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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301349

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301349

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. B A, ressortissant ivoirien, qui contestait le refus du préfet du Territoire de Belfort d’autoriser le regroupement familial pour ses deux enfants résidant en Côte d’Ivoire. Le tribunal a estimé que la décision attaquée était suffisamment motivée, prise par une autorité compétente et fondée sur un examen complet de la situation du requérant. Il a jugé que les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant n’étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Migliore, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Territoire de Belfort d'autoriser le regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel est sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ses ressources sont stables et suffisantes ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il respecte les principes essentiels qui régissent la vie familiale en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité ivoirienne, né le 21 décembre 1994, est entré en France le 1er mai 2015. Il s'est vu délivrer le 16 décembre 2019 un titre de séjour en tant que parent de deux enfants français mineurs résidant en France. Le 28 décembre 2022, il a déposé une demande de regroupement familial en faveur de ses deux autres enfants nés et résidant en Côte d'Ivoire. Le préfet du Territoire de Belfort, par décision du 14 juin 2023, a refusé de lui délivrer cette autorisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée mentionne notamment l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les faits de violence pour lesquels le requérant a fait l'objet d'une condamnation inscrite à son casier judiciaire. Elle comporte donc les considérations de droit et de fait qui la fondent.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. Renaud Nury, secrétaire général de la préfecture du Territoire de Belfort. Par arrêté du 31 mai 2023, publié le 1er juin 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Territoire de Belfort, le préfet du Territoire de Belfort a donné délégation à M. Renaud Nury pour signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré d'un vice de compétence, manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Territoire de Belfort a examiné les ressources du requérant et sa situation au regard du respect des principes essentiels régissant la vie familiale en France, et fait état de l'examen de sa situation au regard tant de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Territoire de Belfort n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de rejeter sa demande de regroupement familial.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".

7. Dans la décision attaquée, le préfet du Territoire de Belfort indique que M. A a perçu un revenu annuel suffisant pour répondre aux conditions de ressources fixées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet a méconnu ces dispositions en ce qui concerne la justification de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de la famille.

8. En cinquième lieu, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ressort des pièces du dossier que le bulletin n° 2 de son casier judiciaire n'est pas vierge et mentionne une condamnation de la cour d'appel de Besançon du 26 mai 2020 à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et de rébellion, commis le 17 juillet 2018. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

9. En sixième lieu, la condamnation dont M. A a fait l'objet le 26 mai 2020 repose sur des faits graves, qui demeurent récents et sont susceptibles d'être pris en compte par le préfet pour apprécier si le demandeur remplit, ou non, la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les faits de violence sans incapacité sur personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité contrevenant au respect des principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il conditionne l'octroi du regroupement familial au respect de ces principes, doit donc être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 3-l de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Le regroupement familial qui a fait l'objet d'un refus par le préfet du Territoire de Belfort concerne deux enfants de M. A, nés et résidant depuis leur naissance en Côte d'Ivoire avec leur mère dont il est séparé. Leur venue en France pour rejoindre leur père les conduirait donc à demeurer séparés de l'un de leurs deux parents. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Au cas d'espèce, M. A vit en France avec ses deux enfants français et la mère de ceux-ci. Ses deux autres enfants, nés en Côte d'Ivoire, vivent dans ce pays qu'il a quitté en 2015, avec leur mère dont il est séparé. Par ailleurs, eu égard aux faits de violence figurant à son casier judiciaire, il est constant que le requérant ne s'est pas conformé, ainsi qu'il a été dit au point 9, aux principes régissant la vie familiale en France. Dès lors, même s'il réside en France de manière régulière et bénéficie de ressources suffisantes, le préfet, en rejetant sa demande de regroupement familial n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. La décision attaquée n'étant pas illégale, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Territoire de Belfort.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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