jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300793 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | STARK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mai 2023, 4 et 16 avril 2024, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel il a obtenu une pension militaire d'invalidité au taux de 10 % au titre de l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, troubles du sommeil, irritabilité " ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées et des anciens combattants de fixer le taux d'invalidité de sa pension à 40 % en raison de son " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " et à 20 % en raison de " ses troubles anxieux et désadaptions au service dans le contexte d'une personnalité disharmonieuse, angoisses et manifestations somatoformes " et d'établir, en conséquence, un nouveau titre de pension et une nouvelle fiche descriptive des infirmités avec effet rétroactif au 7 janvier 2021 ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 850 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation et le refus de lui verser la pension d'invalidité sollicitée lui a causé un préjudice ;
- le préjudice qu'il a subi doit être évalué et indemnisé à hauteur de 30 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 et 11 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et que les conclusions indemnitaires sont irrecevables.
Un mémoire enregistré le 20 septembre 2024 pour le ministre des armées n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, en service au sein de l'armée de terre du 7 mai 2012 au 15 octobre 2014, a sollicité les 29 juillet 2014 et 13 février 2018 la concession d'une pension militaire d'invalidité, demande rejetée respectivement par des décisions adoptées le 18 février 2016 par le ministre de la défense et le 5 mars 2020 par le ministre des armées. Le 7 janvier 2021, M. B a présenté une nouvelle demande de pension militaire d'invalidité en raison d'un " état de stress post-traumatique nouvelle infirmité, vision traumatique et reviviscences ". Par un arrêté du 20 juin 2022 et une fiche descriptive des infirmités du 24 juin 2022, M. B a obtenu une pension militaire d'invalidité, à titre temporaire, du 7 janvier 2021 au 6 janvier 2024 au taux de 10 % au titre de l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, troubles du sommeil, irritabilité ". Par une décision du 15 février 2023, la commission de recours de l'invalidité a rejeté la demande que M. B a formée le 2 novembre 2022 contre l'arrêté du 20 juin 2022 et la fiche descriptive d'invalidité du 24 juin 2022. M. B demande l'annulation de la décision du 15 février 2023 en tant qu'elle ne retient pas un taux de 40 % en raison de son " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " et 20 % en raison de " ses troubles anxieux et désadaptions au service dans le contexte d'une personnalité disharmonieuse, angoisses et manifestations somatoformes ". Il demande également la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en raison du préjudice qu'il estime avoir subi.
Sur légalité de la décision contestée :
En ce qui concerne le " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " :
2. Aux termes de l'article L. 125-3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Le taux de la pension définitive ou temporaire est fixé, dans chaque grade, jusqu'au taux de 100 %, par référence au taux d'invalidité apprécié de 5 en 5. / Quand l'invalidité est intermédiaire entre deux échelons, l'intéressé bénéficie du taux afférent à l'échelon supérieur. / Les indices des pensions afférentes au soldat et aux différents grades, correspondant aux taux d'invalidité, ainsi que les indices des allocations et accessoires de pensions, servis en application du présent code, sont déterminés par décret. / L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. / Des guides-barèmes spécifiques sont relatifs à la classification et à l'évaluation des invalidités résultant des infirmités et maladies contractées soit pendant l'internement ou la déportation, soit par des militaires ou assimilés au cours de la captivité subie dans certains camps ou lieux de détention ". Par ailleurs, le chapitre II " indemnisation " de l'annexe 2 " troubles psychiques de guerre " du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, donne six niveaux de troubles : - absence de troubles décelables : 0 p. 100 ; / - troubles légers : 20 p. 100 ; / - troubles modérés : 40 p. 100 ; / - troubles intenses : 60 p. 100 ; / - troubles très intenses : 80 p. 100 ; / - destruction psychique totale avec perte de toute capacité existentielle propre, nécessitant une assistance de la société : 100 p. 100 ". Enfin, aux termes de l'article R. 121-3 de ce code : " la pension temporaire est concédée pour trois années à compter du point de départ défini à l'article L. 151-2. / Elle est convertible en pension définitive à l'issue d'une ou de plusieurs périodes de trois ans, après examens médicaux ".
3. Par l'arrêté contesté du 20 juin 2022, M. B a obtenu une pension militaire d'invalidité pour la période allant du 7 janvier 2021 au 6 janvier 2024 au taux de 10 % au titre de l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, troubles du sommeil, irritabilité ". Il est constant que cette infirmité a pour origine l'opération extérieure à laquelle il a participé en Afghanistan du 29 septembre au 24 novembre 2013. Le ministre des armées fait valoir, en se fondant notamment sur le diagnostic réalisé le 7 octobre 2021 par le docteur , médecin conseil expert chargée des pensions militaires d'invalidité, que les symptômes développés par M. B n'ont pas pour cause exclusive son accident de service. Or, il ne résulte pas de l'instruction que les symptômes post-traumatiques développés par M. B puissent avoir une autre cause que l'opération extérieure à laquelle il a participé en Afghanistan. De plus, M. B produit des expertises médicales du docteur et du docteur qui l'ont examiné, respectivement, à trois reprises en 2020 et le 21 septembre 2021 et qui constatent que l'intéressé a un sommeil de mauvaise qualité, qu'il souffre d'un état dépressif, de céphalées et d'angoisses, qu'il est irritable et qu'il a des pensées suicidaires. Les troubles décrits doivent être regardés comme légers à modérés au sens des dispositions citées au point précédent et justifiant, en l'espèce, un taux d'infirmité à 30 %. Pour l'ensemble de ces raisons, M. B est fondé à soutenir qu'en retenant un taux de 10 % pour l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité ", la décision de la commission de recours de l'invalidité du 15 février 2023 a fait une inexacte application des dispositions rappelées au point précédent.
En ce qui concerne les " troubles anxieux et désadaptions au service dans le contexte d'une personnalité disharmonieuse, angoisses et manifestations somatoformes " :
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; () " et aux termes de l'article L. 121-2 de ce code, dans sa version alors applicable : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Par ailleurs, l'article L. 121-2-3 du même code dispose que : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ". Enfin, l'article L. 121-8 de ce code dispose que : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 125-9, dans le cas d'infirmités multiples dont aucune n'entraîne une invalidité de 100 %, le taux d'invalidité est calculé ainsi qu'il suit : / 1° Les infirmités sont classées par ordre décroissant de taux d'invalidité ; / 2° L'infirmité la plus grave est prise en considération pour l'intégralité du taux qui lui est applicable ; / 3° Le taux de chacune des infirmités supplémentaires est pris en considération proportionnellement à la validité restante ; / 4° Quand l'infirmité principale entraîne une invalidité d'au moins 20 %, le taux d'invalidité de chacune des infirmités supplémentaires est majoré de 5, 10, 15 %, et ainsi de suite, suivant qu'elles occupent les deuxième, troisième, quatrième rangs dans la série décroissante de leur gravité ".
5. Par ailleurs, les troubles anxieux qui sont compris dans la section B " troubles névrotiques " de l'annexe 2 " troubles psychiques de guerre " du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, sont décrits comme suit : " Ces troubles sont constitués de syndromes généralisés (états anxieux) ou plus limités (symptômes de conversion) dont l'apparition ou l'aggravation peut être contemporaine ou succéder à des faits de service ayant ou non entraîné, à l'époque où ils sont survenus, des manifestations psychiques aiguës (du type des troubles psychiques de guerre, par exemple) ". Les troubles anxieux plus particulièrement se manifestent par les symptômes suivants : " 2. Troubles anxieux : - crises d'angoisse paroxystique ; - troubles anxieux généralisés ; - troubles anxio-dépressifs (sans prédominance marquée, ni troubles anxieux ou dépressif associés) ".
6. M. B soutient que les troubles anxieux et de désadaption dont il est affecté ont également pour origine l'opération extérieure à laquelle il a participé en Afghanistan du 29 septembre au 24 novembre 2013. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, cette opération a généré chez M. B des symptômes tels que des angoisses, une dépression, de l'irritabilité, des pensées suicidaires, des ulcères gastriques, un sommeil de mauvaise qualité et une perte de poids. Toutefois, ces symptômes ne correspondent pas aux manifestations psychiques aiguës décrites dans le point précédent. Dans ces conditions, en refusant de reconnaître la situation d'infirmités multiples de M. B, la commission de recours de l'invalidité n'a pas entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions citées au point 5. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de fixer le taux de l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " à 30 % pour la période allant du 7 janvier 2021 au 6 janvier 2024.
Sur la demande indemnitaire :
8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
9. M. B demande la condamnation de l'Etat à réparer le préjudice qu'il estime avoir subi. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait formé une demande indemnitaire préalable. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées, la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit être accueillie et les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur la demande d'injonction :
10. En exécution du présent jugement, le taux d'infirmité de la pension militaire d'invalidité servie à M. B au titre du " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " est fixé à 30 % pour la période allant du 7 janvier 2021 au 6 janvier 2024 et le surplus de ses conclusions principales est rejeté. Le présent jugement n'implique alors aucune mesure d'exécution et la demande d'injonction doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle fixe à 10 % le taux d'infirmité " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " est annulée.
Article 2 : Le taux de la pension militaire d'invalidité servie à M. B au titre de l'infirmité " syndrome post-traumatique léger, trouble du sommeil, irritabilité " est fixé à 30 % pour la période allant du 7 janvier 2021 au 6 janvier 2024.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
(DEF)(/DEF)
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026