mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2301319 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 10 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 22 août 2024, le préfet de la Haute-Saône demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de Bucey-lès-Gy du 19 mai 2023.
Il soutient que :
- le retrait de la délibération du 15 avril 2022 méconnaît l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration, le délai de quatre mois, prévu par cette disposition, étant dépassé ;
- la commune ne peut, pas la délibération attaquée, consentir à une promesse de vente alors qu'elle a retiré la précédente décision actant le principe d'une cession ;
- la délibération attaquée est contraire au bon usage des deniers publics et à l'intérêt général.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er décembre 2023 et 17 octobre 2024, la commune de Bucey-lès-Gy, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que l'Etat lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet de la Haute-Saône ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Haute-Saône, et Me Bouchoudjian substituant Me Suissa pour la commune de Bucey-lès-Gy.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 15 avril 2022, le conseil municipal de la commune de Bucey-lès-Gy a décidé la mise en vente du bâtiment abritant la mairie. Par une délibération du 19 mai 2023, le même conseil municipal a retiré la précédente délibération du 15 avril 2022 et approuvé la conclusion d'une promesse de vente pour un prix de 625 000 euros. Par le présent déféré, le préfet de la Haute-Saône demande l'annulation de la délibération du 19 mai 2023.
Sur la légalité de la délibération du 19 mai 2023 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction. ".
3. La délibération attaquée datée du 19 mai 2023 décide notamment le retrait de la délibération du 15 avril 2022, laquelle présente un caractère réglementaire. Il résulte toutefois des dispositions précitées que le conseil municipal ne pouvait légalement procéder à ce retrait au-delà du délai de quatre mois suivant l'édiction de l'acte retiré. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-3 du code des relations entre le public et l'administration doit être retenu.
4. En deuxième lieu, compte-tenu ce qui a été dit au point précédent, l'illégalité de la délibération attaquée entraîne son annulation en tant qu'elle retire la délibération du 15 avril 2022. Cette dernière délibération, qui acte le principe de la cession, est par conséquent rétablie à compter de la date de lecture du présent jugement. Dans ces conditions, le préfet ne peut utilement se prévaloir du retrait opéré par la délibération du 19 mai 2023 pour soutenir que l'approbation de la promesse de vente contenue dans la délibération attaquée dans le présent déféré serait illégale faute d'avoir été précédée d'une décision actant le principe de la cession. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième et dernier lieu, le préfet soutient que la délibération attaquée datée du 19 mai 2023 serait contraire au bon usage des deniers publics et à l'intérêt général, dès lors que la rénovation du bâtiment abritant la mairie de Bucey-lès-Gy a été financée à hauteur de 82,98 % par des subventions provenant de l'Etat et que le montant total des travaux ainsi réalisés excède largement le prix de vente prévu par la délibération attaquée.
6. Toutefois, il est constant que ce prix de vente est en corrélation avec les prix du marché immobilier local, et qu'il est, par ailleurs, bien supérieur à l'avis du service des domaines concernant la valeur vénale du bien, qui a été rendu le 5 juillet 2022. Dans ces conditions, il est loisible à l'Etat, s'il s'y estime fondé, de faire valoir ses droits en raison des montants de subventions importants accordés à la commune de Bucey-lès-Gy pour la rénovation de sa mairie notamment sur le fondement des dispositions des arrêtés prévoyant le versement des sommes concernées. Cependant, la délibération attaquée ne peut être, pour ce seul motif, considérée comme allant à l'encontre du principe de bon usage des deniers publics par la collectivité locale dans le cadre du présent litige. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la cession des bâtiments de l'ancienne mairie de Bucey-lès-Gy aurait été décidée afin de satisfaire un but autre que l'intérêt général. Par suite, le moyen soulevé sur ce fondement doit être écarté dans toutes ses branches.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Saône est fondé à demander l'annulation de la délibération du 19 mai 2023, seulement en tant qu'elle retire la délibération du 15 avril 2022.
Sur les frais liés au litige :
8. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, partie perdante, les conclusions présentées par la commune de Bucey-lès-Gy au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 19 mai 2023 du conseil municipal de Bucey-lès-Gy est annulée, en tant qu'elle porte retrait de la délibération du 15 avril 2022.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Bucey-lès-Gy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Saône et à la commune de Bucey-lès-Gy.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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