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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300715

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300715

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAILLY-COLLIARD JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 avril 2023 et le 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Bailly-Colliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2022 par laquelle le préfet du Doubs a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'un an et l'autorisant à travailler, dans un délai de trente jours suivant notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux mois suivant notification du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Bailly-Colliard en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public justifiant le refus de renouveler son titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- et les observations de Me Bailly-Colliard, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bosnien né le 9 décembre 1956, a sollicité le 3 février 2022 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 15 décembre 2022, le préfet du Doubs a refusé ce renouvellement. Par la présente requête, M. B demande au Tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs. Par arrêté du 25 juillet 2022, publié le 25 juillet 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs, le préfet du Doubs a donné délégation à M. Philippe Portal pour signer toute décision de refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que pour établir sa contribution à l'entretien de ses enfants français, M. B produit une attestation de l'association Groupement d'action et de recherche sur l'exclusion Besançon tous travaux, datée du 29 août 2022 alors qu'il était à cette date placé en détention à la maison d'arrêt de Saint-Quentin-Fallavier. Cette attestation fait état de la présence de ses deux enfants français mineurs à son domicile de manière régulière, un week-end sur deux, ainsi que la moitié des vacances scolaires. Par ailleurs, il produit une facture de paiement d'une licence sportive datée du 11 février 2022.

5. Cependant, aucune autre pièce ne permet de confirmer l'implication et les efforts de l'intéressé. Ainsi, le paiement des frais de restauration scolaire ne fait l'objet de la production d'aucune facture. De plus, l'attestation rédigée par la mère des enfants de M. B, dont il est séparé, n'évoque que très vaguement des sommes d'argent destinées à ses enfants qui seraient versées depuis le placement du requérant en détention, par l'intermédiaire de son frère. En tout état de cause, ces éléments ne sont étayés par aucune pièce justificative et sont postérieurs à la décision attaquée.

6. Enfin, la mention de l'adresse de M. B sur des bulletins scolaires, ou des factures d'achats datant de 2023, postérieures à la décision attaquée, dont il est seulement allégué qu'elles concerneraient des biens destinés à ses enfants sans élément de preuve à l'appui et dont il n'est pas établi qu'elles auraient été payées par l'intéressé, ainsi que les attestations d'un médecin qui font état de la présence de M. B à un rendez-vous avec l'un de ses enfants, ne permettent pas à eux seuls d'établir que le requérant contribue effectivement depuis la naissance de ses enfants, ou depuis au moins deux ans, à leur entretien et à leur éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, si M. B peut se prévaloir d'une présence en France sans interruption depuis mars 2007, s'il est locataire d'un logement à Besançon, et s'il est père de deux enfant français mineurs, ceux-ci vivent à la date de la décision attaquée auprès de leur mère dont il est séparé. De plus, il ressort des analyses figurant aux points précédents, que la nature et l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec ses enfants ne sont pas établies. M. B ne fait état par ailleurs d'aucun élément démontrant l'intensité de liens personnels en France, et il est constant qu'au moins un de ses enfants, né d'une première union, vit en Bosnie. Enfin, à la date de la décision attaquée, M. B était en détention provisoire depuis le 11 mars 2022, en attente de son jugement pour des faits, passibles de dix ans d'emprisonnement, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, d'importation sans autorisation préalable, en bande organisée, de matériel de guerre, armes ou munitions, de tentative ou d'importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la sécurité publique (arme ou munition). L'extrait du bulletin n° 2 de son casier judiciaire fait de plus apparaître des condamnations antérieures, et pour certaines récentes, à 200 euros d'amende le 4 mars 2013 pour conduite d'un véhicule sans permis, à 400 euros d'amende le 12 novembre 2020 pour conduite d'un véhicule sans permis, et à six mois d'emprisonnement avec sursis le 21 janvier 2021 pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France. Le caractère répété de ces infractions et la gravité des faits reprochés ont conduit à son placement prolongé en détention provisoire. Dès lors, en dépit du comportement favorable qu'il manifeste durant sa détention, et malgré sa remise en liberté le 10 juillet 2023, les faits précédemment énoncés justifient que M. B soit regardé comme représentant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le requérant n'est donc pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-l de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il est constant que M. B est père de deux enfants français, nés en 2008 et mineurs à la date de la décision attaquée. Ceux-ci résident avec leur mère dont le requérant est séparé. En outre, la nature et l'intensité des liens entre le requérant et ses enfants ne sont pas établies par les pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé précédemment. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance par le préfet des stipulations de l'article 3-l de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 8, il ressort des pièces du dossier que M. B représente une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet du Doubs doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, prise dans l'ensemble de ses moyens et conclusions, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à Me Bailly-Colliard.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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