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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2302284

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2302284

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2302284
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a examiné les requêtes de M. A, ressortissant étranger, contestant le refus implicite du préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour et d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a relevé d'office que la décision de refus de titre de séjour méconnaissait le champ d'application de la loi, car une interdiction de retour de deux ans avait déjà été prononcée à son encontre. En conséquence, la solution retenue est l'annulation de ces décisions implicites, en application des articles L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2302284 les 1er décembre 2023 et 21 février 2024, M. B A, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Doubs a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour et a implicitement refusé d'abroger la décision du 2 janvier 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de ressortissante française dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé avec droit au travail dans un délai de huit jours, à titre subsidiaire, de réexaminer ces demandes dans un délai de deux mois à compter de cette même notification et, à titre infiniment subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- des circonstances de fait nouvelles rendent recevable sa demande de titre de séjour ;

- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît les articles L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne présente pas de trouble à l'ordre public ;

- le refus implicite d'abroger la décision portant interdiction de retour sur le territoire français édictée le 2 janvier 2023 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 19 septembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi par la décision opposée le 16 juin 2023 à M. A portant refus du titre de séjour, dès lors qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avait été opposée au requérant le 2 janvier 2023.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, M. A a présenté des observations à ce moyen d'ordre public.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2023.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2302355 les 11 décembre 2023 et 21 février 2024, M. B A, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Doubs a implicitement refusé d'abroger des arrêtés par lesquels il avait refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'avait obligé à quitter le territoire français et avait assorti ces décisions d'une interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de père d'un enfant français dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé avec droit au travail dans un délai de huit jours et, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- des circonstances de fait nouvelles rendent recevable sa demande de titre de séjour ;

- il ne présente pas de trouble à l'ordre public ;

- la décision devait être précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle impose une condition qui n'est prévue par aucune disposition législative ou réglementaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le refus de remise d'un récépissé méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier du 20 septembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi par la décision opposée le 16 juin 2023 à M. A portant refus du titre de séjour, dès lors qu'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avait été opposée au requérant le 2 janvier 2023.

Par un mémoire enregistré le 20 septembre 2024, M. A a présenté des observations à ce moyen d'ordre public.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Seytel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français le 10 avril 2014, sous couvert d'un visa long séjour " conjoint de français " renouvelé en 2015 et 2016. Par un arrêté du 16 août 2017, la demande de renouvèlement du titre de séjour de M. A a été refusée et il a fait l'objet de mesures d'éloignement successives. Le 2 janvier 2013, il a fait l'objet d'une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Le 11 mai 2023, M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir sa qualité de parent d'enfant français, à défaut, sa qualité de conjoint de français, ainsi qu'une demande d'abrogation des décisions prises le 2 janvier 2023. Le 16 juin 2023, le préfet du Doubs a refusé sa demande. Par la requête n°2302284, M. A demande l'annulation de la décision du 16 juin 2023 et, par la requête n°2302355, il demande l'annulation des décisions par lesquelles le préfet a implicitement refusé d'abroger la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour sur le territoire français édictées le 2 janvier 2023. Ces deux requêtes ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. Les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Doubs sur la demande de titre de séjour, présentée le 11 mai 2023 par M. A, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 16 juin 2023 qui s'y est substituée et par laquelle le préfet a expressément refusé les demandes présentées par l'intéressé.

En ce qui concerne la décision portant refus d'abrogation de la mesure d'éloignement et d'interdiction de retour édictées le 2 janvier 2023 :

3. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger, qui s'y croit fondé, de demander à l'autorité administrative, sans condition de délai, l'abrogation d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français à la condition de démontrer qu'un changement de circonstance de fait ou dans la réglementation applicable est de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

4. En premier lieu, il est constant que la mesure d'éloignement du 2 janvier 2023 dont M. A demande l'abrogation a été exécutée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du refus d'abroger cette décision.

5. En second lieu, en se bornant à soutenir qu'il ne présente pas une menace à l'ordre public et que le refus d'abroger la décision portant interdiction de retour sur le territoire français de deux ans adoptée le 2 janvier 2023 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, M. A n'expose aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle par rapport à sa demande initiale qui justifierait la demande d'abrogation sollicitée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'abrogation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 2 janvier 2023, ni de celle portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

8. Le 2 janvier 2023, M. A a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Or, le 16 juin 2023, date à laquelle le préfet du Doubs a refusé de délivrer le titre de séjour en litige, l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. A était l'objet produisait encore ses effets et, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, le préfet a refusé de l'abroger. Dans ces conditions, délivrer un titre de séjour à M. A aurait eu pour conséquence la méconnaissance des dispositions du deuxième paragraphe de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. Par suite, le 16 juin 2023, le préfet ne pouvait que refuser de délivrer un titre de séjour à M. A et les moyens soulevés contre ce refus, rappelés dans les visas du présent jugement, ne peuvent être qu'écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur les autres demandes :

10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

11. Par ailleurs, les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

J. Seytel

La présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2302284-2302355

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