jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2301023 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 9 juin 2023 et 21 mars 2024, Madame E B épouse F et M. A F, représentés par Me Uberschlag, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le maire de la commune d'Etalans a opposé un sursis à statuer sur la demande de permis de construire de la SCI Sauropolis ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Etalans de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Etalans les dépens ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Etalans une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme et M. F soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dès lors que, d'une part, l'état d'avancement du futur plan local d'urbanisme est insuffisant et, d'autre part, il n'est pas justifié de ce que la construction d'un hangar serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2023 et 3 juin 2024, la commune d'Etalans, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que Mme et M. F lui versent une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme et M. F ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, il y a lieu de procéder à une substitution de motif dès lors que le projet litigieux serait de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme dont le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) prévoit que " les vergers et jardins situés autour des grosses fermes seront préservés pour les faire respirer, à l'exception d'annexes ou d'appentis ".
La procédure a été communiquée à la SCI Sauropolis qui n'a pas produit d'observations.
Un mémoire, enregistré le 6 juin 2024 pour Mme et M. F, n'a pas été communiqué.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marquesuzaa,
- les conclusions de M. G,
- les observations de Me Lutz pour la commune d'Etalans.
Considérant ce qui suit :
1. Mme et M. F sont propriétaires d'une parcelle cadastrée sur la commune d'Etalans. Ils ont mis en vente cette parcelle et une promesse de ventre a été conclue avec la SCI Sauropolis qui a, le 8 décembre 2022, déposé une demande de permis de construire en vue de la construction d'un hangar à usage technique. Par un arrêté du 18 avril 2023, le maire de la commune d'Etalans a opposé un sursis à statuer à cette demande de permis de construire pour une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme et M. F demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal () ".
3. L'arrêté litigieux a été signé par M. D C, premier adjoint de la commune d'Etalans, qui disposait, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2020, d'une délégation pour exercer les fonctions du maire relevant de l'urbanisme. Cette délégation a été régulièrement affichée le 12 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 153-11 du même code : " () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".
5. D'une part, si le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) n'est pas directement opposable aux demandes d'autorisation de construire, il appartient à l'autorité saisie d'une telle demande de prendre en compte les orientations du PADD, dès lors qu'elles traduisent un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme, pour apprécier si la construction envisagée serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan.
6. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 7 décembre 2015, le conseil de la communauté de communes des Portes du Haut Doubs a initié la procédure d'élaboration de son plan local d'urbanisme intercommunal et qu'il a ensuite débattu, le 8 juillet 2019, des orientations d'aménagement et de développement durable. Un document a été voté en conseil communautaire à l'unanimité le 31 janvier 2022. Toutefois, lors de la consultation qui a suivi, l'accueil mesuré du projet par les partenaires publics associés a conduit à une actualisation de ce PADD qui a été mis au débat le 12 décembre 2022, soit antérieurement à la décision de sursis à statuer. A cet égard, la circonstance que la demande de permis de construire ait été faite avant que ces échanges ne se tiennent est sans incidence. Enfin, la communauté de communes des Portes du Haut Doubs a produit un projet de zonage et un projet de règlement daté de 2022. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'état d'avancement du futur plan local d'urbanisme était insuffisant pour prendre la décision contestée. Il en résulte que cette première branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.
7. D'autre part, un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
8. En l'espèce, il ressort du projet de zonage et du projet de règlement du futur plan local d'urbanisme intercommunal que la parcelle en litige doit être classée en zone Njv au sein de laquelle toute construction est interdite. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur projet n'était pas de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Par suite, cette seconde branche du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs présentée par la commune d'Etalans, Mme et M. F ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. F, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Etalans, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme et M. F au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune d'Etalans au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme et M. F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Etalans présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Madame E B épouse F et M. A F et à la commune d'Etalans.
Copie en sera transmise, pour information, à la SCI Sauropolis.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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