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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400059

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400059

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDRAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Saône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et durant ce délai, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Dravigny, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a estimé que M. B représente une menace à l'ordre public ;

- est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 I du code de procédure pénale ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision de refus de titre de séjour ;

La décision portant fixation d'un délai de départ volontaire de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

La décision portant fixation du pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet du de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Goyer-Tholon, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 2 mai 2003, entré irrégulièrement en France le 20 août 2020 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 27 octobre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, pour refuser un titre de séjour à M. B, a retenu que celui-ci n'a pas fait preuve de sérieux dans le suivi de sa formation et n'a démontré aucune volonté de s'intégrer notamment par l'apprentissage. M. B se prévaut d'attestations rédigées par des éducateurs du centre éducatif et professionnel " Les Chennevières " mettant en avant une attitude respectueuse et volontaire. Toutefois, les bulletins de notes de l'année scolaire 2022/2023 produits par le préfet font apparaître un manque manifeste de travail et d'implication, ainsi que de nombreuses absences injustifiées, à hauteur de 65 heures pour le premier semestre et 39 heures pour le second semestre, ce qui illustre l'absence de caractère réel et sérieux du suivi de la formation. Par suite, en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet de la Haute-Saône n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisant les cas dans lesquels les étrangers présents sur le territoire national ont droit à la délivrance d'un titre de séjour, ne font pas obligation au préfet de refuser un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit sauf lorsque les textes l'interdisent expressément. Dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire qui lui est ainsi confié, il appartient au préfet d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé et des conditions non remplies, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans le cas où il refuse une telle régularisation, il revient au juge de l'excès de pouvoir de contrôler, lorsque la légalité de ce refus est contestée devant lui, si la décision ne repose pas sur des faits matériellement inexacts et n'est pas entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation ou de détournement de pouvoir.

6. En l'espèce, M. A, qui est célibataire, sans perspective d'insertion professionnelle avérée, ni charge de famille, ni attache personnelle en France, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine et ne démontre pas davantage qu'il risquerait d'y être exposé à un quelconque risque. Si le refus de titre de séjour est susceptible d'entraver son éventuelle insertion professionnelle, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Saône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen doit par conséquent être écarté.

7. En troisième lieu, M. A ne démontre pas que la décision en litige serait entachée d'erreur de fait quant à la menace à l'ordre public en se bornant à indiquer que le préfet ne justifie pas des suites données aux mises en causes dont il fait état, celui-ci pouvant apprécier le caractère de menace à l'ordre public indépendamment de toute condamnation pénale. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. A a été mis en cause en mai et décembre 2023 pour des faits d'usage illicite de stupéfiant, et en juillet 2023 pour vol. A supposer même qu'une telle menace à l'ordre public ne soit pas caractérisée, il ressort de ce qui a été dit au point 4 que le préfet de la Haute-Saône pouvait en tout état de cause refuser de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour le seul motif tendant à l'absence du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation professionnelle. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public ne peuvent qu'être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. ".

9. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour a été prise pour un ensemble de motifs et non seulement sur le fondement d'une menace à l'ordre public, notamment parce que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation et ne pouvait donc pas se prévaloir de l'article L. 435-3du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Ces éléments, qui ne résultent pas de la consultation du fichier régi par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale précité, suffisent, ainsi qu'il a été dit au point 7, pour justifier légalement la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, du fait de la consultation des fichiers des antécédents judiciaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, doit être écarté comme inopérant.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. La décision de refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

12. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision interdisant le retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

14. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque, notamment, l'étranger s'est vu accorder un délai de départ volontaire, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

15. Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. A, le préfet de la Haute-Saône s'est fondé sur les circonstances qu'il ne justifie pas de liens suffisamment stables et anciens en France, qu'il ne fait pas la preuve du sérieux du suivi de sa formation, qu'il ne démontre pas être démuni d'attaches familiales en Tunisie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans soit la majeure partie de sa vie, qu'il représente une menace à l'ordre public et qu'il est connu des services de police et de gendarmerie. Ces éléments combinés, bien que l'intéressé n'ait fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement précédente et à supposer même que la menace à l'ordre public ne soit pas caractérisée, sont suffisants pour justifier le prononcé d'une telle interdiction. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 27 octobre 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Haute-Saône et à Me Dravigny.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente ;

- Mme Diebold, première conseillère ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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