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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300542

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300542

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUCHOUDJIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 3 avril 2023, M. A D, représenté par Me Bouchoudjian intervenant dans le cadre de la permanence, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée par l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'irrégularités du fait des modalités selon lesquelles elle lui a été notifiée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée par l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'irrégularités du fait des modalités selon lesquelles elle lui a été notifiée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée par l'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'irrégularités du fait des modalités selon lesquelles elle lui a été notifiée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité entachant ces décisions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,

- les observations de Me Bouchoudjian, représentant M. D, qui reprend l'argumentation de la requête et du mémoire en soulignant que la décision de refus de titre de séjour n'est pas motivée, et que les liens existants entre le requérant, son enfant, la mère de l'enfant, mais aussi sa sœur qui vit à Marseille, n'ont pas été pris en compte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de la République du Congo né le 15 octobre 1984, est arrivé en France le 23 juillet 2018, selon ses déclarations. Par arrêté du 16 août 2021, le préfet du territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a désigné le pays de renvoi. M. D a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 11 janvier 2022, complétée le 13 janvier 2023. Par arrêté du 31 mars 2023, le préfet du territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Lorsqu'un ressortissant étranger fait l'objet d'une assignation à résidence, il appartient seulement au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il a désigné, de se prononcer, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi, refusant d'accorder un délai de départ volontaire et, le cas échéant, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et non sur les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour dont la formation collégiale demeure saisie. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du territoire de Belfort a refusé de délivrer à M. D un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, à la formation du tribunal compétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme B C qui disposait, en qualité de sous-préfète, directrice de cabinet, d'une délégation de signature du préfet du territoire de Belfort accordée par arrêté n°90-2023-02-09-00002 du 9 février 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 10 février 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est par suite suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été notifiée à l'intéressé par une remise en main propre et dans une langue qu'il a déclaré comprendre tant au cours de son audition par les services de police que lors de la notification, doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier.

7. En cinquième lieu, le moyen relatif à l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, il doit par conséquent être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que M. D se trouve sur le territoire national depuis juillet 2018, qu'il y a eu une enfant le 4 août 2020 avec son ancienne compagne dont il ne partage pas le quotidien, et a une sœur vivant à Marseille ainsi qu'une cousine à Clermont-Ferrand. Si M. D fait valoir qu'il dispose ainsi d'attaches anciennes et stables en France, il ne ressort pour autant pas des pièces du dossier qu'il entretient des liens réguliers et stables avec ces personnes. La seule production d'une attestation peu circonstanciée et datant d'avril 2022 ne permet pas de retenir qu'il démontre participer à l'entretien et l'éducation de son enfant à la date de la décision attaquée et avoir noué avec elle une relation suivie et régulière. L'attestation rédigée par sa sœur en 2021 ne caractérise pas davantage l'existence de relations entre eux. Il ne justifie pas d'une insertion professionnelle et sociale en France ni être dépourvu d'attaches en République du Congo, pays qu'il a quitté à l'âge de 34 ans. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit par conséquent être écarté.

10. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Territoire de Belfort a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il ait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, d'une part, au regard des éléments figurant dans l'arrêté en litige, la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a prononcé à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, le préfet du Territoire de Belfort, en décidant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, n'a, en l'espèce, pas commis d'erreur d'appréciation.

13. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été notifiée à l'intéressé par une remise en main propre et dans une langue qu'il a déclaré comprendre tant au cours de son audition par les services de police que lors de la notification, doit être écarté comme inopérant.

14. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier.

15. En cinquième lieu, le moyen relatif à l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, il doit par conséquent être écarté.

16. En sixième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit aux points 8 et 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Territoire de Belfort a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

17. Ainsi qu'il a été précédemment exposé la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français et l'assignation à résidence doivent être rejetées, et que le surplus des conclusions de la requête doit être renvoyé à une formation collégiale du tribunal.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D et au paiement des frais liés au litige sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 avril 2023.

La magistrate désignée,

N. DieboldLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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