jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2302073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 octobre 2023 et 30 mai 2024, la commune de Genevreuille, représentée par Me Maurin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la délibération du 13 juin 2023 de la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) de la Haute-Saône en tant qu'elle a rejeté partiellement sa réclamation relative aux attributions décidées dans le cadre du projet d'aménagement foncier lié à la déviation de la route nationale (RN) 19 ;
2°) de fixer à 3 euros le mètre carré la valeur vénale des terrains situés en zone AUs et à 30 centimes le mètre carré la valeur vénale des terrains en zone A et, à défaut, d'enjoindre à la CDAF de réexaminer sa réclamation ;
3°) de mettre à la charge du département de la Haute-Saône la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Genevreuille soutient que :
- la décision contestée ne précise pas que la présidente de la CDAF était le commissaire enquêteur désigné ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- la CDAF n'a fait aucune analyse concrète de la situation puisqu'elle ne se fonde sur aucune étude objective des mutations de biens similaires ou se rapprochant du marché immobilier local ;
- la valeur vénale du terrain en litige doit être fixée à 3 euros le mètre carré pour les parties en zone AUs et 30 centimes le mètre carré pour les parties en zone A.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, le département de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.
Le département fait valoir que les moyens soulevés par la commune de Genevreuille ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à , propriétaires intéressés, qui n'ont pas produit de mémoire.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. A,
- les observations de Me Maurin pour la commune de Genevreuille.
Considérant ce qui suit :
1. Le président du conseil général de la Haute-Saône a ordonné l'opération d'aménagement foncier agricole et forestier en vue de créer une déviation de la RN 19 incluant les communes d'Amblans et Velotte, Genevreuille, Pomoy, Bouhans-les-Lure et Mollans. Par une délibération du 13 juin 2023, la CDAF a examiné les réclamations formées par différents propriétaires concernés par le projet. A la demande de la commune de Genevreuille, la CDAF a maintenu la création d'une réserve foncière en vue d'agrandir le lotissement communal mais elle a refusé de fixer le montant de la soulte à verser aux propriétaires évincés à 3 euros le mètre carré. La commune de Genevreuille demande l'annulation de cette délibération en tant qu'elle fixe le montant de la soulte à 8,50 euros le mètre carré.
2. En premier lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que les délibérations adoptées par une CDAF doivent préciser que son président dispose de la qualité de commissaire enquêteur. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la délibération contestée vise les articles du code rural et la pêche maritime qui en constituent le fondement et expose les raisons pour lesquelles la CDAF de la Haute-Saône n'a que partiellement répondu favorablement à la réclamation présentée par la commune de Genevreuille. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort de la délibération contestée que la CDAF a tenu compte des éléments produits par la commune de Genevreuille, notamment l'avis des domaines, pour se prononcer sur le montant de la soulte en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération contestée a été adoptée à l'issue d'une analyse insuffisante manque en fait et doit être écarté.
5. En dernier lieu, la commune requérante conteste le montant de la soulte à verser aux propriétaires évincés tel qu'il a été arrêté par la CDAF. A cet effet, elle produit deux avis du service des domaines des 22 décembre 2020 et 13 octobre 2022, qui évaluent le mètre carré à 3 euros pour les terrains concernés classés en zone 1AUs et à 0,30 euros pour les terrains classés en zone A. Toutefois, la CDAF, qui a eu connaissance de ces avis, a estimé le prix de 3 euros le mètre carré " incompréhensible et exagérément bas " et le département de la Haute-Saône fait valoir en défense que l'un des propriétaires fonciers concernés par le versement de la soulte avait transmis à la CDAF des éléments de comparaison faisant état d'un prix moyen de 16 euros le mètre carré. Ainsi, en l'état du dossier, le tribunal n'est pas en mesure de se prononcer sur le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation du montant de la soulte.
6. Aux termes de l'article R. 626-2 du code de justice administrative : " Lorsqu'une question technique ne requiert pas d'investigations complexes, la formation de jugement peut charger la personne qu'elle commet de lui fournir un avis sur les points qu'elle détermine. Elle peut, à cet effet, désigner une personne figurant sur l'un des tableaux établis en application de l'article R. 221-9. Elle peut, le cas échéant, désigner toute autre personne de son choix. Le consultant, à qui le dossier de l'instance n'est pas remis, n'a pas à opérer en respectant une procédure contradictoire à l'égard des parties. / L'avis est consigné par écrit. Il est communiqué aux parties par la juridiction. / Les dispositions des articles R. 621-3 à R. 621-6, R. 621-10 à R. 621-12-1 et R. 621-14 sont applicables aux avis techniques ".
7. Eu égard aux éléments qui précèdent, il y a lieu, sur le fondement de ces dispositions, d'ordonner avant dire droit, une mesure d'instruction sous la forme d'un avis technique aux fins précisées ci-après et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête introduite par la commune de Genevreuille, procédé à une mesure d'instruction sous la forme d'un avis technique.
Article 2 : , expert près la Cour d'appel de Besançon, demeurant , est désigné en qualité de consultant.
Article 3 : accomplira sa mission dans les conditions définies par l'article R. 625-2 du code de justice administrative. Il aura pour mission d'estimer la valeur vénale des terrains destinés à constituer la réserve foncière souhaitée par la commune de Genevreuille dans le cadre de l'opération d'aménagement en litige, à savoir les parcelles cadastrées sur la commune de Genevreuille (70 240).
Article 4 : L'avis sera consigné par écrit et transmis au tribunal, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, qui le communiquera ensuite aux parties.
Article 5 : Les conclusions des parties sont réservées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Genevreuille, au département de la Haute-Saône, à .
Copie en sera adressée au consultant désigné.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. Pernot
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
(DEF)(/DEF)
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