. Par un courrier du 4 novembre 2022, Mme B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, implicitement rejeté par la maire de la commune de Morvillars. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2022.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Les conclusions de la requête tendant à demander au tribunal " de constater " que Mme B est bénéficiaire, depuis le 29 novembre 2022, d'une décision tacite de non opposition, doivent être regardées, dans les circonstances de l'espèce, comme tendant à l'annulation de la décision qu'elle conteste. De telles conclusions, ainsi qualifiées, sont recevables et la fin de non-recevoir opposée en défense, doit être écartée.
En ce qui concerne les moyens soulevés par la requérante :
3. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales.
4. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est d'une emprise au sol de 18 m², d'une hauteur de 3 mètres et ne sera pas visible depuis le chemin rural qui longe la parcelle d'assiette du projet en raison des arbres qui se situent en limite séparative. Compte tenu des dimensions modestes qui viennent d'être rappelées et de l'emplacement du projet, celui-ci ne porte pas atteinte à l'environnement architectural dans lequel il sera implanté. Par suite, en s'opposant à la déclaration préalable en litige, la maire de la commune de Morvillars a fait une inexacte application des dispositions rappelées au point précédent.
5. L'arrêté contesté reposant sur un unique motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de cet arrêté. En application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur l'injonction d'office :
6. Lorsque le juge annule une opposition à déclaration préalable après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ou le cas échéant d'office après mise en œuvre de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
7. En l'espèce, le motif d'opposition à déclaration préalable sur lequel repose l'arrêté attaqué est illégal. Il ne résulte pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'enjoindre à la commune de Morvillars de délivrer un certificat de non opposition à Mme B ou que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Morvillars de délivrer un certificat de non opposition à la demande qui a été présentée par Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Morvillars soit mise à la charge de Mme B qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 octobre 2022 par lequel la maire de la commune de Morvillars s'est opposée à la déclaration préalable présentée par Mme B relative à l'installation d'un abri de jardin est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Morvillars de délivrer à Mme B un certificat de non opposition à la demande déposée par Mme B le 27 septembre 2022 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Morvillars sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Morvillars.
Copie du jugement sera adressée, pour information, au préfet du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière(DEF)(/DEF)
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