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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400526

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400526

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. C contestant le certificat d'urbanisme négatif délivré par le maire de Reculfoz pour la construction d'une maison individuelle. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et individualisée. Il a jugé que le projet, situé sur une parcelle à haute valeur agricole louée à un agriculteur, méconnaissait les articles L. 122-5 et L. 122-10 du code de l'urbanisme en ne s'inscrivant pas en continuité du bâti existant et en portant atteinte à une activité agricole nécessaire au maintien de l'exploitation locale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 mars, 17 juin et 17 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Maurin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2023, par laquelle le maire de la commune de Reculfoz lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif relatif à la construction d'une maison individuelle, ainsi que la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le maire de la commune a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Reculfoz de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour le projet envisagé, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Reculfoz la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision contestée ne procède pas à une analyse concrète et individualisée de sa demande ;

- le terrain d'assiette du projet envisagé est situé en continuité du bâti existant ;

- il n'est pas nécessaire au maintien et au développement d'une activité agricole.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mai, 2 juillet et 29 juillet 2024, la commune de Reculfoz, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Reculfoz fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 20 février 1974 portant délimitation de zones de montagne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. B,

- les observations de Me Maurin pour M. C et de Me Lutz pour la commune de Reculfoz.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er août 2023, M. C a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel. Par une décision du 27 septembre 2023, le maire de la commune de Reculfoz (Doubs) lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Le 29 novembre 2023, M. C a formé un recours gracieux contre cette décision, que le maire a rejeté le 22 janvier 2024. M. C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : () / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus ".

3. En l'espèce, la décision contestée fait une analyse de la demande au regard de la localisation et de la nature de la construction projetée. Elle expose que l'opération envisagée n'est pas réalisable parce que le projet serait " implanté dans un compartiment de terrain à l'état naturel, vierge de toute construction " et serait " de nature à porter atteinte à l'activité agricole, la vocation de la parcelle concernée étant avérée ". En tout état de cause, la circonstance qu'une motivation identique ait été utilisée pour de précédents refus de permis de construire ne suffit pas à démontrer l'absence d'analyse concrète et individualisée de la demande. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

4. En second lieu, en application de l'arrêté du 20 février 1974, la commune de Reculfoz est une commune de montagne, dès lors les règles de construction qui y sont applicables sont prévues par les dispositions de l'article L. 122-1 et suivants du code de l'urbanisme. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ". Aux termes de l'article L. 122-10 du même code : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet possède une bonne valeur agricole, notée de 7 à 9 sur 10 sur l'atlas départemental de la valeur des terres agricoles. Par ailleurs, à la date de la décision contestée, il était loué par un agriculteur, lequel dispose d'un bâtiment d'exploitation à proximité. La circonstance que le projet en litige n'ait obtenu que des avis favorables, mis à part celui rendu par la chambre d'agriculture, et que l'agriculteur qui exploite la parcelle litigieuse ait acquis, auprès de M. C, un terrain agricole d'une superficie équivalente dans une autre commune, ne retire rien à la vocation agricole du terrain d'assiette du projet ainsi qu'à son intérêt dans le système d'exploitation local. De la même manière, l'existence d'autorisations d'urbanisme délivrées sur des parcelles agricoles de la commune de Reculfoz n'a aucune incidence sur la vocation agricole de la parcelle en litige. Dans ces conditions, le maire de Reculfoz a légalement pu opposer le motif tiré de ce que le projet se situe sur un terrain nécessaire au maintien du développement des activités agricoles de la commune. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

6. D'autre part, il est constant que le village de Reculfoz, qui recense moins de cinquante habitants, comporte un faible nombre de constructions. Si le projet en litige se situe en bordure de l'axe principal du village, à proximité de la mairie et de la maison du maire, il n'est dans la continuité d'aucune construction et son terrain d'assiette, ainsi que cela a été rappelé au point précédent, appartient à un vaste ensemble naturel de bonne valeur agricole. A cet égard, si le requérant fait valoir que, sur l'une des parcelles situées à proximité de la construction envisagée, il a obtenu un permis de construire des maisons jumelées, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, ce projet n'avait pas encore été réalisé de sorte que la parcelle concernée était toujours vierge de toute construction. Au demeurant, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 122-7 du code de l'urbanisme, qui ne concernent que les territoires couverts par un document d'urbanisme. Dans ces conditions, le maire de Reculfoz a légalement pu opposer le motif tiré de ce que le projet ne se situe pas dans la continuité du village existant. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur la demande d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Reculfoz sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Reculfoz.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier(DEF)(/DEF)

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