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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400007

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400007

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a examiné la requête de M. F contestant les arrêtés des 28 octobre et 19 décembre 2023 par lesquels le maire de Champvans-les-Moulins lui a refusé un permis de construire une maison individuelle. M. F s'est désisté de ses conclusions contre l'arrêté du 19 décembre 2023, mais a maintenu celles contre l'arrêté du 28 octobre 2023, invoquant notamment la méconnaissance des articles L. 422-7 et R. 111-3 du code de l'urbanisme. La commune a soulevé une exception de non-lieu à statuer, arguant du retrait de l'arrêté contesté. Le tribunal a rejeté cette exception, considérant que le retrait n'était pas établi, et a annulé l'arrêté du 28 octobre 2023 pour erreur de droit dans l'application de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme, la commune étant dotée d'un plan local d'urbanisme rendant cet article inapplicable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 janvier, 22 juin et 30 octobre 2024, M. A F, représenté par Me Grillon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés des 28 octobre 2023 et 19 décembre 2023 par lesquels le maire de la commune de Champvans-les-Moulins lui a refusé la délivrance d'un permis de construire une maison individuelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Champvans-les-Moulins de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Champvans-les-Moulins la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F soutient que :

- le recours conserve un intérêt en ce qu'il est dirigé contre l'arrêté du 28 octobre 2023 qui fait toujours partie de l'ordonnancement juridique ;

- il en va de même de l'arrêté du 19 décembre 2023 dans le cas où il n'aurait pas été complètement retiré par l'arrêté du 7 mars 2024 ;

- l'arrêté du 28 octobre 2023 méconnaît l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme dès lors que l'autorité qui a pris l'arrêté contesté était intéressée au projet ;

- il est entaché d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que les bâtiments qui appartenaient au GAEC du Pré Verdot n'ont plus de vocation agricole du fait de leur destruction partielle et de leur acquisition par une société civile immobilière et que la convention de mise à disposition de ces bâtiments ne permet pas d'établir la réalité de l'activité agricole alléguée ;

- le motif tiré de l'existence d'une convention d'exploitation, qui a pour objet le terrain d'emprise du projet, est illégal ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucune activité agricole n'est située à proximité du projet en litige ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le projet se situe dans une zone constructible de la commune.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mai et 20 octobre 2024, la commune de Champvans-les-Moulins, représentée par Me Suissa, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en toutes hypothèses, à ce que soit mise à la charge de M. F la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- l'arrêté contesté a été retiré de sorte que la requête a perdu son objet ;

- le motif tiré de la méconnaissance par le projet en litige des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que ce projet est de nature à porter atteinte à la salubrité publique, doit être substitué au motif de l'arrêté contesté qui reposait sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-3 du même code ;

- les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2024, M. F déclare, d'une part, se désister purement et simplement des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le maire de Champvans-les-Moulins a rectifié l'arrêté du 28 octobre 2023 et, d'autre part, maintenir ses autres conclusions.

M. F soutient que :

- le recours conserve un intérêt en ce qu'il est dirigé contre l'arrêté du 28 octobre 2023 qui fait toujours partie de l'ordonnancement juridique ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme dès lors que l'autorité qui a pris l'arrêté contesté était intéressée au projet ;

- il méconnait l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que les bâtiments qui appartenaient au GAEC du Pré Verdot n'ont plus de vocation agricole du fait de leur destruction partielle et de leur acquisition par une société civile immobilière et que la convention de mise à disposition de ces bâtiments ne permet pas d'établir la réalité de l'activité agricole alléguée ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme sont inapplicables lorsque la commune est dotée d'un plan local d'urbanisme.

Un mémoire enregistré pour la commune de Champvans-les-Moulins le 17 octobre 2024 n'a pas été communiqué.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté préfectoral du 7 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous les rubriques nos 2101-1, 2101-2, 2101-3, 2102 et 2111.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. E,

- les observations de Me Grillon pour M. F et de Me Lutz pour la commune de Champvans-les-Moulins.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 avril 2024, M. F a obtenu la délivrance d'un certificat d'urbanisme positif pour la construction d'une maison individuelle à Champvans-les-Moulins (Doubs). Le 18 juillet 2023, M. F a déposé une demande de permis correspondant à ce projet. Par un arrêté du 28 octobre 2023, le maire de la commune a refusé cette demande. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le maire de la commune a rectifié cet arrêté. M. F demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur le désistement partiel :

2. Si, dans son mémoire du 22 juin 2024, M. F a demandé l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023, il a dans celui enregistré le 2 octobre 2024 expressément abandonné les conclusions afférentes. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur les conclusions présentées contre l'arrêté du 28 octobre 2023.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

3. La commune de Champvans-les-Moulins soutient que l'arrêté contesté aurait été retiré par un arrêté adopté le 19 décembre 2023 par le maire de la commune. Toutefois, l'article 1er de l'arrêté du 19 décembre 2023 dispose seulement que l'autorisation délivrée par l'arrêté contesté " est rectifiée comme suit : l'article R. 111-2 du CU s'applique en lieu et place de l'article R. 111-3 du CU ". Dès lors, cet arrêté du 19 décembre 2023 n'a pas fait disparaître de l'ordonnancement juridique l'arrêté contesté du 28 octobre 2023. En tout état de cause, l'arrêté du 19 décembre 2023 a lui-même été retiré par un ultime arrêté du 7 mars 2024 adopté par le maire de la commune. Par suite, la requête conserve son objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme : " Si le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est intéressé au projet faisant l'objet de la demande de permis ou de la déclaration préalable, soit en son nom personnel, soit comme mandataire, le conseil municipal de la commune ou l'organe délibérant de l'établissement public désigne un autre de ses membres pour prendre la décision ". Aux termes de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires () ".

5. Il n'est pas contesté que la commune de Champvans-les-Moulins est dotée d'un plan local d'urbanisme et que le maire de cette commune est le gérant d'une société civile immobilière qui détient des biens situés à proximité immédiate du projet en litige. Dans ces conditions, le maire de la commune doit être regardé comme étant intéressé par ce projet. A cet égard, la commune fait valoir que, par une délibération du 4 mars 2024, M. D B a été désigné pour prendre toutes décisions relatives aux autorisations d'urbanisme qui concernent le permis de construire déposé par M. F. Elle ajoute que, par un arrêté du 7 mars 2024, M. D B a retiré l'arrêté du 19 décembre 2023 qui avait lui-même rectifié l'arrêté en litige du 28 octobre 2023.

6. Toutefois, la délibération du 4 mars 2024, qui désigne M. D B, a été signée par le maire de la commune, M. C. Or, pour les raisons exposées au point précédent, le maire de la commune était intéressé à l'affaire. Dès lors, il ne pouvait pas prendre part à l'élaboration de la délibération adoptée le 4 mars 2024. En tout état de cause, cette délibération du 4 mars 2024 n'était pas en vigueur à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-7 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, applicable même lorsque le projet se situe dans une commune dotée d'un plan local d'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Et aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes (.) ". Aux termes de l'article 2.1 de l'annexe I de l'arrêté du 7 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous les rubriques nos 2101-1, 2101-2, 2101-3, 2102 et 2111 : " Les bâtiments d'élevage et leurs annexes sont implantés à une distance minimale de : 100 mètres des habitations ou locaux habituellement occupés par des tiers () ".

8. Il ressort de la décision contestée que le refus de permis de construire qu'elle prononce repose sur la circonstance que le projet en litige serait situé à moins de 100 mètres d'un bâtiment agricole relevant de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement, ce qui l'exposerait à des nuisances graves au sens de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme. A hauteur de contentieux, la commune de Champvans-les-Moulins demande que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme soit substitué à celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-3 du même code. A supposer qu'il ait été fait droit à cette demande, l'un comme l'autre de ces motifs s'appuie sur le fait que le bâtiment situé à proximité du projet serait depuis le 17 novembre 2022 l'objet d'un contrat de prêt entre son propriétaire et des agriculteurs pour un usage en qualité de stabulation pour bovins. Toutefois, M. F produit un courrier du préfet du 18 octobre 2024 qui indique que ce bâtiment n'est plus soumis à la législation des installations classées pour la protection de l'environnement depuis 2022. Ainsi, c'est à tort que le maire a estimé qu'à la date de l'arrêté contesté, le projet en litige devait être soumis au principe de réciprocité posé par l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le motif tiré de ce que la maison d'habitation envisagée serait de nature à porter atteinte à la salubrité publique en raison de sa proximité avec un bâtiment d'élevage est illégal et le moyen afférent doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2023 par lequel le maire a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur la demande d'injonction :

10. Lorsque le juge annule un refus de permis de construire après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ou le cas échéant d'office, après mise en œuvre de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

11. En l'espèce, les motifs de la décision attaquée sont illégaux. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de l'arrêté annulé s'opposeraient à la réalisation du projet en litige ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Champvans-les-Moulins de délivrer le permis de construire sollicité le 18 juillet 2023 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

12. En outre, pour les raisons exposées aux points 4 à 6 et en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait relatives à la situation du maire de la commune de Champvans-les-Moulins, l'autorité qui délivrera le permis de construire aura été désignée parmi les membres du conseil municipal de la commune de Champvans-les-Moulins à l'issue d'une délibération à laquelle ne pourra pas participer le maire intéressé par l'affaire.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Champvans-les-Moulins une somme de 1 500 euros à verser à M. F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

14. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. F, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2023.

Article 2 : L'arrêté du 28 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Champvans-les-Moulins a refusé de délivrer un permis de construire une maison individuelle à M. F est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de Champvans-les-Moulins de délivrer à M. F le permis de construire qu'il a sollicité le 18 juillet 2023 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Champvans-les-Moulins versera à M. F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la commune de Champvans-les-Moulins.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier (DEF)(/DEF)

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