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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300404

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300404

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon, saisi d’un recours pour excès de pouvoir par M. B, ressortissant libanais, a examiné la légalité du refus du préfet du Jura de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle « passeport talent – carte bleue européenne ». Le tribunal a rejeté la requête en considérant que le préfet pouvait légalement subordonner la délivrance de ce titre à la production de documents attestant de la satisfaction aux conditions d’exercice d’une profession réglementée, conformément à l’article L. 421-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et à la directive (UE) 2021/1883. La décision attaquée a été jugée suffisamment motivée et signée par une autorité compétente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, M. A B, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 février 2023 par laquelle le préfet du Jura a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent - carte bleue européenne " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ait été signée par une autorité habilitée à cet effet ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2021/1883 du Parlement européen et du Conseil du

20 octobre 2021 établissant les conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers aux fins d'un emploi hautement qualifié et abrogeant la directive 2009/50/CE du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant libanais né le 24 août 1960, est entré sur le territoire français le 25 août 2022 sous couvert d'un visa de long séjour mention " salarié " valable du 12 mars 2020 au 12 mars 2021. Il a ensuite obtenu une carte de séjour valable du 22 août 2022 au 21 avril 2023. Le 27 décembre 2022, il a sollicité auprès de la préfecture du Jura un changement de statut afin d'obtenir une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne ". Par une décision du 10 février 2023, le préfet du Jura a refusé de faire droit à cette demande et l'a invité à formuler une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " L'étranger qui occupe un emploi hautement qualifié, pour une durée égale ou supérieure à un an, et justifie d'un diplôme sanctionnant au moins trois années d'études supérieures ou d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent - carte bleue européenne" d'une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail dans la limite de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'État. / Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée correspondant aux critères ayant justifié la délivrance () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 5 de la directive 2021/1883 susvisée du 20 octobre 2021, qui devait être transposée au plus tard le 18 novembre 2023 : " 1. Dans le cadre de l'admission d'un ressortissant de pays tiers au titre de la présente directive, le demandeur d'une carte bleue européenne : a) présente un contrat de travail valide ou, conformément à ce qui est prévu par le droit nationale, une offre ferme pour un emploi hautement qualifiée d'une durée d'au moins six mois dans l'Etat membre concerné ; / () c) pour les professions réglementées, présente des documents attestant qu'il satisfait aux conditions auxquelles le droit national subordonne l'exercice par les citoyens de l'Union de la profession réglementée indiquée dans le contrat de travail ou l'offre d'emploi ferme conformément à ce qui est prévu par le droit national ; / d) présente un document de voyage en cours de validité, comme le définit le droit national, et, si nécessaire, une demande de visa ou un visa en cours de validité ou, le cas échéant, un titre de séjour en cours de validité ou un visa de long séjour en cours de validité ; / e) produit la preuve qu'il a souscrit ou, si cela est prévu par le droit national, qu'il a demandé à souscrire une assurance-maladie pour tous les risques qui sont normalement couverts pour les ressortissants de l'Etat membre concerné, pour les périodes durant lesquelles il ne bénéficiera, du fait de son contrat de travail ou en rapport avec celui-ci, d'aucune couverture de ce type ni d'aucune prestation correspondante () ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions de l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de la directive du 20 octobre 2021 que l'autorité compétente peut subordonner la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent - carte bleue européenne " à l'obtention de documents attestant qu'il satisfait aux conditions auxquelles le droit national subordonne l'exercice par les citoyens de l'Union européenne de la profession réglementée indiquée dans le contrat de travail ou l'offre d'emploi ferme conformément à ce qui est prévu par le droit national, lorsque cette profession est réglementée. Ainsi, la circonstance que l'exercice de la médecine soit réglementé ne fait nullement obstacle à ce que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " soit délivrée à un médecin. Dès lors, en estimant que les " médecins relevant du régime de l'autorisation de travail [ils] ne peuvent pas prétendre à une carte passeport talent - carte bleue européenne ", et en refusant de lui délivrer cette carte de séjour pour ce motif, le préfet du Jura a commis une erreur de droit au regard des dispositions précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Jura a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne "

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision contestée implique que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Jura de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 10 février 2023 par laquelle le préfet du Jura a refusé de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent - carte bleue européenne " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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