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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300732

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300732

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300732
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2023 et 14 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Cunin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le maire de Montmorot a décidé d'acquérir par voie de préemption la parcelle située sur le territoire de cette commune, ainsi que la décision du 11 janvier 2023 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montmorot la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de rejet de son recours gracieux n'est pas suffisamment motivée et il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité habilitée ;

- la commune n'était pas compétente pour adopter l'arrêté contesté ;

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- l'arrêté contesté est dépourvu de base légale dès lors que la commune de Montmorot n'établit pas qu'elle a instauré un droit de préemption en application de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté contesté n'a pas été adopté dans le délai prévu à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- la commune de Montmorot ne justifie pas de la réalité d'un projet d'aménagement ou d'une opération d'aménagement dans les conditions prévues à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté contesté ne répond pas à un motif d'intérêt général.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 août et 19 octobre 2023, la commune de Montmorot, représentée par Me Dravigny, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Montmorot soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la société Total Energie Marketing qui n'a pas produit de mémoire.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Dravigny pour la commune de Montmorot.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 25 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 octobre 2022, le maire de Montmorot a décidé d'acquérir par voie de préemption la parcelle située sur le territoire de cette commune. Le 5 décembre 2022, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision que le maire a rejeté par une décision du 11 janvier 2023. M. B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. En premier lieu, l'exercice d'un recours gracieux a pour seul objet d'inviter l'auteur de la décision contestée à reconsidérer sa position. Dès lors, un requérant ne peut utilement soulever des vices propres à l'encontre de la décision de rejet de ce recours gracieux pour obtenir l'annulation de la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 11 janvier 2023 portant rejet de son recours gracieux n'est pas suffisamment motivée et le moyen tiré de ce que l'autorité qui l'a signée n'était pas habilitée à cet effet ne peuvent être qu'écartés comme inopérants.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'urbanisme : " Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre. / Toutefois, la compétence d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre () emporte leur compétence de plein droit en matière de droit de préemption urbain " et aux termes du I de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales : " La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : () 2° En matière d'aménagement de l'espace communautaire : () plan local d'urbanisme () ". Enfin, le II de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, dans sa version applicable le 14 novembre 2020, dispose que : " La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Montmorot est membre de la communauté d'agglomération Jura Lons Agglomération (CA ECLA) qui, en application des dispositions précitées, est, en principe, compétente de plein droit, en lieu et place des communes membres, en matière de plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le conseil communautaire de la CA ECLA n'a approuvé que par une délibération du 17 novembre 2022 le transfert de la compétence " planification urbaine ", et ce à compter du 18 février 2023. Dès lors, avant le 18 février 2023, les communes membres de la CA ECLA étaient seules compétentes en matière de plan local d'urbanisme et, de ce fait, pouvaient exercer le droit de préemption urbain. Il s'ensuit que la commune de Montmorot était bien compétente pour prendre le 11 octobre 2022 la décision de préemption contestée. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

5. En troisième lieu, par une délibération du 10 juin 2020, le conseil municipal de Montmorot a délégué à son maire, pour la durée de son mandat, la compétence d'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune n'était pas titulaire du droit de préemption et dès lors n'avait pas compétence pour adopter la décision contestée doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ".

7. En l'espèce, par une délibération du 17 janvier 2018, le conseil municipal de Montmorot a instauré un droit de préemption urbain sur les terrains et biens situés en zone U et 1 AU du plan local d'urbanisme. De plus, il ressort du règlement du plan local d'urbanisme de Montmorot que tous les secteurs qui sont désignés par un " indice " qui commence par la lettre " U " sont situés en zone urbaine. Il est constant que la parcelle en litige est en secteur UXb et se situe, dès lors, en zone U. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est dépourvu de base légale doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. Cette déclaration comporte obligatoirement l'indication du prix et des conditions de l'aliénation projetée ou, en cas d'adjudication, l'estimation du bien ou sa mise à prix, ainsi que les informations dues au titre de l'article L. 514-20 du code de l'environnement. / () / Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration d'intention d'aliéner en litige a été reçue par les services de la commune le 14 septembre 2022. Dès lors, l'acquisition par voie de préemption de ce bien le 11 octobre 2022 s'est réalisée dans le délai de deux mois prévu par les dispositions précitées. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté a été édicté à une date où le droit de préempter la parcelle en litige était caduc et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'une opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

11. D'une part, le terrain en litige, d'une superficie de 805 mètres carrés, longe l'avenue Pasteur à Montmorot. La commune fait valoir que ce terrain est utile dans le cadre du projet de requalification de cette voie et l'aménagement de modes de déplacement doux. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, et notamment du projet d'aménagement et de développement durable approuvé par la délibération du 15 février 2017 du conseil municipal de Montmorot, ainsi que d'un projet de " requalification de la rocade : Lons le Saunier - Montmorot - Messia-sur-Sorne " de mai 2019 et du schéma directeur des déplacements doux du conseil communautaire de décembre 2019, qu'il existe un projet de requalification de la rocade qui passe par l'avenue Pasteur à Montmorot et un projet d'aménagement de cette avenue par la création de modes de déplacement doux. Il s'ensuit que la commune de Montmorot justifie de la réalité d'un projet d'aménagement existant et, par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

12. D'autre part, le projet d'aménagement précité est destiné à améliorer et diversifier les modalités et les conditions de circulation des usagers de l'avenue Pasteur à Montmorot et présente, dès lors, un intérêt général. A cet égard, l'acquisition de la parcelle en litige va concourir à la réalisation de ce projet. En outre, eu égard au budget de 1 448 251 euros alloué à cette opération, le prix d'acquisition de la parcelle en litige, fixé à 7 000 euros, ne présente pas un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de ce que l'acquisition en litige ne concourt pas à un objectif d'intérêt général doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montmorot, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Montmorot qui n'est pas la partie perdante.

15. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Montmorot au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Montmorot une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Montmorot est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Montmorot.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la société Total Energie Marketing.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier (DEF)(/DEF)

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