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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2302003

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2302003

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2302003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 9 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Haute-Saône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'un récépissé ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bertin, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée, notamment au regard du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de production de la preuve de demande de l'entier dossier constitué et détenu par l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de production du rapport médical mentionné par les dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet et particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Haute-Saône s'est estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet de la Haute-Saône a considéré que son défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 17 novembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier du 28 novembre 2023, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, les parties ont été informées que, dans l'hypothèse où il serait fait droit à une partie des conclusions à fin d'annulation de la requête, le tribunal était susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant au préfet de faire procéder, sans délai, à la suppression du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire enregistré le 30 novembre 2023 et communiqué à M. B, le préfet de la Haute-Saône a présenté des observations sur l'injonction d'office envisagée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais né le 29 mai 1986 et entré en France le 27 octobre 2019 selon ses déclarations a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet de la Haute-Saône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 17 novembre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet de la Haute-Saône a fait application pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. B. Il indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Saône s'est fondé. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. B, il lui permet de comprendre les motifs du refus de titre qui lui est opposé. Par ailleurs, la circonstance tenant à l'absence de mention du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors notamment qu'elle mentionne que M. B est entré sur le territoire français avec sa compagne et ses enfants, qu'il a la possibilité de reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine et que cette cellule familiale représente les seuls liens forts qu'il entretient sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 1er août 2023 concernant la situation médicale de M. B, produit à l'instance, a été transmis au préfet de la Haute-Saône à la même date. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que le préfet sollicite la transmission de l'entier dossier médical de l'étranger, ou que soit produit à l'instance le rapport médical établi par le médecin rapporteur. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure doivent être écartés.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Haute-Saône a procédé à un examen complet et particulier de la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui accorder un titre de séjour.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que le préfet de la Haute-Saône se serait cru en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

8. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de la Haute-Saône a estimé, ainsi que l'avait fait le collège des médecins de l'OFII dans son avis du 1er août 2023, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, notamment du certificat médical confidentiel adressé au médecin de l'OFII ainsi que des certificats médicaux d'une psychologue et d'une psychiatre établis les 6 et 10 octobre 2022, que M. B souffre d'une part d'une fissure méniscale gauche, traité notamment par des séances de kinésithérapie, et d'autre part de troubles dépressifs et d'un syndrome post-traumatique avec idéations suicidaires ayant nécessité la mise en place d'un traitement quotidien comprenant un antidépresseur, un anxiolytique, et deux neuroleptiques. Si le requérant allègue que le risque suicidaire décrit par ses médecins doit être analysé comme pouvant entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale, les seuls certificats versés au dossier ne sont pas de nature à pouvoir remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur sa situation médicale. En tout état de cause, il ne produit aucun élément de nature à démontrer que sa pathologie ne pourrait pas être prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est ni fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait entaché sa décision d'une erreur de fait, ni qu'il aurait commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. B se prévaut de ce qu'il vit en France depuis le 27 octobre 2019 avec sa compagne et ses enfants, qui y seraient scolarisés. Toutefois, il n'établit pas avoir tissés d'autres liens en France. Par ailleurs, il indique lui-même dans sa requête que son premier enfant réside dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 33 ans. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. B, le préfet de la Haute-Saône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. M. B ne fait état d'aucun élément qui ferait obstacle à ce que sa cellule familiale, composée sur le territoire français de sa compagne, de lui-même et de deux enfants à la date de l'arrêté attaqué, se reconstitue dans son pays d'origine où il a lui-même vécu la majorité de son existence, et où réside encore son premier enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale de droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 10 et 12 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Saône a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 13, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

15. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants lorsqu'ils sont soulevés à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 15, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. M. B allègue être exposé à des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, en raison de son engagement au sein de la commission Diocésaine " Justice et paix " en 2009, dans le cadre duquel il aurait publiquement critiqué le président lors d'une manifestation organisée en janvier 2015. Il fait également valoir qu'il a été arrêté et détenu pendant dix mois dans un camp avant d'être libéré grâce à l'intervention d'un aumônier, qu'en 2019, il est intervenu en faveur de jeunes de son quartier pour empêcher leur interpellation, et qu'en apprenant qu'ils avaient finalement été arrêtés, il a craint pour sa sécurité et quitté son pays. Toutefois, il ne peut être regardé comme établissant la réalité de ses allégations en se bornant à produire le compte-rendu de son entretien à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, la décision de rejet de sa demande d'asile, et la décision de la cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2022 rejetant son recours formé à l'encontre de cette décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, présentées par M. B, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque, notamment, l'étranger s'est vu accorder un délai de départ volontaire, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

21. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. B, le préfet de la Haute-Saône s'est fondé sur la circonstance qu'il réside sur le territoire français depuis trois ans et dix mois à la date de l'arrêté, qu'il n'apporte pas la preuve d'une quelconque intégration professionnelle ou extra-professionnelle, que sa compagne fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, que leur cellule familiale pourra se reconstituer dans son pays d'origine, et qu'il ne démontre pas être démuni d'attaches familiales en République démocratique du Congo, pays où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 33 ans. Toutefois, ces seuls éléments, alors que l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, ne s'est soustrait à aucune mesure d'éloignement précédente et est présent depuis plusieurs années en France avec sa famille, ne sont pas de nature à justifier le prononcé d'une telle interdiction. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

22. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 octobre 2023 prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. L'exécution du présent jugement, qui se borne à annuler la décision du 9 octobre 2023 prononçant une interdiction de retour pour une durée d'un an à l'encontre de M. B, n'implique nécessairement ni la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, ni le réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour. En revanche, il implique qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Saône de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

24. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Bertin, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Saône a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à l'encontre de M. B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Saône de prendre, dans un délai d'un mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Haute-Saône et à Me Bertin.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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