jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 mars 2024 et 18 octobre 2024, M. et Mme A B, représentés par Me Devevey, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Salins-les-Bains a tacitement autorisé le permis de construire une usine de granulation, sollicité le 5 avril 2023 par la société EO2 Bourgogne-Franche-Comté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Salins-les-Bains la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la demande de permis de construire est incomplète dès lors qu'elle ne précise pas la végétation et les éléments paysagers existants, ne donne aucune indication sur le traitement des espaces libres et les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et les documents photographiques sont insuffisants au regard de l'ampleur du projet ;
- elle est incomplète dès lors que le plan de masse ne fait pas apparaître la végétation qui sera supprimée et les différents réseaux publics desservant le projet et les modalités de raccordement ;
- le projet méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article UY 4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que l'imperméabilisation des sols et la puissance électrique envisagée sont suffisantes pour le fonctionnement de l'usine projetée ;
- il méconnaît l'article UY 7 du règlement du PLU dès lors qu'il ne respecte pas la distance minimale d'implantation ;
- il méconnaît l'article UY 8 du règlement du PLU dès lors que l'agencement entre le bâtiment C et les silos attenants et celui entre les bâtiments F et B ne respectent pas la distance minimale ;
- il méconnaît l'article UY 11 du règlement du PLU dès lors que son aspect extérieur ne s'intègre pas à son environnement immédiat ;
- il méconnaît l'article UY 12 du règlement du PLU dès lors que certaines surfaces n'ont pas été prises en compte pour le calcul du nombre de places de stationnement à créer ;
- il méconnaît l'article UY 13 du règlement du PLU dès lors que les espaces libres ne sont pas suffisamment traités en vue d'accueillir des plantations et de la végétation ;
- il méconnaît l'article R. 111-2 du code l'urbanisme dès lors que les infrastructures routières ne sont pas suffisantes au regard du type de trafic que va générer le projet.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juillet 2024 et 29 octobre 2024, la commune de Salins-les-Bains, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
La commune de Salins-les-Bains soutient que la requête de M. et Mme B est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Un mémoire pour la commune de Salins-les-Bains enregistré le 5 novembre 2024 n'a pas été communiqué.
La requête a été communiquée à la société EO2 Bourgogne-Franche-Comté qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Devevey pour M. et Mme B et D pour la commune de Salins-les-Bains.
Considérant ce qui suit :
1. Le 5 avril 2023, la société EO2 Bourgogne-Franche-Comté a sollicité un permis de construire une usine de granulation, tacitement accepté par le maire de la commune de Salins-les-Bains. M. et Mme B demandent l'annulation de cette décision.
Sur la recevabilité de la requête :
2. L'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme prévoit que : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une déclaration préalable de travaux, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
3. Le permis de construire contesté autorise la construction d'une usine de granulation, composée de plusieurs bâtiments d'une surface cumulée de 1 200 m². M. et Mme B font valoir que des bâtiments du projet, dont certains émettront de la fumée, seront visibles depuis leur propriété et que l'activité de la construction envisagée sera à l'origine de nuisances sonores ainsi que d'un trafic de poids-lourds important, notamment sur la route départementale 105 située à proximité de leur domicile. Ils arguent enfin que la valeur vénale de leur propriété sera diminuée de 25 % en raison de la construction de l'usine en litige. Toutefois, pour établir la réalité des atteintes alléguées, M. et Mme B se limitent à produire une photographie et une vue aérienne afin de démontrer que le projet en litige est situé à 500 mètres de leur propriété. Ils produisent également des articles de presse faisant état du mécontentement de certains riverains. Ces seuls éléments ne sont pas suffisamment précis et étayés pour justifier des nuisances alléguées, alors même qu'ils avaient accès aux informations liées à l'activité de l'usine en litige, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que celle-ci est soumise à la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement. Au demeurant, il est constant qu'indépendamment du projet en litige, la propriété de M. et Mme B est située à proximité de la zone industrielle existante, laquelle accueille déjà des constructions nécessaires aux activités de nature industrielle, artisanale ou commerciale, ou des bureaux ou des entrepôts. Par ailleurs, le plan de masse et les plans de coupe du permis de construire contesté permettent d'établir que la visibilité sur les constructions projetées, depuis la propriété des requérants, sera limitée en raison des arbres maintenus ou plantés devant les bâtiments les plus proches. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la propriété de M. et Mme B ne donne pas directement sur la route départementale 105 et, à supposer même qu'ils puissent se prévaloir d'une atteinte liée à l'augmentation du trafic routier générée par le projet en litige, cette dernière sera, selon les services instructeurs de la demande de permis de construire, très limitée. Pour l'ensemble de ces raisons, M. et Mme B n'apportent pas d'éléments suffisamment précis et étayés susceptibles d'établir que le permis de construire en litige est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Salins-les-Bains qui n'est pas la partie perdante.
5. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme B une somme globale de 1 000 euros à verser à la commune de Salins-les-Bains au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B verseront la somme de 1 000 euros à la commune de Salins-les-Bains sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B, à la commune de Salins-les-Bains et à la société EO2 Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier (DEF)(/DEF)
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026