mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2300933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lutz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet du Doubs a décidé de le remettre aux autorités polonaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel le préfet Doubs l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours, renouvelable 3 fois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté de remise aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile :
- les motifs de l'arrêté attaqué relèvent que le préfet n'a pas procédé à l'examen de la situation personnelle de l'intéressé ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement UE du 26 juin 2013 dès lors que le préfet n'établit pas que les garanties prévues par cet article ont été respectées ;
- il méconnaît l'article 5 du règlement UE du 26 juin 2013, dès lors que le préfet n'établit pas que l'entretien individuel prévu par ces dispositions s'est déroulé dans les conditions régulières ;
- il méconnaît les articles 3 et 17 du règlement UE du 26 juin 2013 ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il entretient une relation avec une ressortissante française depuis deux ans et qu'en cas de transfert aux autorités polonaises il risque d'être renvoyé dans son pays d'origine dans lequel il risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants.
En ce qui concerne l'arrêté l'assignant à résidence :
- l'arrêté l'assignant à résidence est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'arrêté de remise aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le règlement UE n°118/2014 du 30 janvier 2014
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Seytel, conseiller, pour statuer en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, l'article L. 614-9 et de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel, conseiller ;
- les observations de Me Lutz, pour M. A, qui précise que la compagne de M. A qui n'a pas la nationalité française, dispose d'un titre de séjour valable jusqu'au 18 décembre 2026 et qu'au regard des photographies produites cette relation est ancienne d'au moins deux ans. Il indique également que contrairement à ce qui était initialement soulevé dans la requête, il ne souffre d'aucun problème de santé particulier.
Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovar, est entré en France en avril 2023, selon les indications de sa requête. Le 17 avril 2023, il a déposé une demande d'asile en France. La consultation de la base de données biométriques Visabio a fait ressortir que l'intéressé s'est vu délivrer le 5 janvier 2023 un visa de type C valable du 19 janvier au 2 mars 2023 par les autorités polonaises et il n'établit pas avoir, depuis lors, quitter le territoire des Etats membres pendant une durée au moins égale à trois mois. Le préfet du Doubs a alors saisi les autorités responsables de sa demande d'asile d'une demande de prise en charge, lesquelles ont donné leur accord le 25 avril 2023. Par des arrêtés du 1er juin 2023, le préfet du Doubs a décidé, d'une part, de remettre l'intéressé aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours, renouvelable 3 fois. M. A demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur la légalité des arrêtés attaqués :
En ce qui concerne l'arrêté de transfert aux autorités responsables de l'examen de la demande d'asile :
2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement UE du 26 juin 2013, que l'administration qui entend faire application de ce règlement à un demandeur d'asile doit lui remettre, dès le moment où le préfet est informé que ce demandeur est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments au paragraphe 1 de cet article.
4. Le préfet du Doubs produit en défense les premières pages des brochures figurant en annexe X du règlement UE du 30 janvier 2014 " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " (brochure A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B) rédigées en langue albanaise, que le requérant a déclaré comprendre. Ces documents sont revêtus de l'indication de la date de remise, le 17 avril 2023 à M. A, et de la signature de l'intéressé sur chacun des exemplaires produits. De plus, il n'est pas établi que cette brochure ne comporterait pas l'ensemble des informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte de l'article 5 du règlement UE du 26 juin 2013 qu'un entretien individuel doit être mené entre l'autorité susceptible de remettre le demandeur d'asile aux autorités responsables de l'examen de sa demande. Cet entretien doit être mené dans une langue que le demandeur comprend, dans des conditions garantissant dûment sa confidentialité et à son issue doit être remis au demandeur un résumé qui récapitule les principales informations qu'il a fournies lors de cet entretien.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien individuel qui s'est tenu le 17 avril 2023 à la préfecture du Doubs en présence d'un agent de la préfecture, dont il n'est pas établi qu'il ne saurait être considéré comme une personne qualifiée. En outre, un résumé des informations fournies par M. A, qu'il a confirmé être exactes lui a été remis le même jour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En quatrième lieu, le paragraphe 1 de l'article 3 du règlement UE du 26 juin 2013 prévoit que la demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride " est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable " et que le paragraphe 1 de l'article 17 de ce même règlement dispose que : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Par ailleurs, aux termes de du paragraphe 1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
8. M. A n'apporte aucun élément susceptible d'établir que les autorités polonaises ne seraient pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il entretient une relation depuis au moins deux ans avec une étrangère qui dispose d'un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au 18 décembre 2026, cette seule circonstance ne saurait ni suffire à regarder l'arrêté attaqué comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, ni à établir que le préfet, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article17 du règlement UE du 26 juin 2013, ait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
9. En dernier lieu, si M. A soutient qu'en cas de retour au Kosovo, il serait exposé aux menaces de mort de la part de son oncle, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. En tout état de cause, d'une part l'arrêté n'a pas pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine, d'autre part il a été rappelé au point précédent que M. A n'apporte aucun élément qui permet d'établir que sa demande d'asile ne serait pas examinée par les autorités polonaises. Par suite, le moyen tiré de ce que l'exécution de l'arrêté attaqué l'exposerait à un risque de peines ou traitements inhumains ou dégradants doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :
10. M. A n'établit pas l'illégalité de l'arrêté de transfert aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il conteste et sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le magistrat désigné,
J. Seytel
La greffière,
C. Chiappinelli
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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