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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2301904

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2301904

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2301904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Hakkar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par lequel le préfet du Doubs a confirmé la décision de refus de séjour qui lui a été opposée par un arrêté du 22 juin 2022, suite à sa demande de régularisation de sa situation administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à l'aide juridictionnelle. ,

Elle soutient que:

- la décision méconnaît les articles 4, 6 5° et 6 7° de l'accord franco-algérien ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision attaquée du 5 mai 2023 confirme la décision de refus de séjour résultant de son arrêté du 22 juin 2022 ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Goyer-Tholon, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 13 mars 1969 et entrée irrégulièrement en France en décembre 2015, s'est mariée, en juin 2016, avec un compatriote. Mme B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 16 août 2017, dont la légalité a été confirmée par le tribunal et la cour administrative d'appel de Nancy. Le 19 août 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 22 juin 2022, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Besançon du 10 novembre 2022 et une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nancy du 13 juillet 2023. Par une décision du 5 mai 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Doubs a confirmé sa décision de refus de séjour suite à une demande formulée par l'époux de celle-ci le 27 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de refus de titre de séjour :

2. M. B, époux de la requérante, doit être regardé comme ayant formé un recours gracieux le 27 avril 2023 contre l'arrêté du préfet du Doubs 22 juin 2022. Ce recours gracieux n'a pas conservé à son profit le délai du recours contentieux à l'encontre de cette décision laquelle a par ailleurs déjà été utilement contestée devant le tribunal administratif. En l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits en litige, la décision explicite de rejet de ce second recours gracieux, en date du 5 mai 2023, n'a pu avoir, ainsi qu'il est opposé en défense, qu'un caractère confirmatif et n'a pas été de nature à rouvrir un nouveau délai du recours contentieux. Dans ces conditions, les conclusions en annulation dirigées contre la décision de refus de titre de séjour ont été présentées tardivement et ne sont, par suite, pas recevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de refus de regroupement familial :

3. D'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2. Le demandeur ne dispose ou ne disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. / Peut être exclu de regroupement familial : / 1. Un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; / 2. Un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions et stipulations que lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence illégale sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions et les stipulations précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. A supposer que la requérante ait entendu demander l'annulation de la décision implicite de rejet née de l'absence de réponse du préfet du Doubs au courrier de M. B du 27 avril 2023, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée irrégulièrement sur le territoire français en décembre 2015, s'y est maintenue irrégulièrement malgré deux refus successifs de titre de séjour en 2017 et 2022, assortis d'obligations de quitter le territoire français. Lors de l'introduction de la demande de regroupement familial, Mme B n'était donc pas régulièrement autorisée à séjourner en France. Elle ne peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 4 de la convention franco-algérienne relatif aux conditions permettant le regroupement familial. De plus, la durée du séjour en France de Mme B n'est due qu'au temps nécessaire à l'instruction de ses demandes de titre de séjour et au fait qu'elle n'a pas déféré à deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Besançon et la cour administrative d'appel de Nancy. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la requérante serait dépourvue d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, l'Algérie, où elle a vécu la majeure partie de sa vie, jusqu'à l'âge de quarante-six ans. Par ailleurs, M. et Mme B ne seraient séparés l'un de l'autre que durant la période nécessaire à l'instruction d'une nouvelle demande permettant à celle-ci de séjourner régulièrement en France. Enfin, si elle justifie être bénévole au sein de l'association Le Secours populaire français, ce seul élément ne saurait suffire à justifier de son insertion dans la société française au vu de la durée de sa présence déclarée sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet du Doubs ne peut être regardé comme ayant porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice de Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née C et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente ;

- Mme Diebold, première conseillère ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière

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