mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Bajti, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai pour exécuter volontairement cette mesure d'éloignement, a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la décision de refus de délivrance de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée ;
- la mesure d'assignation à résidence est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation qui lui est faite de se présenter trois jours par semaine aux services de police durant son assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- et les observations de Me Marchand, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien né le 25 juin 1977, est arrivé en France le 7 janvier 2010, selon ses déclarations. Le 13 août 2019, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 mai 2023, pris après consultation de la commission du titre de séjour qui, lors de sa séance du 21 septembre 2022, a rendu un avis défavorable, le préfet du Territoire de Belfort lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un an et l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement rendu le 22 mai 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté les conclusions présentées par M. A à l'encontre des décisions du 15 mai 2023 par lesquelles le préfet du Territoire de Belfort a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours. Par ce même jugement, la magistrate a renvoyé à une formation collégiale du tribunal le surplus des conclusions de la requête. Par suite, il n'y a plus lieu, pour la formation collégiale du tribunal, que de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A ainsi que sur celles, accessoires, présentées par ce dernier aux fins d'injonctions.
Sur décision de refus de délivrance de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision du 15 mai 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a refusé l'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du même code, est régulièrement motivée en droit par le visa de ces dispositions. Elle est suffisamment motivée en fait par l'indication en particulier de la durée de séjour en France de M. A, par la mention de la présence dans ce pays de sa mère, par l'évocation de son état de santé, par le rappel du parcours administratif de l'intéressé et des précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, par l'indication des actes commis par le demandeur et pénalement sanctionnés qui ont permis au préfet de considérer que la présence en France de M. A représente une menace pour l'ordre public, par la mention de l'avis rendu par la commission du titre de séjour sur la demande déposée, et, s'agissant des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par la mention selon laquelle le demandeur ne justifie pas de circonstances de fait susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour pour des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires.
5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Territoire de Belfort a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en compagnie de sa mère le 7 janvier 2010, selon ses déclarations, soit à l'âge de trente-deux ans. Après avoir vu sa demande d'asile rejetée, il a sollicité à plusieurs reprises son admission au séjour pour raisons de santé mais s'est vu opposer des refus au motif qu'une prise en charge médicale appropriée était possible en Géorgie. Il se maintient irrégulièrement sur le territoire français malgré trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre les 21 juin 2012, 14 mai 2014 et 28 mars 2018, auxquelles il n'a pas déféré. Le certificat médical établi par un médecin généraliste le 15 février 2019, qui fait état de ce que M. A souffre de diabète de type 1 insuliné et multicompliqué, en particulier par une néphropathie diabétique, d'une hypertension artérielle, d'une hypothyroïdie substituée et d'une stéatofibrose hépatique sévère, et le document médical de synthèse rédigé le 16 mars 2023 par un médecin de l'assurance maladie qui relève notamment la tension élevée du patient et l'existence d'un souffle carotidien gauche, sont insuffisants pour permettre de considérer que l'état de santé du requérant exige son maintien sur le territoire français en raison de l'impossibilité d'une prise en charge médicale appropriée à l'étranger et notamment en Géorgie. Enfin, M. A ne justifie pas d'autres attaches familiales en France que sa mère ni d'une insertion satisfaisante dans la société française, faute de maîtriser la langue de ce pays où il réside depuis treize ans et en raison des vols commis à de nombreuses reprises et pour lesquels il a été condamné en 2011, 2015 et 2020 par le tribunal correctionnel de Belfort à quinze jours d'emprisonnement avec sursis, puis à une amende de 200 euros et enfin à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis respectivement en 2011, au mois de janvier 2013 et le 12 novembre 2019. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Elle ne méconnaît dès lors ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ces mêmes circonstances de fait qu'en ne régularisant pas la situation administrative de M. A, le préfet du Territoire de Belfort n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Territoire de Belfort du 15 mai 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 15 mai 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et présentées aux fins d'injonction sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère,
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2023.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
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