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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400334

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400334

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, Mme A B, représentée par Me Ihadadene, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble, il a été signé par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français : elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire, en cas d'annulation, à ce que soit ordonné le réexamen de la situation de Mme B et à ce que le montant dû au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit limité à 300 euros.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Goyer-Tholon, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 8 juin 1997, est entrée irrégulièrement en France le 6 août 2023, pour la deuxième fois, après avoir fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français les 21 juin 2019, 24 septembre 2020 et 22 avril 2022, ayant donné lieu à un éloignement forcé vers l'Albanie en août 2022. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 janvier 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la légalité de l'arrêté du 17 janvier 2024 :

2. Par un arrêté du 16 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Saône sous le numéro 70-2023-10-16-00007, le préfet de la Haute-Saône a donné délégation à M. C D pour signer notamment les " refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français, () les interdictions de retour sur le territoire (), les décisions fixant le pays de renvoi () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'était entrée en France que depuis quelques mois à la date de la décision attaquée. Mme B se prévaut de la présence de ses frères et de sa sœur en France, lesquels bénéficient, pour l'un d'entre eux, d'un titre de séjour, et pour deux d'entre eux, d'un récépissé de demande de titre de séjour, et de ce qu'elle vit avec son compagnon titulaire d'une carte de résident depuis son retour en France. Toutefois, elle ne justifie pas de relations familiales particulières avec ses frères et sœurs, et ne démontre pas ni même n'allègue que sa présence auprès d'eux serait indispensable. Elle ne justifie pas d'autre attache personnelle ou familiale stable et ancienne en France, en dehors de sa relation avec son compagnon, qui est récente, et ne fournit pas d'élément d'intégration sociale ou professionnelle particulière et effective en France, ses activités de bénévolat étant à cet égard insuffisantes. De plus, elle n'établit pas ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où sont demeurés ses parents et son plus jeune frère. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive, dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, le refus de titre de séjour qui lui a été opposé n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été décidé. Il suit de là que le préfet du de la Haute-Saône n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisant les cas dans lesquels les étrangers présents sur le territoire national ont droit à la délivrance d'un titre de séjour, ne font pas obligation au préfet de refuser un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit sauf lorsque les textes l'interdisent expressément. Dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire qui lui est ainsi confié, il appartient au préfet d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé et des conditions non remplies, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans le cas où il refuse une telle régularisation, il revient au juge de l'excès de pouvoir de contrôler, lorsque la légalité de ce refus est contestée devant lui, si la décision ne repose pas sur des faits matériellement inexacts et n'est pas entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation ou de détournement de pouvoir.

6. En l'espèce, Mme B, qui a fait l'objet de trois précédentes obligations de quitter le territoire français auxquelles elle n'a pas déféré, est célibataire, sans perspective d'insertion professionnelle, ni charge de famille. Ainsi qu'il a été dit précédemment, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où demeurent ses parents et son plus jeune frère et ne démontre pas non plus que sa présence auprès de ses frères et sœur en France serait indispensable. Si le refus de titre de séjour est susceptible d'entraver sa récente relation avec son compagnon, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Saône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur sa situation personnelle. Le moyen doit par conséquent être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La décision de refus de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 17 janvier 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Schmerber, présidente ;

- Mme Diebold, première conseillère ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

C. SchmerberLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière

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