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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301891

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301891

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de Mme et M. D, qui contestaient la délibération du 13 juin 2023 de la commission départementale d’aménagement foncier (CDAF) de la Haute-Saône rejetant leur réclamation dans le cadre d’un aménagement foncier lié à la déviation de la RN 19. Le tribunal a écarté les moyens de légalité externe, jugeant que la composition de la CDAF était régulière et qu’elle avait statué valablement sur l’ensemble des réclamations. Sur la légalité interne, il a estimé que les requérants n’établissaient pas d’erreur de fait dans la classe attribuée à leurs apports, ni une méconnaissance des articles L. 123-1 et L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime, ni une aggravation des conditions d’exploitation. La décision s’appuie sur les dispositions du code rural et de la pêche maritime.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés les 30 septembre 2023 et 25 avril 2024, Mme B D née A et M. C D, représentés par Me Heusele, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 juin 2023 de la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) de la Haute-Saône en tant qu'elle rejette la réclamation qu'ils ont formée dans le cadre du projet d'aménagement foncier lié à la déviation de la route nationale (RN)19 ;

2°) d'enjoindre à la CDAF de la Haute-Saône de statuer à nouveau sur leur réclamation ;

3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Saône la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts D soutiennent que :

- la CDAF était composée de manière irrégulière ;

- il n'est pas établi qu'elle ait statué en une seule décision sur toutes les réclamations de la même opération ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de fait dans la classe attribuée à leurs apports ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-1 du code rural et la pêche maritime ;

- elle entraîne une aggravation des conditions d'exploitation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2023 et 30 mai 2024, le département de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Le département fait valoir que les moyens soulevés par les consorts D ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. En 2014, la déviation de la RN 19 a conduit le président du conseil général de la Haute-Saône à ordonner une opération d'aménagement foncier agricole et forestier incluant les communes d'Amblans et Velotte, Genevreuille, Pomoy, Bouhans-les-Lure et Mollans. Les consorts D sont propriétaires de plusieurs parcelles incluses dans le périmètre de l'opération. Par une délibération du 13 juin 2023, la CDAF a examiné les différentes réclamations formées contre le projet d'aménagement . Les requérants demandent l'annulation de la délibération du 13 juin 2023 en tant qu'elle rejette leur réclamation.

Sur la légalité de la décision contestée :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code rural et de la pêche maritime : " La commission départementale d'aménagement foncier est ainsi composée : / () 8° Deux propriétaires bailleurs () désignés par le président du conseil départemental, sur trois listes comprenant chacune six noms, établies par la chambre d'agriculture () La commission peut appeler à titre consultatif toute personne dont il lui paraît utile de recueillir l'avis () ". Et aux termes de l'article R. 121-12 de ce code : " La commission () statue par une seule décision sur toutes les réclamations formées contre une même opération (). Cette décision est régulière dès lors que plus de la moitié des membres de la commission ont participé à l'ensemble des séances d'instruction et sont présents lors de la délibération finale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa séance du 13 juin 2023, la CDAF a statué sur l'ensemble des réclamations présentées contre la délibération de la commission intercommunale d'aménagement foncier du 17 octobre 2022 et que vingt-et-un membres titulaires ou suppléants ont délibéré, soit plus de la moitié des trente-cinq membres de cette commission. Par ailleurs, la circonstance que trois propriétaires bailleurs étaient présents lors de l'instruction des réclamations est sans incidence sur la légalité de la délibération contestée dès lors qu'il ressort de la liste d'émargement que seuls les deux membres titulaires représentant les propriétaires bailleurs ont pris part au vote. Enfin, si le géomètre-expert de l'opération était présent lors de la séance du 13 juin 2023 pour présenter ses travaux, il ressort des pièces du dossier qu'il ne fait pas partie des vingt-et-un membres de la CDAF qui ont statué sur les réclamations de l'opération en litige. Par suite, le moyen tiré de la composition irrégulière de la CDAF et celui tiré de ce que la même composition n'a pas statué sur toutes les réclamations doivent être écartés en toutes leurs branches.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'aménagement foncier agricole, forestier et environnemental, applicable aux propriétés rurales non bâties, se fait au moyen d'une nouvelle distribution des parcelles morcelées et dispersées / Il a principalement pour but, par la constitution d'exploitations rurales d'un seul tenant ou à grandes parcelles bien groupées, d'améliorer l'exploitation agricole des biens qui y sont soumis. Il doit également avoir pour objet l'aménagement rural du périmètre dans lequel il est mis en œuvre () " et aux termes de l'article L. 123-4 de ce code : " Chaque propriétaire doit recevoir, par la nouvelle distribution, une superficie globale équivalente, en valeur de productivité réelle, à celle des terrains qu'il a apportés, déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs mentionnés à l'article L. 123-8 et compte tenu des servitudes maintenues ou créées () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-24 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque les expropriations en vue de la réalisation des aménagements ou ouvrages mentionnés aux articles L. 122-1 à L. 122-3 du code de l'environnement sont susceptibles de compromettre la structure des exploitations dans une zone déterminée, l'obligation est faite au maître de l'ouvrage, dans l'acte déclaratif d'utilité publique, de remédier aux dommages causés en participant financièrement à l'exécution d'opérations d'aménagement foncier mentionnées au 1° de l'article L. 121-1 et de travaux connexes () / Le président du conseil départemental conduit et met en œuvre la procédure d'aménagement foncier mentionnée au premier alinéa ". Aux termes de l'article L. 123-25 du même code : " Des décrets en Conseil d'Etat déterminent les dispositions spéciales relatives à l'exécution des opérations d'aménagement foncier réalisées en application de l'article L. 123-24, et notamment les conditions suivant lesquelles : / 1° L'assiette des ouvrages ou des zones projetés peut être prélevée sur l'ensemble des parcelles incluses dans le périmètre d'aménagement foncier délimité de telle sorte que le prélèvement n'affecte pas les exploitations dans une proportion incompatible avec leur rentabilité () ". Aux termes de l'article R. 123-34 de ce code : " () chaque propriétaire de parcelles incluses dans le périmètre subit, sur l'ensemble de son apport à l'opération d'aménagement foncier, un prélèvement proportionnel à la valeur de son apport et tel que le total des prélèvements soit égal à la valeur d'apport des terrains situés sur l'emprise de l'ouvrage et inclus dans le périmètre d'aménagement foncier ".

6. Il résulte de ces dispositions que les CDAF peuvent apprécier par tous les moyens dont elles disposent la valeur de productivité réelle des parcelles d'apport afin de procéder à leur répartition entre les classes de terres fixées par elles. Par ailleurs, les propriétaires n'ont pas la garantie ni d'une égalité absolue entre la surface qui leur est attribuée et celle de leurs apports, ni d'une équivalence parcelle par parcelle ou classe par classe entre ces terres. Les commissions d'aménagement foncier sont seulement tenues d'attribuer des lots équivalents en valeur de productivité réelle aux apports de chaque propriétaire après déduction de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs. Enfin, l'aggravation éventuelle des conditions d'exploitation et la règle de l'équivalence entre les apports et les attributions s'apprécient non parcelle par parcelle mais pour l'ensemble d'un compte de propriété.

7. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la CDAF de déterminer la productivité des apports selon la classification indiquée sur le titre de propriété des parcelles, ni de fournir aux propriétaires concernés un tableau comparatif avec le détail des attributions, leur nature et leur valeur. Dans ces conditions, en faisant valoir que la classification retenue par la CDAF ne correspond pas à celle indiquée sur les relevés de propriété de leurs parcelles, les consorts D n'établissent pas que la productivité de leurs apports aurait été mal évaluée.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les apports de l'ensemble des propriétaires fonciers concernés par l'opération ont été corrigés d'un taux de prélèvement de 2 % correspondant pour 1,6 % à l'assiette des ouvrages routiers de la RN 19 et pour 0,4 % à l'emprise des ouvrages collectifs liés à l'aménagement foncier. Eu égard aux dispositions rappelées au point 5, les consorts D ne peuvent utilement soutenir que le prélèvement correspondant à l'assiette des ouvrages routiers créés ne pouvait valablement affecter leurs apports. De plus, en se bornant à mettre en doute l'objectivité du géomètre-expert, les consorts D ne démontrent pas que le taux de prélèvement de 2 % aurait été mal calculé.

9. En dernier lieu, si le chemin qui traverse la parcelle attribuée aux consorts D comporte plusieurs angles droits, il n'est pas contesté par les requérants que celui-ci est d'une largeur d'au moins 6 mètres et jusqu'à 7 mètres 50 au niveau des angles, permettant le passage d'engins agricoles. Par ailleurs, les irrégularités des parcelles attribuées, au demeurant d'un seul tenant et répondant ainsi à l'objectif fixé par les dispositions citées au point 4, ne sont pas, en l'espèce, de nature à aggraver les conditions d'exploitation agricole.

10. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait dans le classement des apports, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime, de l'erreur de droit et de fait dans la détermination du taux de prélèvement et enfin de ce que l'opération aurait pour effet une aggravation des conditions d'exploitation doivent être écartés en toutes leurs branches respectives.

11. Il résulte de ce qui précède que les consorts D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération qu'ils contestent.

Sur les autres demandes :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors la demande d'injonction doit être rejetée.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de la Haute-Saône, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D née A, à M. C D et au département de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. Pernot

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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