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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300950

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300950

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 9 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lutz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, a fixé le pays de retour et l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit.

En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de retour :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le requérant remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour " vie privée et familiale ".

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A, représenté par Me Lutz, a présenté un mémoire qui a été enregistré le 27 juin 2023 soit postérieurement à la clôture d'instruction intervenue trois jours francs avant l'audience.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- et les observations de Me Lutz, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérien, est entré en France le 10 septembre 2008 sous couvert d'un visa de long séjour, valable du 3 septembre 2008 au 2 décembre 2008. Il a bénéficié de cartes de séjour " étudiant " successives valables du 10 septembre 2008 au 8 octobre 2016 puis d'une autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi " valable jusqu'au 4 septembre 2017, enfin de cartes de séjour " salarié " valables du 7 avril 2017 au 6 avril 2018 puis du 4 septembre 2018 au 3 septembre 2019. Par un arrêté du 2 juin 2020, le préfet de la Saône-et-Loire a refusé la demande de titre de séjour présentée par M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, décisions qui n'ont pas été exécutées par l'intéressé. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet du Territoire de Belfort a édicté à l'encontre de M. A un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et l'a interdit de retour sur le territoire français, décisions qui n'ont pas été exécutées par l'intéressé. Le 3 mars 2023, M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour. Par un arrêté du 5 juin 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet a refusé sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, a fixé le pays de retour et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 9 juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon, statuant en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté les conclusions présentées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision refusant un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de retour, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que la décision portant assignation à résidence et a renvoyé à une formation collégiale le surplus des conclusions de la requête.

Sur la décision portant refus d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er juin 2023, le préfet du Territoire de Belfort a donné délégation à M. Renaud Nury, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles qui sont attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité qui a signé l'arrêté attaqué n'avait pas compétence pour y procéder manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () " et aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 6 septembre 2019 par le tribunal correctionnel de Mâcon à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement pour avoir commis les 31 août et 4 septembre 2019 des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à 8 jours. Il a été incarcéré à l'issue de l'audience. Par ailleurs, il ressort du fichier de traitement des affaires judiciaires que le requérant est connu pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion le 4 février 2019, vol à l'étalage le 26 juin 2019, refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au FNAEG les 27 juin et 5 septembre 2019, violation de domicile et vol le 1er juillet 2019, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité le 18 juillet 2019, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité le 31 août 2019, violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité supérieure à 8 jours le 4 septembre 2019 et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours le même jour. Ainsi, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence de l'intéressé en France présentait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. A soutient qu'il est arrivé en France en 2008, qu'il a bénéficié de titres de séjour successifs jusqu'en 2019 et qu'il est bénévole dans une association depuis janvier 2023. Toutefois, pour les raisons exposées au point 5, la présence en France de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public et, dès lors, les éléments qu'il fait valoir au titre de son insertion personnelle, sociale et professionnelle dans la société française ne sauraient suffire à faire regarder la décision attaquée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur la demande d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction présentée par la requête doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 juin 2023 portant refus de titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires afférentes sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Territoire de Belfort.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- Mme Bois, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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