jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BROCHETON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 mars, 14 mai et 5 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Landbeck, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2024 par laquelle la directrice du groupe hospitalier de la Haute-Saône l'a placée en congé de longue durée à demi-traitement du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au groupement hospitalier de la Haute-Saône de la placer dans une situation statutaire lui permettant de bénéficier d'une rémunération à plein traitement du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022 ;
3°) d'annuler le titre exécutoire émis le 15 janvier 2024 et mettant à sa charge la somme de 23 250,17 euros ;
4°) de condamner le groupe hospitalier de la Haute-Saône à lui verser la somme de 8 800 euros correspond aux jours de congés annuels non pris, assortie des intérêts de retard et de la capitalisation des intérêts ;
5°) de mettre à la charge du groupe hospitalier de la Haute-Saône la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
En ce qui concerne la décision du 10 janvier 2024 :
- elle devait être précédée de l'avis du conseil médical ;
- elle ne pouvait être placée en congé de longue durée puisqu'elle n'avait plus la qualité de fonctionnaire ;
- il n'est pas établi qu'elle avait épuisé ses droits à congé de longue maladie ;
- elle devait bénéficier d'un plein traitement pendant les cinq premières années de congé maladie reconnue imputable au service ;
- elle aurait dû être placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service.
En ce qui concerne le titre exécutoire du 15 janvier 2024 :
- il n'est pas signé ;
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision contestée du 10 janvier 2024 ;
- elle était fondée à cumuler son demi-traitement avec sa pension de retraite.
En ce qui concerne la demande indemnitaire :
- elle n'a pas pu bénéficier de ses congés payés pendant son congé maladie et jusqu'à sa mise à la retraite ;
- elle a droit à cinq semaines de congés payés par année pendant quatre ans ;
- le préjudice qu'elle a subi doit être évalué et indemnisé à hauteur de 8 800 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le groupe hospitalier de la Haute-Saône, représenté par Me Brocheton, conclut au rejet de la requête.
Le groupe hospitalier fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés et que la créance relative aux congés annuels non pris est prescrite.
Un mémoire enregistré pour le groupe hospitalier de la Haute-Saône le 7 novembre 2024 n'a pas été communiqué.
La procédure a été communiquée à la trésorerie hospitalière de la Haute-Saône qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 88-86 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. E,
- les observations de Me Bocher-Allanet, substituant Me Landbeck, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été employée par le centre hospitalier de Gray en qualité de cadre de santé depuis novembre 2011. Le 9 février 2018, elle a été placée en congé de maladie ordinaire. Par une décision du 4 février 2021, son congé a été prolongé en congé de longue durée et sa maladie a été reconnue imputable au service. Par une décision du 9 décembre 2021, la directrice générale du groupe hospitalier de la Haute-Saône a reconnu Mme B inapte de façon définitive et absolue à l'exercice de ses fonctions. Le 30 décembre 2022, le centre des finances publiques de Vesoul a émis un titre exécutoire par lequel le groupe hospitalier de la Haute-Saône a mis à la charge de Mme B le versement d'un " trop perçu sur traitement " d'un montant de 23 250,17 euros. Par des jugements des 16 novembre 2023 et 7 janvier 2024, le tribunal administratif de Besançon a respectivement annulé la décision du 9 décembre 2021 en tant qu'elle procède au placement de Mme B en congé de longue durée à demi-traitement et le titre exécutoire du 30 décembre 2022. Par une décision du 10 janvier 2024, la directrice du groupe hospitalier a placé Mme B en congé de longue durée à demi-traitement du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022. Le 15 janvier 2024, le centre des finances publiques de Vesoul a émis un titre exécutoire par lequel le groupe hospitalier de la Haute-Saône a mis à la charge de Mme B le versement d'un indu de traitement d'un montant de 23 250,17 euros. Par ailleurs, Mme B a présenté le 6 mars 2023 une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir le paiement des congés annuels non pris au titre des années 2018 à 2021. Mme B demande l'annulation de la décision du 10 janvier 2024, du titre exécutoire du 15 janvier 2024 et de la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante. Mme B demande également la condamnation du groupe hospitalier de la Haute-Saône à lui verser la somme de 8 800 euros correspond à des congés payés non pris.
Sur la légalité de l'arrêté du 10 janvier 2024 :
2. Aux termes de l'article L. 822-12 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé de longue durée () ". Aux termes de l'article L. 550-1 de ce code : " La cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire résulte : / () 5° De l'admission à la retraite ".
3. Il ressort de l'arrêté contesté que Mme B a été radiée des cadres à compter du 12 novembre 2021. Par conséquent, elle n'avait, à compter de cette date, plus la qualité de fonctionnaire et elle ne pouvait pas être placée en congé de longue durée à compter de cette date. Au demeurant, dans le jugement n°2200170 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif a rappelé qu'un agent placé en congé de longue durée était maintenu dans cette position jusqu'à la reprise de ses fonctions ou son admission à la retraite. Dès lors, le groupement hospitalier de la Haute-Saône ne peut valablement faire valoir que le placement en congé longue maladie à demi-traitement postérieurement à sa mise à la retraite constitue une mesure d'exécution de ce jugement. Dans ces conditions, en décidant de placer Mme B en congé de longue durée pour la période allant du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022, soit postérieurement à la mise à la retraite de l'intéressée, le groupe hospitalier a méconnu les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen afférent doit être accueilli.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision du 10 janvier 2024, que Mme B est fondée à en demander son annulation.
Sur la régularité du titre exécutoire du 15 janvier 2024 et le bien-fondé de la créance :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1615-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé () Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".
6. Il ressort du bordereau du titre exécutoire contesté, que celui-ci a été signé par Mme C D, directrice adjointe en charge des finances et du contrôle de gestion qui disposait d'une délégation édictée le 1er novembre 2022 par la directrice du groupe hospitalier de la Haute-Saône à l'effet de signer les mandats de paiement. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre exécutoire n'est pas signé doit être écarté.
7. En deuxième lieu, le titre exécutoire contesté porte sur le remboursement du demi-traitement perçu par Mme B pour la période allant du 12 novembre 2021 au 30 novembre 2022. Or, la décision contestée du 10 janvier 2024, annulée pour les raisons exposées au point 3, n'a ni pour objet ni pour effet d'exiger de Mme B qu'elle rembourse une somme correspond à des demi-traitements perçus pendant la période qui vient d'être rappelée. Dès lors, cette décision du 10 janvier 2024 ne constitue pas la base légale du titre exécutoire contesté. Par suite, l'annulation de la décision du 10 janvier 2024 est sans conséquence sur le bien-fondé de la créance du titre exécutoire en litige. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit () soit admis à la retraite après avis d'un conseil médical. / Pendant toute la durée de la procédure requérant l'avis d'un conseil médical, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date () d'admission à la retraite ".
9. Mme B soutient qu'elle pouvait bénéficier du maintien de son demi traitement et de sa pension de retraite, lorsque ce demi traitement est versé dans l'attente de l'instruction de sa demande de mise à la retraite. Toutefois, à l'appui de son moyen, Mme B ne justifie pas avoir bénéficié d'un demi-traitement dans cette attente et ne produit ainsi aucune décision par laquelle elle aurait bénéficié d'un demi-traitement dans le cadre de l'instruction de sa demande de mise à la retraite. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre exécutoire méconnaît les dispositions de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire qu'elle conteste.
Sur la demande indemnitaire au titre des congés annuels non pris :
11. Aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ".
12. En application du B de l'annexe I de cette directive, le délai de transposition de cet article était fixé au 23 mars 2005. Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice des Communautés européennes dans son arrêt C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009, font obstacle, d'une part, à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période, parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de la période en cause, s'éteigne à l'expiration de celle-ci et, d'autre part, à ce que, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, tout droit à indemnité financière soit dénié au travailleur qui n'a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé. Ce droit au report ou, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, à indemnisation financière s'exerce toutefois, en l'absence de dispositions sur ce point dans le droit national, dans la limite de quatre semaines par année de référence prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 7 de la directive.
13. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ".
14. En l'espèce, et ainsi qu'il a été rappelé au point 1, à compter du 9 février 2018, Mme B a été successivement placée en congé de longue maladie puis en congé de longue durée. Par un arrêté du 9 décembre 2022, Mme B a été radiée des cadres à compter du 12 novembre 2021. Par ailleurs, il est constant qu'entre le 9 février 2018 et le 12 novembre 2021, Mme B n'a pas fait valoir ses droits à congés annuels. Dans ces conditions, et en application des dispositions rappelées au point précédent, Mme B pouvait, à la suite de sa mise à la retraite, prétendre à une indemnité financière correspondant à quatre semaines de congés annuels pour chaque année au cours desquelles elle n'a pas pu bénéficier de ses droits à congés annuels. En outre, il vient d'être rappelé que la relation de travail entre Mme B et le groupe hospitalier de la Haute-Saône a pris fin le 12 novembre 2021. Cette date constitue alors le point de départ de la prescription quadriennale prévue par les dispositions citées au point précédent. Dès lors, à la date de sa demande indemnitaire préalable, présentée le 6 mars 2023, la créance de Mme B n'était pas prescrite.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme B a droit à une indemnité pour congés annuels non pris dont elle n'a pas pu bénéficier pour la période allant du 9 février 2018 au 12 novembre 2021, dans la limite de quatre semaines par année de référence. Cette indemnité doit être calculée sur la base du traitement indiciaire à taux plein et des indemnités afférentes que Mme B aurait perçus si elle avait repris son emploi le 12 novembre 2021.
Sur la demande d'injonction :
16. Ainsi qu'il a été exposé au point 3, Mme B a été radiée des cadres à compter du 12 novembre 2021. Depuis cette date, la situation de Mme B n'est plus régie par le statut de la fonction publique. Dans ces conditions, la demande tenant à ce que le groupe hospitalier de la Haute-Saône place l'intéressée dans une situation statutaire lui permettant de bénéficier d'une rémunération à plein traitement du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022 ne peut être que rejetée.
Sur les frais liés au litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du groupe hospitalier de la Haute-Saône la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 janvier 2024 par laquelle la directrice du groupe hospitalier a placé Mme B en congé de longue durée à demi-traitement du 12 novembre 2021 au 9 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : Le groupe hospitalier de la Haute-Saône versera à Mme B une indemnité pour congés annuels non pris calculée dans les conditions exposées au point 15.
Article 3 : Le groupe hospitalier de la Haute-Saône versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au groupe hospitalier de la Haute-Saône.
Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, à la trésorerie hospitalière de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente,
S. GrossriederLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière(DEF)(/DEF)
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
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