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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300599

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300599

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 avril 2023 et 29 février 2024, la SCI Frères Bayar, représentée par Me Pinhel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Lavancia-Epercy a prononcé un sursis à statuer pour une durée de deux ans sur la demande de permis de construire qu'elle a présentée le 9 septembre 2022 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Lavancia-Epercy de délivrer le permis de construire sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette commune dans le même délai et sous la même astreinte de réexaminer sa demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lavancia-Epercy la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI Frères Bayar soutient que :

- l'arrêté contesté n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'a été ni affiché ni publié ;

- il méconnaît l'article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'a pas été transmis au représentant de l'Etat dans le département ;

- il est entaché d'erreurs de droit et d'appréciation dès lors que le débat d'orientation du projet d'aménagement et de développement durable a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière, en tout état de cause est devenu caduc et que l'état d'avancement des travaux d'élaboration du plan local d'urbanisme ne permettait pas d'adopter le sursis à statuer en litige ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation du projet objet de la demande de permis de construire présentée le 9 septembre 2022 ;

- il méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme dès lors que le permis de construire sollicité n'est pas de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la délibération du 14 septembre 2017 du conseil communautaire Jura Sud prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme dès lors que cette délibération n'a pas été affichée, ni publiée ou inscrite au registre des délibérations, ni transmise au représentant de l'Etat, les membres de l'assemblée délibérante n'ont pas été convoqués dans des conditions régulières, leurs convocations n'ont pas été mentionnées au registre des délibérations, ni affichées ou publiées, le procès-verbal de la séance n'a pas été signé par le secrétaire de séance et ce procès-verbal n'a pas été transmis au représentant de l'Etat ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la délibération du 10 octobre 2019 du conseil communautaire Jura Sud portant débat d'orientation sur le projet d'aménagement et de développement durable dès lors que cette délibération n'a pas été affichée, ni publiée ou inscrite au registre des délibérations, ni transmise au représentant de l'Etat, les membres de l'assemblée délibérante n'ont pas été convoqués dans des conditions régulières, leurs convocations n'ont pas été mentionnées au registre des délibérations, ni affichées ou publiées, le procès-verbal de la séance n'a pas été signé par le secrétaire de séance et ce procès-verbal n'a pas été transmis au représentant de l'Etat ;

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la délibération du 6 février 2020 du conseil communautaire Terre d'Emeraude Communauté qui approuve la poursuite de l'élaboration des plans locaux d'urbanisme dès lors que cette délibération n'a pas été affichée, ni publiée ou inscrite au registre des délibérations, ni transmise au représentant de l'Etat, les membres de l'assemblée délibérante n'ont pas été convoqués dans des conditions régulières, leurs convocations n'ont pas été mentionnées au registre des délibérations, ni affichées ou publiées, le procès-verbal de la séance n'a pas été signé par le secrétaire de séance et ce procès-verbal n'a pas été transmis au représentant de l'Etat ;

- il est constitutif d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 janvier 2024 et 18 mars 2024, la commune de Lavancia-Epercy, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce soit mise à la charge de la SCI Frères Bayar la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Lavancia-Epercy fait valoir que les moyens soulevés par la SCI Frères Bayar ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Pinhel pour la SCI Frères Bayard et de Me Suissa pour la commune de Lavancia-Epercy.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 septembre 2022, la SCI Frères Bayar a présenté une demande de permis de construire une salle de réception. Par un arrêté du 10 mars 2023, dont la SCI Frères Bayar demande l'annulation, le maire de la commune de Lavancia-Epercy a prononcé un sursis à statuer d'une durée de deux ans sur cette demande de permis de construire.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement () " et aux termes de l'article L. 153-11 de ce code : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable () ". Enfin, l'article L. 153-12 du même code précise que : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme ".

3. En premier lieu, il résulte de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme que le sursis à statuer doit être motivé. A cet égard, l'arrêté contesté cite les dispositions du code de l'urbanisme autorisant l'autorité compétente à prendre un sursis à statuer. Il rappelle l'état d'avancement des travaux d'élaboration du futur plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) ainsi que l'objet de la construction projetée par la SCI Frères Bayar. Enfin, l'arrêté explique les raisons pour lesquelles ce projet est de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse la réalisation du futur PLUI. Dans ces conditions, l'arrêté contesté comprend les considérations de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation en droit et en fait doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, un permis de construire constitue une décision individuelle et, par conséquent, il n'est pas au nombre des décisions qui doivent être publiées pour devenir exécutoire. De plus, l'affichage d'un permis de construire a seulement pour effet de déclencher les délais et voies de recours à l'égard des tiers et n'a aucune incidence sur sa légalité. Enfin, les conditions de transmission au représentant de l'Etat dans le département d'une décision prise par une collectivité territoriale sont également sans incidence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de ce qu'il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été publié, affiché et transmis au contrôle de légalité ne peuvent être qu'écartés.

5. En troisième lieu, la SCI Frères Bayar soutient que la délibération du 10 octobre 2019 du conseil communautaire Jura Sud portant débat d'orientations générales sur le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ne fait pas ressortir la teneur des débats entre les membres du conseil communautaire. Toutefois, l'obligation de tenir un débat d'orientations générales ne signifie pas que les échanges entre les membres de l'organe délibérant doivent être retranscrits au sein de la délibération afférente. Au demeurant, si la SCI Frères Bayar relève que la délibération du 10 octobre 2019 ferait seulement mention de ce que " les orientations générales ont [] été lues et énoncées ", il ressort également de cette délibération qu'à l'issue de la présentation des principaux axes du PADD, " le président de séance a déclaré le débat ouvert " et a " donné la parole aux membres du conseil communautaire ". Par ailleurs, il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme citées au point 2, qu'un débat d'orientations générales du PADD deviendrait caduc deux mois après la tenue de ce débat dès lors que c'est en réalité un délai de deux mois minimum qui doit être respecté entre le débat d'orientations générales sur le PADD et l'adoption du PLU. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la communauté de communes Terre d'Emeraude, qui s'est substituée à la communauté de communes Jura Sud, a élaboré en juin 2022 un projet de règlement et un projet de zonage qui couvrent la commune de Lavancia-Epercy. Dans ces conditions, la SCI Frères Bayar n'est pas fondée à soutenir que le sursis à statuer en litige a été prononcé en l'absence de débat sur les orientations générales du PADD ou que celui-ci serait irrégulier ou encore devenu caduc. De plus, les travaux d'élaboration du futur PLUI de la communauté de communes Terre d'Emeraude étaient suffisamment avancés, à la date de l'arrêté contesté, pour déterminer les raisons pour lesquelles le permis de construire sollicité par la SCI Frères Bayar pouvait compromettre ou rendre plus onéreuse sa mise en œuvre. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation dans l'état d'avancement du futur PLUI doivent être écartés en toutes leurs branches.

6. En quatrième lieu, il ressort de la demande de permis de construire versée à l'instance que le projet en litige a pour objet " la construction d'un bâtiment à usage de salle de réception ". De plus, au sein de la partie 5.6 du formulaire du permis de construire, aucune superficie n'est renseignée dans la sous-destination " restauration ". Ainsi et contrairement à ce que soutient la requérante, la demande de permis de construire qu'elle a présentée ne permet pas de déduire que la salle de réception projetée servira également à une activité de restauration. Par suite, en instruisant la demande de permis de construire en litige en tant qu'elle a pour objet la construction d'une salle de réception, la commune de Lavancia-Epercy n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation du projet de la SCI Frères Bayar. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il est constant que le projet en litige se situera dans le futur secteur 1AUy qui autorise uniquement les constructions ayant pour destination " le commerce de gros ", les " locaux techniques et industriels des administrations publiques et assimilés " et les " activités des secteurs secondaires ou tertiaires " dans les domaines " industrie, entrepôt et bureau ". Or le projet en litige a pour objet une activité de réception qui ne correspond à aucune des destinations qui viennent d'être exposées. La circonstance que l'activité envisagée par la SCI Frères Bayar va concourir au développement économique du secteur et ainsi répondre à un des objectifs du futur PADD, ne permet pas pour autant de regarder le projet en litige comme répondant aux prescriptions de la future zone 1AUy. Dès lors, en estimant que le projet en litige est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur PLU, le maire de la commune de Lavancia-Epercy n'a pas entaché son arrêté d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme rappelées au point 2.

8. En sixième lieu, l'arrêté contesté n'a pas été pris pour l'application de la délibération du 14 septembre 2017 du conseil communautaire de Jura Sud qui prescrit l'élaboration du PLUI, ni de celle du 10 octobre 2019 portant débat sur les orientations générales du projet d'aménagement ou encore celle du conseil communautaire de Terre d'Emeraude du 6 février 2020 qui approuve la poursuite de l'élaboration du PLUI. En outre, l'arrêté contesté ne trouve pas sa base légale dans les délibérations qui viennent d'être énoncées. Il suit de là que la SCI Frères Bayar ne peut utilement soutenir que le sursis à statuer en litige serait illégal en raison de l'illégalité de l'une des délibérations précédemment énoncées. Par suite, les moyens tirés de l'exception d'illégalité ne peuvent être qu'écartés.

9. En dernier lieu, la SCI Frères Bayar soutient que, lors de l'acquisition des parcelles d'assiette du projet en litige, la commune a exercé son droit de préemption sans que les procédures afférentes n'aboutissent. De plus, elle allègue que la communauté de communes Terre d'Emeraude s'est opposée à un projet de la SCI Frères Bayar qui portait sur une parcelle à proximité du projet. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que l'arrêté contesté ait pour seul objet de faire obstacle au projet de la SCI Frères Bayar. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la SCI Frères Bayar n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste.

Sur les autres demandes :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les demandes d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Lavancia-Epercy qui n'est pas la partie perdante.

13. En revanche et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI Frères Bayar, la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Lavancia-Epercy au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI des Frères Bayar est rejetée.

Article 2 : La SCI Frères Bayar versera à la commune de Lavancia-Epercy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Lavancia-Epercy est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Frères Bayar et à la commune de Lavancia-Epercy.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière(DEF)(/DEF)

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