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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300598

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300598

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 avril et 23 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points du capital affecté à son permis de conduire consécutives aux infractions commises les 16 mai 2021, 16 juillet 2022 et 6 août 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 mai 2021, 16 juillet 2022 et 6 août 2022 sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévue par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- la réalité de l'infraction commise le 6 août 2022 n'a pas été établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;

- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des trois décisions de retrait de points précitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Le ministre soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pernot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A s'est vu retirer du capital affecté à son permis de conduire, d'une part, un point pour chacune des infractions commises les 18 août 2016, 23 septembre 2016, 20 juin 2019 et 8 août 2021, d'autre part, deux points pour chacune des infractions commises les 10 septembre 2019, 16 mai 2021 et 16 juillet 2022 et enfin, quatre points pour une infraction commise le 6 août 2022. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a décidé, le 3 février 2023, d'en prononcer l'invalidation et a ordonné à l'intéressé de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 mai 2021, 16 juillet 2022 et 6 août 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points :

2. En premier lieu, l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnait ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entrainant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraine retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En outre, la seule circonstance que le conducteur n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que les infractions commises les 16 mai 2021 et 6 août 2022 ont été constatées par des procès-verbaux dématérialisés. Ces procès-verbaux, produits en défense, comportent l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ainsi que la signature du requérant. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'administration apporte la preuve qu'elle a en l'espèce satisfait à son obligation d'information en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités en ce qui concerne ces deux infractions doit être écarté.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'infraction " d'excès de vitesse d'au moins 20 km/h et inférieur à 30 km/h ", commise le 16 juillet 2022 a été constatée sur un procès-verbal dématérialisé qui ne comporte ni la signature de M. A, ni les informations, prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, relatives à l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité pour l'intéressé d'exercer le droit d'accès. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, l'intéressé a été destinataire de ces informations à l'occasion de l'infraction similaire commise le 16 mai 2021. Dès lors, l'omission de ces informations lors de la constatation de l'infraction commise le 16 juillet 2022 n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi. En tout état de cause, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'informations intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'infraction commise le 16 juillet 2022 a donné lieu au paiement différé par celui-ci d'une amende forfaitaire majorée, ce dont il résulte qu'il a nécessairement eu connaissance, à cette occasion, de l'ensemble des informations prescrites par la loi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles précités en ce qui concerne cette infraction doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans les conditions prévues à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 6 août 2022 a donné lieu à une amende forfaitaire majorée devenue définitive le 28 octobre 2022. Si M. A entend contester la réalité de cette infraction par la production d'un courrier de l'officier du ministère public auprès du tribunal de police de Meaux l'informant d'une future citation devant ce tribunal, ce document ne suffit pas à établir que la réclamation formée le 10 juillet 2023 aurait été regardée comme recevable. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, la réalité de l'infraction précitée doit être regardée comme établie.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 3 février 2023 :

7. Les trois décisions de retrait de points attaquées n'étant pas entachées d'illégalité, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 3 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points précitées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2023 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 mai 2021, 16 juillet 2022 et 6 août 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. PernotLa greffière,

N. Viennet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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