jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Suissa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2023 par laquelle le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire de Dijon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des faits survenus le 26 juin 2023 ;
2°) d'enjoindre au directeur interrégional de l'administration pénitentiaire de Dijon, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'avis du conseil médical n'a pas été recueilli préalablement à l'adoption de la décision contestée ;
- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ce qui traduit un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique en ce qu'il n'a pas bénéficié de la présomption d'imputabilité au service ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. E,
- les observations de Me Lutz pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juin 2023, M. A, surveillant pénitentiaire affecté à la maison d'arrêt de Besançon depuis 2020, a déclaré un accident de service qui se serait matérialisé par un épuisement professionnel le 22 juin 2023 à 14 heures. Par une décision du 28 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire de Dijon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident.
Sur la légalité de la décision contestée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 7-1 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Les conseils médicaux en formation plénière sont saisis en application : / 1° Des articles 47-6 et 47-8 du présent décret ". Aux termes de l'article 47-6 de ce décret : " Le conseil médical est consulté : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service () ". Enfin, aux termes de l'article 8 du même décret : " Les conseils médicaux sont saisis pour avis par l'administration, à son initiative ou à la demande du fonctionnaire ".
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande d'imputabilité au service présentée par M. A ait été refusée en raison d'une faute personnelle ou d'une autre circonstance particulière de nature à détacher l'accident du service. Dans ces conditions, la situation de M. A ne relevant pas du champ d'application de l'article 7-1 du décret du 14 mars 1986 précité, le comité médical n'avait pas lieu d'être saisi pour avis, que ce soit à l'initiative de l'administration ou sur demande de l'intéressé. Il en résulte que M. A ne peut utilement soutenir qu'en application des dispositions de l'article 8 du décret du 14 mars 1986 citées au point précédent, le conseil médical devait se réunir suite à la demande qu'il a formulée en ce sens le 5 octobre 2023. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut être qu'écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. En l'espèce, la décision contestée énonce les circonstances de fait et cite les règles de droit qui en constituent le fondement et permet de comprendre les raisons pour lesquelles la demande de M. A a été refusée. Par conséquent, la décision contestée ne peut pas être regardée comme étant motivée par référence. De plus, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que la motivation d'une décision de refus d'imputabilité au service d'un accident repose obligatoirement sur un certificat médical ou des éléments médicaux. Enfin, la circonstance que la décision contestée ne vise pas le certificat du docteur D du 22 juin 2023 et les conclusions du docteur B du 30 août 2023, alors que ces dernières sont favorables à l'intéressé, ne suffit pas à établir que l'administration n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et celui tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".
7. Il est constant que l'accident de M. A est survenu sur le lieu et à l'occasion du service. Dans son compte-rendu du 30 juin 2023, transmis à l'administration à l'appui de sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident, M. A explique que, le 22 juin 2023, il a ressenti une forte pression dans la poitrine à la suite d'un échange avec son supérieur hiérarchique. A cet égard, il ressort de la décision contestée que l'administration a examiné s'il existait un lien entre le comportement et les propos du supérieur hiérarchique de M. A lors de cet échange et le malaise de M. A survenu le même jour. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant bénéficié de la présomption d'imputabilité prévue par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, le 22 juin 2023 M. A a fait part à sa hiérarchie des difficultés qu'il rencontrait dans son travail. Dans son compte-rendu du 30 juin 2023, il explique que, ce jour-là, il s'est senti incompris et inconsidéré et qu'à l'issue d'un échange avec le directeur de la maison d'arrêt, la forte pression ressentie dans la poitrine l'a conduit à se rendre au service médical de l'établissement où le médecin, après avoir pris sa tension artérielle, l'a immédiatement arrêté. A hauteur de contentieux, M. A soutient que les échanges qu'il a eus avec son supérieur hiérarchique ne sont pas à l'origine de l'accident survenu le 22 juin 2023 mais que son malaise résulte d'un contexte professionnel marqué par un nombre insuffisant d'agents en poste par rapport au nombre de missions qui doivent être assurées au sein de la maison d'arrêt. Toutefois, M. A ne présente aucun élément circonstancié permettant d'établir que les conditions dans lesquelles il a dû exécuter son service le 22 juin 2023 sont à l'origine de son accident. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire de Dijon aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les autres demandes :
10. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction présentée par M. A doit être rejetée.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, au directeur interrégional de l'administration pénitentiaire de Dijon.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.
Le rapporteur,
J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. Pernot
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière(DEF)(/DEF)
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