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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2300963

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2300963

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2300963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 6 juin 2023 sous le numéro 2300963, Mme A D E, représentée par Me Kombe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour correspondant à sa situation, à défaut, de réexaminer sa situation en la munissant d'un récépissé sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de la demande d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de la Haute-Saône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, en cas d'annulation des décisions contestées, à ce que l'injonction prononcée soit limitée au réexamen de la situation de la requérante et que les frais liés au litige mis à sa charge soient réduits à la somme de 300 euros.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 et 27 juin 2023 sous le numéro 2300964, Mme G C, représentée par Me Kombe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour correspondant à sa situation, à défaut, de réexaminer sa situation en la munissant d'un récépissé sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et de la demande d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de la Haute-Saône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, en cas d'annulation des décisions contestées, à ce que l'injonction prononcée soit limitée au réexamen de la situation de la requérante et que les frais liés au litige mis à sa charge soient réduits à la somme de 300 euros.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Trottier, président,

- les observations de Mme D E qui soutient n'avoir jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne comprend pas pourquoi le préfet a pris une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E A et sa fille ainée Mme C G, de nationalité camerounaise, respectivement nées les 14 novembre 1979 et 12 juin 2002, sont entrées sur le territoire français le 24 juillet 2019 sous couvert d'un Visa C, accompagnées de trois autres enfants, tous mineurs et de nationalité tchadienne. Mme D E et Mme C ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 22 juin 2021, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 avril 2022. Les demandes de réexamen déposées par les intéressées auprès de l'OFPRA ont été déclarées irrecevables par des décisions du 22 mars 2023. Le 12 mai 2023, le préfet de la Haute-Saône a pris à l'encontre des deux requérantes des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par les requêtes nos 2300963 et 2300964, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, les requérantes sollicitent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par M. B F, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et des libertés publiques à la préfecture de la Haute-Saône, qui disposait d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Saône, par un arrêté n° 70-2023-02-20-00001 du 20 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, l'autorisant expressément à signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci.". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les demandes de réexamen de demandes d'asile de Mme D E et de Mme C ont été rejetées, pour irrecevabilité, par deux décisions de l'OFPRA du 22 mars 2023. Mme D E et Mme C ne bénéficiaient plus à la date des arrêtés attaqués du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions du b du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles ne sont pas fondées à soutenir qu'elles ne pouvaient pas légalement faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français compte tenu des recours exercés devant la CNDA contre le rejet de leurs demandes de réexamen.

5. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 3 de la même convention stipule que " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si les requérantes font état de la présence de trois enfants mineurs membres de leur famille, à savoir le fils de Mme D E et les deux enfants pour lesquels l'autorité parentale lui a été déléguée, ces enfants sont les seuls liens forts que les requérantes entretiennent en France et, étant arrivées en France en juillet 2019, elles ne peuvent se prévaloir uniquement de la durée de leur séjour pour justifier d'une atteinte à la vie privée et familiale. En outre, Mme C ne sera pas séparée de sa mère en cas de retour dans leur pays d'origine. Pour ces mêmes motifs, les mesures d'éloignement contestées ne portent pas au droit de Mme D E et de Mme C au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Enfin, les requérantes ne produisent aucune pièce de nature à justifier l'existence ou le risque de tortures ou de traitements inhumains ou dégradants liés à un retour au Cameroun ou de tout autre pays où elles seraient légalement admissible. Les décisions attaquées ne méconnaissent dès lors pas les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur la situation personnelle des requérantes.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si Mme D E et Mme C soutiennent que les trois enfants mineurs de la famille sont présents sur la territoire français où ils sont scolarisés, les décisions attaquées ne portent pas atteinte à leur intérêt supérieur, dès lors qu'elles n'ont pas pour effet de séparer la cellule familiale, qui pourra prospérer dans leur pays d'origine ou de tout autre pays où elles seraient légalement admissibles, ni d'empêcher la scolarité des enfants qui pourra se poursuivre également dans le pays de renvoi. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En application de l'article L. 612-10 du même code, pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet " tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D E et Mme C sont présentent depuis 3 ans et 10 mois en France, où elles ne soutiennent pas disposer d'attaches familiales. Ainsi, et alors même qu'il s'agit des premières mesures d'éloignement prises à leur encontre et que leur présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, en faisant interdiction aux requérantes de retourner sur le territoire français durant un an, le préfet de la Haute-Saône n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard des critères définis à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D E et Mme C ne sont pas fondées à demander l'annulation des arrêtés contestés du 12 mai 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens de l'article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme D E et Mme C, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de Mme D E et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E A et Mme C G et au préfet de la Haute-Saône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

Le président,

T. Trottier

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2300963-2300964

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