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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301432

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301432

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Abdelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle le préfet du Doubs a refusé sa demande de regroupement familial au profit de son fils D C ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de délivrer à l'enfant un document de circulation pour étranger mineur ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Seytel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne qui bénéficie d'une carte de résident valable du 10 juillet 2015 au 9 juillet 2025, a sollicité le 12 janvier 2023 le regroupement familial au bénéfice de son fils D C. Par une décision du 6 février 2023, le préfet du Doubs a refusé de faire droit à sa demande. Le 16 mars 2023, Mme B a exercé un recours gracieux contre cette décision, rejeté par une décision adoptée le 17 avril 2023 par le préfet du Doubs. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 6 février 2023 ainsi que de la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, il ressort de la réponse au recours gracieux formé contre la décision contestée que le préfet a tenu compte du droit au respect de la vie privée et familiale du fils de Mme B et de son intérêt supérieur en tant qu'enfant mineur. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a refusé le regroupement familial demandé en s'estimant lié par la présence en France de son fils. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait estimé en compétence liée doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Un enfant mineur n'a pas l'obligation de détenir un titre de séjour pour pouvoir séjourner sur le territoire français ou y poursuivre sa scolarité. Dès lors, un refus de regroupement familial " sur place " en France, opposé à un enfant mineur, ne méconnaît pas son intérêt supérieur. De plus et ainsi qu'il a été rappelé au point 1, Mme B dispose d'une carte de résident valable jusqu'au 9 juillet 2025. Ainsi, la décision contestée n'a pour effet ni de séparer la cellule familiale ni de priver d'un séjour régulier en France les membres de celle-ci. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les autres demandes :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

7. Par ailleurs, les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°230143

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