jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2302054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KALED |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 19 octobre 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon la requête de M. D, introduite le 24 septembre 2023. Par cette requête et un mémoire enregistré le 13 juin 2024, M. C, représenté par Me Kaled, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 1er août 2023 par laquelle le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer les titres d'identité qu'il a sollicités ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer sa carte nationale d'identité et son passeport sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens et la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- il n'est pas établi que l'autorité qui a pris la décision contestée était habilitée à cet effet ;
- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 février 2024 et 26 juin 2024, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. B,
- les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er juin 2023, M. C a demandé la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport français. Par une décision du 1er août 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Nièvre a refusé de faire droit à cette demande.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Toutefois, l'article 20-1 de ce code précise que : " La filiation de l'enfant n'a d'effet sur la nationalité de celui-ci que si elle est établie durant sa minorité ". Par ailleurs, aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ". Enfin, aux termes de l'article 31 du code civil, dans sa version applicable le 27 juin 1997 : " Le greffier en chef du tribunal d'instance a seul qualité pour délivrer un certificat de nationalité française à toute personne justifiant qu'elle a cette nationalité ".
3. Il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de titre d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, qu'une reconnaissance de paternité a été souscrite frauduleusement, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité.
4. M. C produit un certificat de nationalité française établi par le greffier en chef du tribunal d'instance de Besançon le 27 juin 1997 alors que le demandeur était mineur. Il en ressort que l'intéressé détient la nationalité française en raison de sa filiation maternelle, sa mère étant de nationalité française depuis le 12 septembre 1983. Si le préfet fait valoir que le bénéficiaire de ce certificat de nationalité française était désigné sous le nom A et que M. C ne fait état d'aucun changement de nom, il ressort des pièces du dossier que ce nom est celui de son père et il n'est pas contesté qu'il utilise ce nom à titre d'usage, comme cela ressort de sa carte nationale d'identité délivrée le 20 septembre 2008. De plus, le prénom, la date et le lieu de naissance de l'intéressé ainsi que les prénoms, noms, dates et lieux de naissance de ses deux parents indiqués sur le certificat de nationalité française concordent avec l'acte de naissance de M. C et l'acte de reconnaissance paternelle produits par le requérant. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à se prévaloir du certificat de nationalité établi le 27 juin 1997. Par suite, pour contester la nationalité de l'intéressé, la charge de la preuve incombe au préfet de la Nièvre.
5. Le préfet de la Nièvre relève que le tribunal judiciaire de Nantes a refusé le 22 mars 2017 de retranscrire l'acte de naissance comorien de M. C établi en 2009. Il fait également valoir que, par un jugement supplétif du 6 février 2009, le tribunal comorien de Cadi de Bambao a annulé l'acte de naissance comorien de M. C établi en 1990 tout en reconnaissant sa filiation avec sa mère. Selon le préfet, ce jugement n'a pas été valablement légalisé et l'acte de naissance comorien établi en 2009, soit après la majorité de l'intéressé, ne permettait plus de lui transmettre la nationalité française de sa mère. Toutefois, le jugement supplétif du 6 février 2009 n'a pas eu pour effet de faire disparaître la filiation maternelle de C, reconnue dans les conditions exposées au point précédent, lorsque l'intéressé était encore mineur. En tout état de cause, ce jugement ne saurait être regardé comme la première reconnaissance de la filiation maternelle de M. C. Ce dernier est alors de nationalité française en raison de la nationalité française d'au moins l'un de ses parents. Dès lors, le préfet ne fait état d'aucun doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de C pouvant justifier le refus de délivrance ou de renouvellement des titres d'identité qu'il a sollicités. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions citées au point 2 doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur la demande d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Nièvre, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit pouvant affecter la situation de M. C, lui délivre une carte nationale d'identité et un passeport. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée en ce sens par M. C doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 1er août 2023 par laquelle le préfet de la Nièvre a refusé de délivrer les titres d'identité demandés par M. C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Nièvre, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit pouvant affecter la situation de M. C, de lui délivrer une carte nationale d'identité et un passeport dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Nièvre.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026