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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400512

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400512

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines
Avocat requérantBERTIN BRIGITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas de non-respect de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de faire supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne mentionne pas l'existence de son enfant mineur ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne mentionne pas l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, en cas d'annulation au réexamen de sa situation et à la limitation des frais irrépétibles à 300 euros.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 27 mars 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Besançon a désigné M. Pernot pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pernot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, née le 23 juin 2000, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 8 décembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rendue le 30 juin 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 novembre 2023. Par un arrêté du 18 janvier 2024, le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas de non-respect de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions constitutives de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée ".

3. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquels il se fonde. Il vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration. Il mentionne notamment l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux conditions dans lesquelles le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin pour les demandeurs d'asile. Par ailleurs, l'arrêté litigieux mentionne que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA, il mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment en décrivant les conditions d'entrée et de séjour de Mme A sur le territoire français. Ainsi, alors même que l'arrêté ne mentionne pas l'existence de sa fille née le 18 juillet 2023, ni les dispositions de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, les énonciations de cet arrêté mettaient

Mme A à même de comprendre les motifs de la décision d'éloignement afin de lui permettre d'en contester utilement le bien-fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, si l'intéressée soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il ne mentionne pas l'existence de son enfant, cet élément, à supposer que l'intéressée en ait informé les services de l'administration, est sans influence sur la légalité dudit arrêté, dès lors que le préfet de la Haute-Saône aurait pris la même décision au regard des éléments mentionnés au point 3. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Si Mme A soutient qu'elle sera exposée à des peines ou traitements inhumains en cas de retour au Congo, un tel moyen, contrairement à ce qu'elle soutient, est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement qui n'a pas pour objet de la reconduire dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Par ailleurs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, les moyens précités doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. Mme A soutient qu'elle serait exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Congo craignant d'être persécutée par son ex-époux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante a été rejetée tant par l'OFPRA que la CNDA aux motifs que l'ensemble des déclarations de l'intéressée sont insuffisamment circonstanciées ne permettant pas d'établir les faits allégués, ni les craintes de persécutions exprimées comme étant fondées. Mme A ne fait état d'aucun nouvel élément précis, notamment en ce qui concerne les persécutions qu'elle aurait subies et les craintes qui en découleraient, de nature à démontrer l'existence d'un risque personnel et avéré en cas de retour dans ce pays. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits et libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, les moyens précités doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

9. Il ressort des pièces du dossier que compte tenu de la présence récente en France de Mme A, de l'absence de toute attache privée ou familiale et de circonstances humanitaires, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an quand bien même l'intéressée ne constituerait pas une menace à l'ordre public et n'aurait pas été l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens de l'article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Saône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le magistrat désigné,

A. Pernot

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 240051

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