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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301229

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301229

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantWOLDANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 26 février 2024, M. C D, représenté par Me Migliore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Montenois a délivré à M. A un permis de construire un carport ;

2°) d'enjoindre au bénéficiaire du permis de construire " d'interrompre les travaux ainsi que toute action en lien avec la décision annulée " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montenois la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- l'avis qui a été établi et transmis par le maire aux services de l'Etat est " lacunaire et irrégulier " ;

- la demande de permis de construire ne mentionne pas que la construction existante dispose d'un garage et qu'elle se situe au sein du lotissement communal " La Cheminée ", " les indications relatives à l'emplacement du mur de la construction envisagée par rapport à la limite de propriété avec la parcelle voisine sont erronées ", elle ne contient pas les photographies permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et dans le paysage et elle ne précise pas la surface de plancher et la destination de la construction projetée ;

- le projet méconnaît l'article 11 U du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 4 U du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article 12 U du règlement du plan local d'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2023 et 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Woldanski, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, la commune de Montenois, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Montenois soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un courrier du 29 avril 2024, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la possibilité pour le tribunal de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en faisant droit au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 U du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le carport ne présente pas un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, les façades ne sont pas de couleur pastel et la toiture n'est pas de couleur terre cuite.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024, la commune de Montenois a présenté ses observations.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024, M. D a présenté ses observations.

Par un mémoire enregistré le 3 mai 2024, M. A a présenté ses observations.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. E,

- les observations de Me Migliore pour M. D et de Me Suissa pour la commune de Montenois.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 février 2023, M. A a présenté une demande de permis de construire un carport sur le terrain de son habitation sis sur la commune de Montenois (Doubs). Par un arrêté du 9 mars 2023, dont M. D demande l'annulation, le maire de la commune a délivré le permis de construire sollicité.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".

3. M. D se prévaut de la qualité de propriétaire d'un terrain cadastré section au lieu-dit " La Cheminée " et produit le certificat de propriété afférent. Au demeurant, l'irrecevabilité prévue par les dispositions précitées peut être régularisée en cours d'instance. Dès lors, la production dudit certificat le 31 août 2023 est sans incidence sur le respect, par M. D, des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

6. Ainsi qu'il a été rappelé au point 3, M. D est propriétaire d'un terrain cadastré section au lieu-dit " La Cheminée " sur lequel a été édifiée une maison d'habitation. Il n'est pas contesté que la propriété de ce bien confère au requérant la qualité de voisin immédiat. Par ailleurs, M. D fait valoir que le carport en litige est visible depuis sa propriété. En défense, les parties soutiennent que la construction en litige n'est pas visible depuis le domicile de M. D en raison des arbres qui se situent en limite séparative et qu'en tout état de cause, elle est située en contrebas de la propriété de l'intéressé. Toutefois, un requérant est fondé à se prévaloir de toutes les atteintes à ses conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance qui existent en tous points du bien qu'il détient. Il ressort des pièces du dossier que M. D peut voir la construction en litige en plusieurs points de sa parcelle. Par suite, M. D justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre le permis de construire contesté.

7. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.

En ce qui concerne le bien-fondé de la requête :

S'agissant de l'avis du maire :

8. En se bornant à soutenir que l'avis transmis par le maire aux services déconcentrés de l'Etat est " lacunaire et irrégulier ", M. D n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen soulevé. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

S'agissant de la complétude de la demande de permis de construire :

9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () ". En l'espèce, le projet en litige n'a pas pour effet de modifier les garages de la maison d'habitation existante. Par conséquent, la circonstance que le plan de masse ne fasse pas figurer les ouvertures du garage existant ne constitue pas une insuffisance susceptible d'entacher d'illégalité le dossier de demande de permis de construire en litige.

11. En deuxième lieu, il est constant que le projet se situe dans un lotissement, alors que la demande de permis de construire omet de donner cette précision. Toutefois, le requérant n'établit pas que le projet méconnaîtrait la règlementation applicable à ce lotissement et dès lors que l'omission qui vient d'être rappelée aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par la commune sur la légalité du permis de construire contesté.

12. En troisième lieu, il ne ressort pas du dossier de la demande de permis de construire que le carport en litige dépasse sur la propriété de M. D. Dès lors, l'inexactitude alléguée par M. D n'est pas matériellement établie.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain () ". En l'espèce, les photographies fournies par le pétitionnaire permettent de situer le projet dans son environnement proche et dans le paysage lointain. Dès lors, la demande de permis de construire en litige n'est entachée d'aucune insuffisance au regard des exigences des dispositions précitées.

14. En dernier lieu, l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable, dispose que la demande doit prévoir " () e) La destination des constructions, par référence aux différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () " et " () f) La surface de plancher des constructions projetées, s'il y a lieu répartie selon les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 () ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-29 de ce code : " Les locaux accessoires sont réputés avoir la même destination et sous-destination que le local principal ".

15. En l'espèce, si le formulaire renseigné par le pétitionnaire n'indique pas la surface de plancher de la construction envisagée, cette surface est indiquée sur le plan de masse de la demande. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le carport projeté constitue l'accessoire de la maison d'habitation existante et, dès lors, il est réputé avoir la même destination que cette maison d'habitation. Dans ces conditions, les documents produits par M. A à l'appui de sa demande ont permis à la commune d'apprécier la conformité du projet au regard des dispositions citées au point précédent.

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit être écarté en toutes ses branches.

S'agissant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme :

17. En premier lieu, l'article 11 U du règlement du plan local d'urbanisme de la commune dispose que : " Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants, du site et des paysages (). Les façades seront de couleur pastel, seules les huisseries pourront être de couleur vive. Les toitures seront de couleur " terre cuite ", le noir est proscrit () ".

18. En l'espèce, le projet prévoit que le toit sera " réalisé en bac acier de couleur grise " et les " cotés fermés du carport seront réalisés en bardage tôle type bac acier coloris gris ". Or ce choix de matériaux ne permet pas de donner aux façades du projet un ton pastel. Par ailleurs, la toiture ne répond pas à la prescription d'une toiture en couleur " terre cuite ". Ainsi, le projet ne présente pas un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le projet méconnaît l'article 11 U du règlement du plan local d'urbanisme et le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 U du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les eaux pluviales seront infiltrées dans le terrain () ". Il ressort des pièces du dossier que la construction en litige prévoit un système de gouttière permettant l'infiltration des eaux pluviales dans le terrain d'assiette de la construction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 U du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

20. En dernier lieu, l'article 12 U du règlement du plan local d'urbanisme détermine le nombre minimum de places de stationnement que doit comporter une construction et les conditions d'accès à ces places de stationnement. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet modifie les places de stationnement existantes sur l'emprise d'assiette du projet ou les conditions d'accès à ces places de stationnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 12 U du plan local d'urbanisme ne peut être qu'écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à soutenir que le permis de construire contesté est entaché de l'illégalité exposée au point 18.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

22. En application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit, par jugement avant dire droit, fixer un délai pour qu'il soit procédé à cette régularisation et surseoir à statuer sur la requête dont il est saisi.

23. Le vice exposé au point 18, qui entache d'illégalité le permis de construire en litige, est susceptible de faire l'objet d'une régularisation par la délivrance d'un permis de construire modificatif.

24. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de M. D et de fixer à M. A et à la commune de Montenois un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire le permis de construire modificatif nécessaire à la régularisation du projet en litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. D.

Article 2 : M. A et la commune de Montenois devront justifier au tribunal, dans un délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement, de la régularisation du vice mentionné au point 18.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est réservé jusqu'à la fin de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la commune de Montenois et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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