mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOCHER-ALLANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 janvier et 27 février 2024, Mme B A, représentée par Me Bocher-Allanet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet du Doubs lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me Bocher-Allanet, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne mentionne pas la convention franco-ivoirienne et notamment son article 9 ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 7 octobre 2008.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus renouvellement de titre qu'elle assortit.
S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un délai supérieur lui aurait permis de passer ses examens et de valider son diplôme.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- et les observations de Me Bocher-Allanet, pour Mme A, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 14 décembre 1996 et entrée en France le 6 septembre 2020, munie de son passeport revêtu d'un visa, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par un arrêté du 21 novembre 2023, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, applicable au litige, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".
3. Il ressort des stipulations de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne précitée que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Par suite, la décision contestée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision litigieuse trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette substitution de base légale, sur laquelle la requérante a pu présenter des observations au cours de la présente instance suite au mémoire en défense du préfet du Doubs, qui a sollicité cette substitution, ne prive l'intéressée d'aucune garantie.
4. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir validé sa première année de master " Arts, lettres et langues " au titre de l'année universitaire 2020/2021 à l'université de Franche-Comté, Mme A s'est inscrite à deux reprises en deuxième année de ce master, au titre de l'année universitaire 2021/2022, puis au titre de l'année universitaire 2022/2023, sans valider ses examens. La requérante soutient que ces deux échecs successifs sont dus à des problèmes de santé, et produit à l'appui de ses allégations des prescriptions de médicaments pour les deux années universitaires en cause, des certificats relatifs à des séances de psychothérapie pour l'année universitaire 2022/2023, des attestations de deux médecins indiquant que son état de santé ne lui a pas permis de suivre son cursus universitaire 2022/2023 dans des conditions lui permettant de valider ses examens et de rendre ses devoirs dans les délais impartis, et enfin un certificat d'une psychologue attestant de sa présence à plusieurs séances de psychothérapie au second semestre de l'année universitaire 2022/2023, ayant permis d'améliorer son état de santé, celle-ci souffrant d'une " angoisse envahissante qui l'empêchait de mener ses études ". Elle produit également son relevé de notes modifié pour cette année universitaire, une attestation d'assiduité de la responsable de la scolarité de son cursus en date du 7 décembre 2023, indiquant que ses absences ont été justifiées et qu'elle a pu régulièrement se réinscrire au titre de l'année universitaire 2023/2024 afin de " finaliser son mémoire de soutenance et passer deux épreuves et ainsi valider son Master 2 Analyse du discours ", ainsi qu'une attestation de sa directrice de mémoire en date du 11 décembre 2023 témoignant de son sérieux et de sa motivation malgré ses problèmes de santé. Si certains de ces documents ont été établis postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige, ils révèlent une situation antérieure à son édiction, et permettent d'établir la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 novembre 2023 par laquelle le préfet du Doubs a refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant son pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiante " valide au titre de l'année universitaire 2023/2024 soit délivrée à la requérante sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Bocher-Allanet d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Doubs du 21 novembre 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiante " valide au titre de l'année universitaire 2023/2024 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bocher-Allanet, conseil de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Doubs et à Me Bocher-Allanet.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026