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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2302135

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2302135

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2302135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de la SAS GH Auto, qui demandait l’annulation de la décision du préfet du Doubs du 18 septembre 2023 lui retirant son habilitation à effectuer des formalités d’immatriculation sur le système SIV. Le tribunal a écarté le moyen tiré d’un vice de procédure, estimant que la concertation prévue par la convention d’habilitation avait bien eu lieu et avait échoué. Il a également rejeté les moyens d’inexactitude matérielle des faits, considérant que les manquements reprochés (défaut de professionnalisme et irrégularités dans l’instruction des dossiers) étaient établis. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de la société, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur le caractère disproportionné de la sanction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, la SAS GH Auto, représentée par Me Sirat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 par laquelle le préfet du Doubs lui a retiré l'habilitation n° 219020 à effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV) dont elle disposait ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui attribuer une nouvelle habilitation au SIV ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS GH Auto soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article X de la convention d'habilitation individuelle du 13 mai 2018 conclue entre elle et le préfet du Doubs dès lors que le préfet ne justifie pas d'un échec avéré de la concertation ;

- le manquement tiré du défaut de professionnalisme de M. est matériellement inexact dès lors que, titulaire d'une habilitation n° 5447 depuis 2008, aucun grief n'a été formulé à son encontre durant toutes ces années ;

- le manquement tiré des irrégularités constatées sur l'instruction des dossiers n'est pas matériellement établi dès lors qu'aucune critique sérieuse ne ressort du compte rendu d'entretien du 31 mai 2023 ;

- le manquement tiré du défaut de formation de M. est matériellement inexact dès lors qu'il appartient au préfet de justifier des modalités de formation au SIV mises en place pour assurer la formation des professionnels de l'automobile ;

- la décision attaquée est disproportionnée dès lors qu'il s'agit de la sanction la plus lourde et qu'aucun grief ne peut être retenu à son égard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la SAS GH Auto ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 27 septembre 2024, pour la SAS GH Auto n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS GH Auto, gérée par M. (B (/ANO), a été habilitée à effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sur le SIV par l'intermédiaire d'une convention d'habilitation individuelle du 13 mai 2018 conclue avec l'Etat. Par une décision du 5 septembre 2023, le préfet du Doubs a suspendu cette habilitation au motif que M. avait fait l'objet d'une condamnation inscrite au bulletin n° 2. Le 8 septembre suivant, M. (C (/ANO) a été nommé en remplacement de M. . Par une décision du 18 septembre 2023, dont la SAS GH Auto demande l'annulation, le préfet du Doubs lui a retiré cette habilitation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

2. L'article X de la convention d'habilitation individuelle du 13 mai 2018 conclue entre la SAS GH Auto et le préfet du Doubs stipule à son 1), intitulé " suspension et résiliation à l'initiative du préfet " : " En cas de manquements répétés aux obligations à la présente convention du professionnel habilité, le préfet territorialement compétent organise une procédure de concertation pour mettre un terme à ces manquements. En cas d'échec avéré de cette concertation, le préfet peut suspendre ou, moyennant le respect d'un préavis de 2 mois, notifier par lettre recommandée avec accusé de réception la résiliation de la présente convention () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 1er mars 2023, le préfet du Doubs a informé la SAS GH Auto qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour formuler des observations suite aux irrégularités et anomalies qu'il a relevées dans le fonctionnement du SIV. L'intéressée a présenté ses observations dans un courrier du 18 mars 2023 dans lequel elle conteste les manquements relevés à son encontre et sollicite un rendez-vous avec les services de la préfecture. Il ressort du compte rendu de cet entretien ainsi diligenté, en date du 30 mai 2023, que, si la société requérante a pu reconnaitre certains des griefs qui lui sont reprochés, elle maintient sa position de contestation sur les autres manquements relevés. Dans ces conditions, la concertation menée par le préfet doit être regardée comme un échec. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits :

S'agissant du professionnalisme de M. :

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Doubs a estimé que M. ne présentait pas les garanties de fiabilité et de professionnalisme attendues dans la mesure où il n'a pas informé les services de la préfecture que la société qu'il dirigeait, la SARL GH Auto Service, dont le détachement a conduit à la création de la SAS GH Auto, n'était plus en charge du SIV depuis 2018. En se bornant à faire valoir que, durant les neuf années pendant lesquelles M. a été titulaire d'une telle habilitation, aucun grief n'a été formulé à son encontre, la société requérante ne remet pas utilement en cause la matérialité du manquement relevé par le préfet du Doubs. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de l'instruction des dossiers :

5. En ce qui concerne les véhicules immatriculés , en soutenant qu'elle fait systématiquement signer des mandats à ses clients pour effectuer les formalités relatives à la vente ou l'acquisition d'un véhicule, la société requérante ne conteste pas utilement le grief tiré de ce qu'elle n'a transmis au préfet les mandats signés et tamponnés qu'après sa demande alors que ces pièces sont obligatoires et que l'enregistrement d'opérations dans le SIV ne peut avoir lieu sans ces mandats. En ce qui concerne les véhicules immatriculés , il ressort des pièces du dossier que les deux dossiers d'immatriculation de ces véhicules étaient incomplets en l'absence de justificatif d'un contrôle technique. A cet égard, la SAS GH Auto soutient que le justificatif d'un contrôle technique ne pouvait pas être transmis dès lors que les centres de contrôle technique refusaient tout véhicule qui n'était pas immatriculé en France. Toutefois, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors qu'il ressort du compte rendu de la réunion du 30 mai 2023 qu'elle avait alors expliqué que cette absence se justifiait par la circonstance que " ces documents se trouvaient dans la pochette correspondante des immatriculations définitives ". Dans ces conditions, les manquements relevés par le préfet du Doubs doivent être regardés comme matériellement établis. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant du défaut de formation de M. :

6. La société requérante soutient qu'il appartient au préfet du Doubs de justifier de l'envoi de documents permettant à M. de disposer d'une formation au SIV. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui a lui-même reconnu manquer de formation, n'a jamais alerté le préfet du Doubs, d'une part, sur les difficultés qu'il pouvait rencontrer et, d'autre part, n'a jamais sollicité une formation avant que des manquements ne soient relevés. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le défaut de formation reproché serait imputable au préfet. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la disproportion de la mesure de retrait de l'habilitation délivrée à la SAS GH Auto :

7. La décision de retrait d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation, présente le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer la sauvegarde de l'ordre public.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un contrôle réalisé à la fin de l'année 2022 au sein de la société requérante, sur neuf dossiers de demande d'immatriculation enregistrés plus de la moitié comportaient des irrégularités en raison de l'absence de certaines pièces justificatives. En outre, il n'est pas contesté que les règles de sécurité liées à l'utilisation du certificat numérique et qui s'imposent à une société gérant un SIV n'ont pas été respectées à plusieurs reprises. Ces manquements, à raison de leur ampleur et de leur caractère répété et grave, justifiaient que le préfet procède, sans commettre d'erreur d'appréciation, au retrait de l'habilitation délivrée à la société requérante. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la SAS GH Auto n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 septembre 2023. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la SAS GH Auto, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la SAS GH Auto demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS GH Auto est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS GH Auto et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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