mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2301267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BANOUKEPA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 juin et le 22 août 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Banoukepa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 du préfet du Doubs en tant qu'il a retiré la carte de séjour pluriannuelle dont elle était titulaire, valable jusqu'au 18 août 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant retrait du titre de séjour :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires enregistrés le 7 août et le 31 août 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 11 septembre 2023, ont été présentées après clôture d'instruction, pour Mme C B épouse A.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère,
- et les observations de Me Banoukepa, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise, est entrée sur le territoire français le 25 janvier 2021 munie d'un visa mention " vie privée et familiale ". Mme B a obtenu une carte de séjour pluriannuelle en qualité de conjointe d'un ressortissant français, valable du 17 août 2021 au 18 août 2023. Par un arrêté du 2 mars 2023, le préfet du Doubs a retiré la carte de séjour pluriannuelle délivrée à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de la décision de retrait de titre de séjour :
En ce qui concerne la motivation de la décision :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;() ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision portant retrait d'un titre de séjour est au nombre de celles qui doivent être motivées.
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet du Doubs a fait application pour retirer le titre de séjour de Mme B. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet du Doubs s'est fondé. Ainsi, à sa seule lecture, cet arrêté permet à Mme B de comprendre les motifs du retrait de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
4. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage () ". Aux termes de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est retiré dans les cas suivants : () 3° L'étranger titulaire de la carte de séjour temporaire ou de la carte de séjour pluriannuelle cesse de remplir l'une des conditions exigées pour sa délivrance () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le préfet doit procéder au retrait de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " délivrée au conjoint étranger d'un ressortissant français lorsqu'il estime que la communauté de vie a cessé entre les époux.
6. En l'espèce, le préfet produit un courrier de M. A reçu le 8 novembre 2022 l'alertant que la communauté de vie avait cessé entre lui-même et son épouse. Il produit également le compte-rendu du rendez-vous en préfecture du 3 février 2023, auquel les deux époux étaient convoqués aux fins de contrôle et auquel seul M. A s'est présenté, retraçant les indications de celui-ci selon lesquelles Mme B avait quitté le domicile conjugal onze mois auparavant pour s'installer à Paris, où elle avait fait transférer ses comptes en banque et son courrier, le relevé d'identité bancaire non daté produit par la requérante ne permettant pas de le contredire utilement. Les affirmations de Mme B, selon lesquelles la communauté de vie n'aurait pas cessé, ne sont pas à elles seules suffisantes pour démontrer le caractère effectif de la communauté de vie entre les époux à la date de l'arrêté en litige, alors que ces affirmations ne sont étayées par aucun élément versé au dossier. En outre, certaines pièces que Mme B produit, telles que ses bulletins de paie de septembre à novembre 2022 émis par un employeur situé en région parisienne et adressés à Mme B à une adresse postale à Paris, dont la période coïncide avec le courrier par lequel M. A a informé la préfecture de la rupture de la communauté de vie, démontrent que Mme B avait bien à ce moment quitté le domicile conjugal. Par suite, le préfet du Doubs, dans les circonstances de l'espèce, pouvait à bon droit estimer que la communauté de vie entre les époux avait cessé. Par ailleurs, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet se soit fondé sur l'absence de Mme B au rendez-vous en préfecture du 3 février 2023 pour constater la rupture de la communauté de vie.
7. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet du Doubs a procédé au retrait de la carte de séjour temporaire délivrée à Mme B en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'était entrée en France, que depuis un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée. Elle ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale en France, en dehors d'une fille majeure, étant en outre séparée de son mari ainsi qu'il a été dit aux points précédents. De plus, il ressort des pièces du dossier, notamment des affirmations non contestées de son époux ainsi que de la circonstance qu'elle soit restée plus de cinq mois au Cameroun entre décembre 2022 et mai 2023, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles ou familiales à l'étranger. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'en janvier 2021. En outre, si Mme B démontre sa volonté d'insertion professionnelle en produisant des fiches de paie d'avril, mai, et septembre à novembre 2022, cette circonstance ne suffit pas à démontrer une intégration particulière effective en France. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, le retrait de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été décidé.
10. Il suit de là que le Préfet du Doubs n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'examen approfondi de sa situation personnelle et familiale :
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes-mêmes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Doubs a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant de lui retirer son titre de séjour. Par suite, le moyen manque en fait.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les moyens d'annulation dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination prises en conséquence de la décision de retrait du titre de séjour doivent également être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026