jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023 sous le numéro 2300761, Mme E B, représentée par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mars 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une autorisation préalable en vue de l'exercice de l'activité d'agent privé de sécurité ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une autorité habilitée à cet effet ;
- la consultation de ses données personnelles n'a pas été effectuée par un agent spécialement habilité ;
- la décision contestée se fonde sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.
Le CNAPS fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 14 août 2023 sous le numéro 2301682, Mme E B, représentée par Me Gay, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une autorisation préalable en vue de l'exercice de l'activité d'agent privé de sécurité ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une autorité habilitée à cet effet ;
- la consultation de ses données personnelles n'a pas été effectuée par un agent spécialement habilité ;
- la décision contestée se fonde sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, le CNAPS conclut au rejet de la requête.
Le CNAPS fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions des 26 mai 2023 et 15 septembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 juillet 2023, Mme B a présenté une demande de formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour exercer l'activité d'agent privé de sécurité. Par une décision du 23 mars 2023, le directeur du CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée. Par la requête n°2300761, Mme B a demandé l'annulation de cette décision. Le 9 juin 2023, Mme B a présenté une nouvelle demande de formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle pour exercer l'activité d'agent privé de sécurité. Par une décision du 21 juillet 2023, le directeur du CNAPS a refusé de lui délivrer l'autorisation préalable sollicitée. Par la requête n°2301682, Mme B demande l'annulation de cette seconde décision.
2. Les requêtes visées ci-dessus concernent la même requérante et présentent à juger des questions qui ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la légalité des décisions contestées :
En ce qui concerne le cadre légal :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 632-1 du code de la sécurité intérieure : " Le Conseil national des activités privées de sécurité est un établissement public de l'Etat. Il est chargé, s'agissant des activités mentionnées aux titres Ier, II et II bis du présent livre exercées par les personnes physiques ou morales, opérant pour le compte d'un tiers ou pour leur propre compte, dès lors que ces activités ne sont pas exercées par un service public administratif : / 1° D'une mission de police administrative. A ce titre, il délivre, suspend ou retire les différents agréments, autorisations et cartes professionnelles prévus par le présent livre ; () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 () " et aux termes de l'article L. 612-20 de ce code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ;() ".
En ce qui concerne la décision du 23 mars 2023 :
5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. A C, délégué territorial Est, qui disposait, par un arrêté du 26 décembre 2022, d'une délégation de signature du directeur du CNAPS à l'effet de signer toute décision qui entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 632-1 du code de la sécurité intérieure. La décision contestée constitue un refus d'autorisation et entre dans le champ d'application de l'article qui vient d'être rappelé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces produites par le directeur du CNAPS que l'enquête administrative sur laquelle il s'est appuyé pour adopter l'arrêté contesté a été menée par un agent habilité.
7. En troisième lieu, le directeur du CNAPS a refusé l'accès à la formation demandée par Mme B pour un premier motif tiré de faits commis en 2006 de " dénonciation calomnieuse ". Or il ressort des pièces du dossier que ces faits ont été commis par une personne qui n'est pas la requérante. Dès lors, en retenant ces agissements, le directeur du CNAPS a, sur ce premier motif, fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts.
8. En revanche, le directeur du CNAPS a également pris la décision contestée sur un second motif tiré de la condamnation de Mme B par la cour d'appel de Besançon pour des faits commis le 4 octobre 2018 de " refus de se soumettre aux vérifications relatives au véhicule ou au conducteur " et refus " d'obtempérer à une sommation de s'arrêter " et par le tribunal de grande instance de Lons le Saunier pour des faits commis le 24 janvier 2019 de " conduite sous l'empire d'un état alcoolique ". Ces condamnations sont inscrites au bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressée. La décision contestée repose, en outre, sur des faits commis entre 2006 et 2022 " d'usage de stupéfiants ", " dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui ", " délit de fuite ", " non représentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer ", " diffamation envers des particuliers par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ". Ces faits commis entre 2006 et 2022 résultent de l'enquête administrative diligentée par le CNAPS. Dans ces conditions, en se bornant à les " contester fermement " et à faire valoir que " mise en cause ne signifie pas coupable ", Mme B n'apporte aucun élément qui permettrait de démontrer que les agissements sur lesquels repose l'arrêté contesté ne sont pas matériellement établis. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur du CNAPS ne pouvait fonder sa décision sur les agissements précédemment énoncés doit être écarté.
9. En dernier lieu, les agissements énoncés au point précédent caractérisent un comportement incompatible avec l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Compte tenu de la répétition sur une longue période de ce comportement et du caractère récent des derniers agissements, le directeur du CNAPS a pu, sans entacher sa décision d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure, refuser l'accès à la formation demandée par Mme B. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée du 23 mars 2023.
En ce qui concerne la décision du 21 juillet 2023 :
11. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. A C, délégué territorial Est, qui disposait, par un arrêté du 26 décembre 2022, d'une délégation de signature du directeur du CNAPS à l'effet de signer toute décision qui entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 632-1 du code de la sécurité intérieure. La décision contestée constitue un refus d'autorisation et entre dans le champ d'application de l'article qui vient d'être rappelé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces produites par le directeur du CNAPS que l'enquête administrative sur laquelle il s'est appuyé pour adopter l'arrêté contesté a été menée par un agent habilité.
13. En troisième lieu, le directeur du CNAPS a refusé l'accès à la formation demandée par Mme B pour un premier motif tiré de faits commis en 2006 de " dénonciation calomnieuse ". Or il ressort des pièces du dossier que ces faits ont été commis par une personne qui n'est pas la requérante. Dès lors, en retenant ces agissements, le directeur du CNAPS a, sur ce premier motif, fondé sa décision sur des faits matériellement inexacts.
14. En revanche, le directeur du CNAPS a également fondé la décision contestée sur un second motif tiré de la condamnation de Mme B par la cour d'appel de Besançon pour des faits commis le 4 octobre 2018 de " refus de se soumettre aux vérifications relatives au véhicule ou au conducteur " et refus " d'obtempérer à une sommation de s'arrêter " et par le tribunal de grande instance de Lons le Saunier pour des faits commis le 24 janvier 2019 de " conduite sous l'empire d'un état alcoolique ". Ces condamnations sont inscrites au bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressée. La décision contestée repose en outre sur des faits commis entre 2006 et 2022 " d'usage de stupéfiants ", " dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui ", " délit de fuite ", " non représentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer ", " diffamation envers des particuliers par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ". Ces faits commis entre 2006 et 2022 résultent de l'enquête administrative diligentée par le CNAPS. Dans ces conditions, en se bornant à les " contester fermement " et à faire valoir que " mise en cause ne signifie pas coupable ", Mme B n'apporte aucun élément qui permettrait de démontrer que les agissements sur lesquels repose l'arrêté contesté ne sont pas matériellement établis. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur du CNAPS ne pouvait fonder sa décision sur les agissements précédemment énoncés doit être écarté.
15. En dernier lieu, les agissements énoncés au point précédent caractérisent un comportement incompatible avec l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Compte tenu de la répétition sur une longue période de ce comportement et du caractère récent des derniers agissements, le directeur du CNAPS a pu, sans entacher sa décision d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure, refuser l'accès à la formation demandée par Mme B. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée du 21 juillet 2023.
Sur les autres demandes :
17. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les demandes d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CNAPS, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière (DEF)(/DEF)
Nos 2300761-230168
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026