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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300530

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300530

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEGI CONSEILS BOURGOGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 mars 2023, 18 septembre 2023 et 24 octobre 2023, le GAEC du Rochet, représenté par Me Lhomme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le préfet de la région Bourgogne Franche-Comté a délivré au GAEC " Vernerey des Seignes " une autorisation pour l'exploitation de terres agricoles situées à Orchamps-Vennes ;

2°) de mettre à la charge tant de l'Etat que du GAEC " Vernerey des Seignes " la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le GAEC du Rochet soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été pris par une autorité habilitée ;

- la demande d'autorisation pour l'exploitation de terres agricoles en litige n'a pas été affichée dans les conditions de l'article D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivé dès lors qu'il n'indique pas les éléments pris en compte pour déterminer l'incidence de l'opération sur la viabilité de son exploitation ;

- il méconnaît l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 juin 2023 et 3 novembre 2023, le GAEC " Vernerey des Seignes ", représenté par Me Nevers, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du GAEC du Rochet la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le GAEC " Vernerey des Seignes " soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 septembre 2023 et 23 octobre 2023, le préfet de la région Bourgogne Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- et les conclusions de M. Pernot.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 avril 2022, le GAEC " Vernerey des Seignes " a déposé une demande d'autorisation d'exploiter des parcelles agricoles situées à Orchamps-Vennes (Doubs). Par un arrêté du 6 octobre 2022, le préfet de la région Bourgogne Franche-Comté a fait droit à la demande du GAEC " Vernerey des Seignes ". Par un courrier du 28 novembre 2022, le GAEC du Rochet a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision prise le 1er février 2023 par le préfet de région. Le GAEC du Rochet demande l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs de la région Bourgogne Franche-Comté du même jour, le préfet de région a délégué sa signature à Mme A, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à l'effet de signer tous les actes administratifs entrant dans le champ des compétences des directions régionales de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité qui a pris l'arrêté contesté n'était pas habilitée à le signer manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une information relative à la demande d'autorisation d'exploitation en litige a été affichée à la mairie de la commune d'Orchamps-Vennes à compter du 21 avril 2022 et que cette publicité précisait la date d'enregistrement de la demande et la date limite de dépôt des dossiers de demande d'autorisation. Par suite, le moyen tiré de ce que les conditions de publicité prévues à l'article D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime n'ont pas été respectées doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du II de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet doit motiver sa décision sans pour autant être tenu de se prononcer expressément sur chacun des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté précise les rangs de priorité dans lesquels ont été classées les candidatures du GAEC " Vernerey des Seignes " et du GAEC du Rochet et que l'opération ne compromet pas la viabilité de l'exploitation du preneur en place. Pour ce second motif, l'arrêté contesté indique que " les surfaces, objets de la demande, sont appréciées lors de l'instruction comme non stratégiques pour le preneur en place ", ce qui constitue une motivation suffisante permettant au GAEC du Rochet de savoir que sa demande a été instruite en tenant compte des effets de l'opération sur la viabilité économique de son exploitation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; () ". De plus, l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) du 12 octobre 2021 précise qu'une opération compromet la viabilité de l'exploitation notamment lorsque les parcelles concernées sont appréciées comme étant stratégiques pour le preneur en place.

7. Il est constant que le GAEC du Rochet a la qualité de preneur en place et que le préfet de région a estimé que l'opération en litige ne compromettait pas la viabilité économique de son exploitation. Le GAEC du Rochet soutient néanmoins que les parcelles en litige lui sont indispensables afin de respecter le cahier des charges d'appellation d'origine contrôlé Comté qui implique de disposer de parcelles agricoles respectant un ratio de 50 ares par vache et situées dans un rayon de 1, 5 kilomètres du bâtiment principal de l'exploitation. Toutefois, il n'est pas contesté que, sans tenir compte des parcelles objets du litige, le GAEC du Rochet disposait, à la date de l'arrêté contesté, de parcelles agricoles d'une superficie de 88 hectares pour 175,5 vaches laitières correspondant à un ratio de 50 ares par vache. En tout état de cause, il n'est pas non plus contesté par le GAEC du Rochet que les parcelles litigieuses, d'une superficie totale de 11 hectares et 95 ares, sont situées à plus de 1,5 kilomètres du bâtiment principal de son exploitation. Par conséquent, l'opération en litige est sans incidence sur le respect, par le GAEC du Rochet, des critères du cahier des charges d'appellation d'origine contrôlé Comté. Dans ces conditions et en l'état des pièces du dossier, le GAEC du Rochet n'est pas fondé à soutenir que les parcelles litigieuses doivent être regardées comme étant stratégiques au sens du SDREA et, dès lors, que l'opération en litige compromet la viabilité économique de son exploitation. En outre, en se bornant à soutenir que le préfet a mal apprécié les conséquences de l'opération sur la viabilité de son exploitation, le GAEC du Rochet n'établit pas l'existence d'une erreur dans la détermination de son rang de priorité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime et de l'article 5 du SDREA du 12 octobre 2021 doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que le GAEC du Rochet n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le GAEC du Rochet soit mise à la charge de l'Etat et du GAEC " Vernerey des Seignes ", qui ne sont pas les parties perdantes.

10. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GAEC du Rochet une somme de 1 200 euros à verser au GAEC " Vernerey des Seignes " au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC du Rochet est rejetée.

Article 2 : Le GAEC du Rochet versera au GAEC " Vernerey des Seignes " une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par le GAEC " Vernerey des Seignes " est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au GAEC du Rochet, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au GAEC " Vernerey des Seignes ".

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Bourgogne Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à dispose au greffe le 21 mars 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière(DEF)(/DEF)

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