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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301225

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301225

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante ivoirienne, qui contestait le refus implicite du préfet du Doubs d'enregistrer sa demande d'asile en "procédure normale" et la décision de l'OFII suspendant ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003, constatant que le préfet avait bien informé l'Italie de l'impossibilité de procéder au transfert. Il a également jugé non fondés les autres moyens soulevés, notamment ceux relatifs à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 et à la motivation de la suspension des conditions d'accueil. En conséquence, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Doubs a implicitement refusé d'enregistrer sa demande d'asile en " procédure normale " ;

2°) d'annuler la décision du 16 juin 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs d'enregistrer sans délai sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre un formulaire lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision portant refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale méconnaît les dispositions du point 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision portant suspension des droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au préfet du Doubs qui n'a pas produit d'observations.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2023.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marquesuzaa a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 1990, a déposé une demande d'asile le 1er septembre 2022. La consultation des données de l'unité centrale Eurodac lors de l'instruction de cette demande a révélé qu'elle avait été identifiée en Italie le 19 juillet 2022 et qu'elle n'établit pas avoir, depuis lors, quitté le territoire des Etats membres pendant une durée au moins égale à trois mois. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet du Doubs a décidé de sa remise aux autorités italiennes et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le 23 mai 2023, Mme A a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile en " procédure normale ". Le préfet a implicitement rejeté cette demande. Par une décision du 16 juin 2023, le directeur territorial de l'OFII de Besançon a suspendu ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite portant refus d'enregistrer la demande d'asile en " procédure normale " :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " () / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Doubs a informé l'Italie qu'il n'a pas pu procéder au transfert de Mme A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 2 doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que la décision par laquelle l'autorité administrative décide le transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable de l'examen de cette demande ne peut plus normalement être exécutée à l'expiration d'un délai de six mois à compter de l'acceptation par l'autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge. Si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois courant à compter de l'acceptation de la prise en charge ou reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert. La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se sera soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a refusé de se présenter, les 3 et 12 mai 2023, aux autorités chargées de la remettre à l'Etat responsable de sa demande d'asile. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été hospitalisée du 2 mai 2023 jusqu'au 5 mai 2023. En revanche, si la requérante se prévaut de certificats médicaux, établis à compter du 6 mai 2023, faisant valoir qu'elle serait dans l'incapacité de voyager pour une durée indéterminée, ces documents sont insuffisamment circonstanciés pour justifier de son refus de se présenter aux autorités compétentes. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme étant en fuite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Doubs a implicitement refusé d'enregistrer sa demande d'asile en " procédure normale ". Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision du 16 juin 2023 portant cessation des conditions matérielles d'accueil :

8. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ".

9. La décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement. Elle précise que les conditions matérielles d'accueil dont bénéficie Mme A cessent car l'intéressée n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à elles. Enfin, il ne ressort pas des observations présentées le 5 juin 2023 par Mme A qu'elle serait dans une situation de vulnérabilité que l'OFII était tenu de prendre en compte. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6, Mme A doit être regardée comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Dès lors, le directeur territorial de l'OFII était fondé à mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2023 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a suspendu ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Doubs et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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