mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2302430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 20 décembre 2023, le préfet de la Haute-Saône demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de Bucey-lès-Gy du 17 novembre 2023.
Il soutient que :
- la délibération attaquée est illégale du fait de l'illégalité des délibérations du 19 mai 2023 et du 12 juillet 2023 qui en constituent le fondement ;
- les délibérations du 19 mai et 12 juillet 2023 sont illégales du fait du retrait irrégulier de la délibération du 15 avril 2022 laquelle avait acté le principe de la cession du bâtiment abritant la mairie ;
- la délibération attaquée est dépourvue de base légale du fait de l'intervention de la délibération du 19 mai qui procède au retrait de la délibération du 15 avril 2022 laquelle avait acté le principe de la cession du bâtiment abritant la mairie ;
- elle est contraire au bon usage des deniers publics et à l'intérêt général.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 août 2024 et 17 octobre 2024, la commune de Bucey-lès-Gy, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que l'Etat lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet de la Haute-Saône ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Haute-Saône, et de Me Bouchoudjian substituant Me Suissa, pour la commune de Bucey-lès-Gy.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 15 avril 2022, le conseil municipal de la commune de Bucey-lès-Gy a décidé la mise en vente du bâtiment de l'ancien presbytère, abritant la mairie. Par une délibération du 19 mai 2023, le même conseil municipal a retiré la précédente délibération du 15 avril 2022 et approuvé la conclusion d'une promesse de vente pour un prix de 625 000 euros. Par une délibération du 12 juillet 2023, le conseil municipal a ensuite constaté la désaffectation et prononcé le déclassement du domaine public des biens concernés et autorisé leur cession. Enfin, une délibération du 17 novembre 2023 a annulé et remplacé la délibération du 12 juillet 2023 afin de rectifier des erreurs matérielles dans la liste des procurations, tout en réitérant le dispositif et les motifs de la précédente délibération. Par le présent déféré, le préfet de la Haute-Saône demande l'annulation de la délibération du 17 novembre 2023.
Sur la légalité de la délibération du 17 novembre 2023 :
2. En premier lieu, le préfet excipe de l'illégalité de la délibération du 19 mai 2023 du conseil municipal de la commune de Bucey-lès-Gy pour se prévaloir de l'illégalité de la délibération attaquée du 17 novembre 2023 qui annule et remplace celle du 12 juillet 2023. Toutefois, la délibération du 19 mai 2023, qui autorise la signature de la promesse de vente et entérine les dates prévisionnelles de désaffectation et de déclassement, ne constitue pas la base légale de la délibération du 17 novembre 2023 constatant la désaffectation et approuvant le déclassement et la cession du bien immobilier. Celle-ci n'a pas davantage été prise pour son application. Par suite, le moyen invoqué contre la délibération contestée et tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 19 mai 2023 doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, le préfet excipe de l'illégalité de la délibération du 12 juillet 2023 du conseil municipal de la commune de Bucey-lès-Gy pour se prévaloir de l'illégalité de la délibération attaquée du 17 novembre 2023. Toutefois, la délibération du 12 juillet 2023, qui autorise la signature de la promesse de vente et entérine les dates prévisionnelles de désaffectation et de déclassement, ne constitue pas la base légale de la délibération du 17 novembre 2023 qui a pour objet de l'annuler et de la remplacer. Celle-ci n'a pas davantage été prise pour son application. Par suite, le moyen invoqué contre la délibération contestée et tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 12 juillet 2023 doit être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, le préfet se prévaut de l'absence de base légale de la délibération attaquée en raison de l'intervention de la délibération du 19 mai 2023 qui procède au retrait de la délibération du 15 avril 2022 laquelle avait acté le principe de la cession. Toutefois, par un jugement n° 231319 dont la date de lecture est concomitante à celle du présent jugement, le tribunal a annulé la délibération du 19 mai 2023 en tant qu'elle retire la délibération du 15 avril 2022. Cette dernière délibération, qui acte le principe de la cession, est par conséquent rétablie à compter de la date de lecture du présent jugement. Dans ces conditions, le préfet ne peut utilement se prévaloir du retrait opéré par la délibération du 19 mai 2023 pour soutenir que la délibération attaquée du 17 novembre 2023 serait dépourvue de base légale, faute d'avoir été précédée d'une décision actant le principe de la cession. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté comme inopérant.
5. En quatrième lieu, le préfet soutient que la délibération attaquée serait contraire au bon usage des deniers publics et à l'intérêt général, dès lors que la rénovation du bâtiment abritant la mairie de Bucey-lès-Gy a été financée à hauteur de 82,98 % par des subventions provenant de l'Etat et que le montant total des travaux ainsi réalisés excède largement le prix de vente prévu par la délibération attaquée.
6. Toutefois, il est constant que ce prix de vente est en corrélation avec les prix du marché immobilier local, et qu'il est, par ailleurs, bien supérieur à l'avis du service des domaines concernant la valeur vénale du bien, qui a été rendu le 5 juillet 2022. Dans ces conditions, il est loisible à l'Etat, s'il s'y estime fondé, de faire valoir ses droits en raison des montants de subventions importants accordés à la commune de Bucey-lès-Gy pour la rénovation de sa mairie, notamment sur le fondement des dispositions des arrêtés prévoyant le versement des sommes concernées. Cependant, la délibération attaquée ne peut être, pour ce seul motif, considérée comme allant à l'encontre du principe de bon usage des deniers publics par la collectivité locale dans le cadre du présent litige. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la cession des bâtiments de l'ancienne mairie de Bucey-lès-Gy aurait été décidée afin de satisfaire un but autre que l'intérêt général. Par suite, le moyen soulevé sur ce fondement doit être écarté dans toutes ses branches.
7. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Saône n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 17 novembre 2023. Ses conclusions en annulation doivent par conséquent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la commune de Bucey-lès-Gy d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le déféré du préfet de la Haute-Saône est rejeté.
Article 2 : L'Etat versera à la commune de Bucey-lès-Gy la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Saône et à la commune de Bucey-lès-Gy.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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